2h21. Deux sets. Deux tie-breaks. Lorsque Lorenzo Musetti a pris ses distances avec Novak Djokovic lundi devant le maigre, mais bluffé, public du court Philippe-Chatrier, un petit frisson a envahi Roland-Garros. A peine plus d'une heure plus tard, le numéro un mondial validait son ticket pour les quarts de finale. Ainsi va l'impitoyable vie du Grand Chelem face à ce genre de monstre du tennis. Une débauche d'énergie colossale pour remporter un set, puis deux, avant l'effondrement. Musetti a été lâché par son corps, jusqu'à abandonner à 4-0 contre lui dans le cinquième set. Et la potentielle portée historique de ce duel s'est dégonflée en un rien de temps.
Novak Djokovic est déjà passé par là. C'est la cinquième fois depuis le début de sa carrière que le Serbe sort vivant d'un match au cours duquel il a compté deux sets de retard. A Roland-Garros, c'est la deuxième. Curieusement, la première, en 2012, était déjà survenue en huitième de finale, contre un Italien, Andreas Seppi. Alors, le Djoker a-t-il eu peur ? Pas vraiment.
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Je jouais avec beaucoup trop de tension, les coups ne sortaient pas
"Je l'ai souvent dit, j'aime jouer les jeunes joueurs dans les matches en trois sets gagnants, parce que même s'ils mènent deux sets zéro, je reste confiant en mes chances de victoire, explique le vainqueur de l'édition 2016. Physiquement, je suis fort, j'ai gagné la plupart de mes matches en cinq sets ici dans ma carrière et je sais qu'en cinq sets, ça peut être dur pour eux sur ce plan. Mais c'est triste qu'il n'ait pas pu finir le match, ça se voyait dès le début du quatrième qu'il avait du mal physiquement. C'est dommage."
En réalité, ce fut même un mal pour un bien pour Djokovic de se retrouver dans une position aussi inconfortable. Certaines gifles font mal, d'autres sont porteuses d'un effet bénéfique. Elles vous réveillent. "Pour être honnête, reprend 'Nole', je me sentais beaucoup plus nerveux au début du match que quand je me suis retrouvé mené deux sets zéro. Je jouais avec beaucoup trop de tension, les coups ne sortaient pas de ma raquette, je faisais beaucoup trop de fautes directes. Je ne me sentais pas super à l'aise, mais il faut aussi le féliciter, notamment pour avoir aussi bien joué les points importants."

Novak Djokovic.

Crédit: Imago

Le retour aux vestiaires qui a tout changé

Puis tout a changé. Radicalement. Ce match a pris un virage à 180°. Pour le numéro un mondial, l'opération survie a débuté... dans le vestiaire. Après la perte du second jeu décisif, il s'est éclipsé quelques minutes aux vestiaires.
"Si vous voulez tout savoir, je ne suis pas allé aux toilettes, je me suis changé, confie Djokovic. J'ai changé de sous-vêtements, et tout le reste !" L'effet, insoupçonné, a été radical. Plus sérieusement, l'important pour lui était d'opérer une sorte de réinitialisation au plan mental :
"Parfois, même si c'est juste quelques minutes, sortir du court, ça marche bien mentalement. J'ai déjà vécu ça par le passé. Sortir de cet environnement, faire un reset complet mentalement, c'est important. Tu respires un bon coup et tu reviens comme un nouveau joueur."

Métamorphose et effondrement

De fait, Novak Djokovic n'a plus été le même à l'entame du troisième set. Lorenzo Musetti non plus, d'ailleurs. En quelques minutes, le lion était devenu moustique. Le début d'un autre match, expéditif et à sens unique. "Après ce break, poursuit-il, je me suis senti mieux. J'avais davantage de confiance, j'ai commencé à frapper beaucoup mieux la balle. En fait, j'ai joué de la façon dont j'étais supposé jouer dès le début." Cette métamorphose, conjuguée à l'effondrement de son jeune adversaire, lui a finalement permis d'éteindre l'incendie en un rien de temps.
Au final, difficile de savoir à quel point le scénario des deux premières manches doit au talent exceptionnel du Toscan ou au manque de sérénité du Belgradois. Un peu des deux, sans doute, mais on aurait aimé que ce duel en reste un jusqu'au bout pour avoir une réponse plus nette.
Reste une certitude : secouer Novak Djokovic dans tous les sens pendant deux sets et deux heures, c'est une chose. Tenir le rythme qu'il faut lui imposer et que l'on s'impose à soi-même jusqu'à la ligne d'arrivée, c'est une autre histoire. Rien de nouveau sous le soleil du Grand Chelem, en somme...

Novak Djokovic et Lorenzo Musetti

Crédit: Getty Images

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