La sensation n’a pas faibli. Avec des succès à Adélaïde et à Rome, la jeune Varsovienne a depuis ajouté deux autres trophées à son palmarès et atteint son plus haut classement en carrière en devenant neuvième mondiale à la WTA. Dans la dernière édition de Players ’Voice, Iga Swiatek raconte comment elle s’adapte à la vie de vainqueure en Grand Chelem, sa réaction au soutien passionné de la Pologne, mais aussi son retour imminent à Roland-Garros.
Quand j'ai gagné à Paris, j'ai eu ce sentiment totalement bouleversant qui est resté en moi pendant les premières semaines après la victoire. Je ne pouvais pas me permettre de croire que j'avais gagné un Grand Chelem ! J'avais vraiment besoin de temps pour prendre du recul, analyser tout ça avec un regard détaché et juste me reposer car tout a été assez mouvementé après la finale et à mon retour en Pologne. Tout d’un coup, j'ai commencé à devenir très populaire, ce qui était vraiment spécial, mais surtout une situation complètement folle.
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On n’a pas souvent des moments intenses comme celui-là en Pologne. Il y a eu Agnieszka Radwańska (ancienne N°2 mondiale à la WTA) et je me souviens avoir lu ses accomplissements et l'avoir regardée sur YouTube, mais j'étais assez jeune à l'époque. C'était juste une expérience complètement nouvelle pour moi que j'ai dû apprendre à gérer par moi-même, mais je pense avoir plutôt bien négocié les choses.
Au début, j'ai eu du mal à me reconcentrer sur mon entraînement. Heureusement, Roland-Garros a été mon dernier tournoi de la saison 2020 et ça m'a permis d'avoir près de quatre mois de repos et de préparation. La première fois que j'ai commencé à ressentir de nouveau un sentiment de normalité”, c'était pendant la quarantaine en Australie. Ça montre que j'avais besoin de beaucoup de temps pour me réajuster et me remettre dans la bonne direction.
Au début de la saison 2021, j’ai eu un peu de mal avec mes propres attentes car je suis assez ambitieuse et je voulais jouer chaque match comme je l’avais fait à Paris, mais c’est tout simplement impossible ! J'ai eu deux semaines parfaites à ce moment-là, mais je devais être réaliste avec moi-même. Je devais accepter que je ne pouvais pas être dans la même forme pendant une année entière. Dès que j'ai relâché une partie de cette pression, j'ai commencé à jouer de mieux en mieux. Pendant la semaine où j'ai gagné Adélaïde, en février dernier, j'ai réussi à mettre à l’écart ces grosses attentes et j'ai juste aimé être sur le court. C'est à ce moment-là que j'ai pu jouer mon meilleur tennis.

Iga Swiatek fête son titre à Adéläide début 2021.

Crédit: Getty Images

Habituellement, quand j'ai l'impression que la pression me submerge, cela vient de mes propres pensées plutôt que de l'extérieur. En 2019, j'ai commencé à travailler avec une psychologue (Daria Abramowicz) et elle voyage maintenant avec moi en tournée. Nous avons beaucoup travaillé sur la préparation de Roland-Garros, mais honnêtement, je n'ai aucune idée de ce que je ressentirai quand je jouerai à nouveau là-bas.
Une partie de moi a le sentiment que je serai plus confiante à cause de ce qui s’est passé la dernière fois, mais je n’ai jamais connu la sensation de défendre un titre auparavant. Nous essayons de l’aborder comme nous le ferions pour n’importe quel autre tournoi car si je mets trop d’accent sur le fait que je l’ai gagné la dernière fois, je pense que cela me va vraiment me stresser ! Tout ce que je peux dire, c'est que j'adore jouer à Paris et quoi qu'il arrive, je sais que ça ira. Si je devais faire un quart de finale, je verrais quand même cela comme un grand succès même si les gens attendent plus de moi.
Il est parfois facile de s’attarder sur de telles attentes, peu importe qu’elles appartiennent à d’autres ou à moi-même. Certaines semaines, je peux les laisser de côté et me réfugier dans ma propre bulle, comme un endroit serein dans ma tête, mais parfois ça vous rattrape. C’est à ce moment que j’ai besoin de m'envoyer des pensées plus agréables, de me souvenir que c’est encore une situation très nouvelle et que Roland-Garros n’est que sept mois derrière moi. Je pense qu'il faut beaucoup plus de temps pour étudier son esprit et son attitude pour entrer systématiquement dans cette bulle. Toutefois, j'espère que les résultats que j'ai obtenus à Adélaïde et à Rome montrent que je suis sur la bonne voie.
Au cours de ces tournois, j'ai vu tellement de commentaires incroyables sur les réseaux sociaux de la part de fans chez moi et je peux vraiment sentir leur soutien. Ça vaut tout l’or du monde pour moi de savoir que mon travail est vu et que le tennis est plus populaire en Pologne en ce moment !
Après Paris et Wimbledon, nous aurons les Jeux Olympiques et j'ai hâte de représenter mon pays. Comme Roland-Garros, j'essaie de l'aborder comme si c'était un tournoi normal, mais il est facile de se perdre dans ses pensées et de devenir obsédée par le fait qu'il n'a lieu qu'une fois tous les quatre ans et que ça pourrait être la seule opportunité de bien performer. Je veux éliminer tout risque d’arriver là-bas avec de l’anxiété. J’essaie de garder à l’esprit que c’est le même tennis que nous jouons, comme pour toutes les autres semaines. Il se déroule sur le même terrain et les mêmes règles s'appliquent. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais je pense que c’est vraiment important.
Mon père (Tomasz Swiatek) est un ancien rameur olympique (il a participé au quatre de couple masculin aux Jeux Olympiques de Séoul de 1988) et j'aimerais qu'il voyage avec moi si les restrictions de Covid le permettent. Ce serait probablement l'un de ses rêves de partager cette expérience et de revivre les Jeux Olympiques une fois de plus, bien que d'une manière légèrement différente cette fois-ci !

Tomasz Swiatek à Seoul en 1988

Crédit: Eurosport

Ma famille m'a tellement soutenu jusqu'à présent et j'adore passer du temps avec elle. Même si j'ai l'impression que beaucoup de choses ont changé depuis octobre, je suis toujours la même personne. Sur le terrain, je me sens plus expérimentée et plus confiante, mais à la maison, les choses sont sensiblement les mêmes. Je vis toujours chez mes parents et après un été chargé mais très excitant, je serai très heureux de rentrer chez moi.
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