C'était il y a deux semaines. Le lundi 17 mai. Enzo Couacaud est à Biella, en Italie, pour disputer un tournoi challenger. Opposé au premier tour à Tobias Kamke, le Français ne sait pas que, pendant qu'il ferraille sur le court contre l'Allemand, tombe LA décision : la Fédération française de tennis a décidé de lui attribuer une des invitations pour intégrer directement le grand tableau à Roland-Garros. Le genre de nouvelles qui vous change une vie quand, à 26 ans, vous n'avez encore jamais joué un match en Grand Chelem en dehors des qualifications.
Paradoxalement, Couacaud a été un des derniers à apprendre la nouvelle, comme il l'a confié dimanche après avoir brillamment franchi le premier tour à Roland contre le Biélorusse Egor Gerasimov (7-6, 6-4, 6-3). "En fait, au moment où ça tombe, je suis en plein match, explique-t-il. Mon coach fait le choix de ne pas me le dire. Je joue mon match, je ne suis pas au courant que je l'ai." En sortant du court, alors que son match a été stoppé par la nuit, il rallume son téléphone, qui s'affole. S'en suit un petit moment de stress avant la joie :
"Je prends mon téléphone, je vois 45 messages. Je me dis qu'il n'y a que deux raisons pour que l'on m'écrive. Soit on m’écrit : 'Pas de chance, courage !', soit pour me dire 'Félicitations !'. Je savais que c'était tombé, je me suis dit 'Ne regarde pas ton téléphone, on va finir le match et on verra plus tard'. Quand j'ai su que je l'avais, ça m'a libéré. À partir du moment où je savais que c'était fait, cela m'a enlevé un poids."
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Enzo Couacaud à Roland-Garros.

Crédit: Imago

La décision de la Fédération française, ce n'est pas de mon ressort
Enzo Couacaud, qui restait sur six défaites de suite au premier tour, ira jusqu'en finale à Biella, ne s'inclinant que contre Thanasi Kokkinakis. L'effet wild-card, peut-être. Une sacrée récompense pour ce joueur qui a connu beaucoup de pépins physiques l'ayant empêché d'exprimer pleinement son potentiel.
Mais cette année, malgré sa série compliquée du printemps, il a décroché un titre en challenger, aux Canaries, son deuxième dans cette catégorie de tournoi. Alors, l'invitation, il y croyait. "C'est vrai que j'espérais que la Fédération prenne en compte la Race à laquelle j'étais dans les places de wild card. J’avais pas mal d'espoirs", avoue-t-il.
Mais le natif de l'Île Maurice, toujours très attaché à son île même s'il joue sous bannière française désormais, restait aussi prudent. La course aux wild-cards fait au moins autant de déçus que d'élus. Alors il se montrait philosophe, au cas où. "J'essaie de prendre ma carrière, ma vie personnelle et la wild-card de la même façon, c'est-à-dire de maîtriser ce que je peux maîtriser, poursuit le 177e joueur mondial. La décision de la Fédération française, ce n'est pas de mon ressort, ce n'est pas moi qui décide."
Un grand moment de bonheur
Sur le court numéro 9 de la porte d'Auteuil, dimanche, c'est en revanche bien lui qui a décidé. Un moment spécial, forcément. "C'était presque un peu un mythe pour moi de réussir enfin à jouer un tableau de Grand Chelem", dit-il. Ce n'était même que son deuxième match sur le circuit principal, après celui perdu à Montpellier en février 2020 contre Filip Krajinovic. Mais ça ne s'est pas senti face à Egor Gerasimov, que le Français a donc dominé en trois sets pour s'offrir sa grande première sur le Tour. Et en Grand Chelem, s'il vous plaît. A Roland-Garros. Difficile de faire mieux.
Si le public est limité, c'était sans aucun doute l'ambiance la plus chaude dans laquelle Enzo Couacaud a eu la chance d'évoluer. "Sur le circuit, en challenger, où je joue la plupart du temps, il n'y a vraiment personne, rappelle-t-il. C'est vrai que l'ambiance était unique, géniale. Dès le premier point du match, j'ai eu un peu des frissons partout d'avoir des encouragements, des chants, des cris. C'était vraiment génial comme moment. C'était vraiment un grand moment de bonheur. D'avoir pu faire la course en tête pendant tout le match, ça m'a un peu rassuré. Ça m'a un peu enlevé du stress, on va dire."
Ce qu'on ne va pas ou plus dire, c'est qu'il ne méritait pas son invitation. Premier joueur français qualifié pour le deuxième tour (et il pourrait bien ne pas y en avoir pléthore...), Couacaud a déjà rempli son contrat. "Je suis content d'avoir gagné pour montrer qu'elle (sa wild-card) n'est pas volée et que j'ai ma place ici", savoure la belle surprise bleue de cette première journée. La suite s'annonce compliquée, avec Pablo Carreno Busta au menu mercredi pour une place en 16e de finale. Mais il en faudrait beaucoup plus pour lui faire perdre le sourire.
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