L’attitude est souvent la même. Tête basse, chaîne en or entre les dents et le cerveau qui fume. Oups, Alexander Zverev did it again. Mardi, face à Roman Safiullin, l’Allemand a beau s’être sorti en trois sets d’un match piégeux, il est retombé dans ses travers qui commencent à devenir trop récurrents. Avec dix doubles fautes, combinées aux 8 de son premier tour, la tête de série numéro 6 a pris la tête d’un classement peu glorieux : celui du joueur le plus généreux dans ce domaine depuis le début de la quinzaine.
Un simple coup de moins bien ? Pas vraiment. Depuis ses débuts, Zverev galère dans l’exercice. Et son année 2020, si particulière, n’a pas réellement amélioré ses stats. C’est simple : sur le circuit ATP, il fut celui qui en réalisa le plus (211) devant Denis Shapovalov (189) et Felix Auger-Aliassime (175). Embêtant pour un joueur de son rang même si d’autres cadors partagent le goût de la double (Djokovic notamment).
Je trouve que c’est en progrès constant
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Pourtant, Zverev s’était promis de travailler. Il avait vu dans le confinement une manière de rattraper le temps (et les points) perdu sur cet aspect. "Quand le Covid sera terminé, vous verrez ceux qui ont vraiment travaillé dans la période", avait-il lâché. Le traumatisme fut d’autant plus dur après sa finale de l’US Open perdue face à son pote Dominic Thiem, où la pression avait ankylosé complètement son bras dans une dernière manche au couteau pour offrir une farandole de doubles (15 au total sur le match).

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Interrogé mercredi sur ce problème récurrent, l’Allemand a juré que les choses allaient pourtant dans le bon sens. "Honnêtement, j’ai travaillé de très longues heures sur ça, a-t-il expliqué. J’ai beaucoup travaillé cet aspect du jeu et tout le monde le sait. Il n’y a qu’avec du travail que les choses s’améliorent donc oui, je trouve que c’est en progrès constant".
Factuellement, si l’on était taquin, on dirait que Zverev a raison. En 2021, il n’est que le quatrième dans un classement dominé haut la main par Benoît Paire (6,9 doubles fautes par match). Avec un total moyen de 5,6 doubles fautes, il ne présente donc "que" le quatrième pire ratio du Top 100 ATP. Mais les autres prétendants à la victoire finale à la Porte d’Auteuil sont loin : Djokovic (2,9), Nadal (2), ou Tsitsipas (2) donnent bien moins de points gratuitement.

Son lancer de balle, la source de tous les maux

Alors, c’est quoi le problème ? "C’est notamment dû à son lancer de balle, nous explique Éric Deblicker. Avec des conditions atmosphériques extérieures, notamment quand il y a du vent, ça devient compliqué. Son lancer de balle va très haut mais parfois c’est trop devant, trop en arrière, trop à gauche… C’est ce qui crée cette irrégularité car c’est un bon serveur par ailleurs". "Il y a quelque chose d'incertain dans sa tête et dans sa technique qui rend son deuxième service vraiment inconstant et effrayant", allait même plus loin Patrick Mouratoglou en 2020.

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On touche ici au paradoxe Zverev : l’excellence de sa première balle, et la gestuelle qui l’accompagne, le prive d’une seconde balle plus sécurisée. A presque 2 mètres, l’Allemand culmine assez haut pour toucher des zones royales au premier service, en lâchant complètement son bras. Résultat : beaucoup d’aces (déjà 24 sur le tournoi) et des points facilement gagnés après sa première (77%).
Mais quand vient la seconde, pour assurer le coup, Zverev a tendance à ralentir son mouvement de bras. Il frappe donc la balle plus tard, alors qu’elle a déjà amorcé sa descente. Résultat, l’Allemand se retrouve avant même de frapper en retard. Dans l’histoire, son lancer est encore la source de ses maux. "Pour le service, il faut être très coordonné, détaille Deblicker. Sa poussée de jambes doit être absolument coordonnée par rapport au lancer. Or, si celui-ci est irrégulier, ça devient fatalement compliqué". Mais, quand tout est en place, sa seconde balle peut être très efficace : "quand vous faites du lift avec la taille qu’il a, la balle monte très haut", poursuit l’entraîneur français.

Rédhibitoire pour la suite ?

Voilà donc Zverev au pied d’une même montagne qu’il tarde encore à gravir. Et sa faiblesse, réelle, est déjà largement connue de tous. Son pote Thiem était ainsi revenu sur le tie-break de l’US Open où, menant 6-5, il avait espéré très fort voir une nouvelle erreur de l’Allemand au service. "A ce moment-là du match, j’espérais une double faute de sa part", s’était-il marré au micro de Sport & Talk.
Alors, faiblesse rédhibitoire pour viser plus haut ? "Je ne sais pas si ça l’empêchera de gagner des grands tournois, il l’a déjà fait, rappelle Éric Deblicker. C’est surtout un axe de progression. S’il travaille cette coordination lancer de balles - poussée sur les jambes, ça viendra. J’ai plus envie d’être dans le positif". Zverev aussi, sans doute. Même si, pour l’instant, ses efforts ne sont pas encore visibles de tous.
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