Quelque chose a changé chez Alexander Zverev. Il fut un temps, pas si lointain, où un quart de finale en Grand Chelem était perçu comme une forme d'exploit pour le grand espoir allemand. Aujourd'hui, alors qu'il s'apprête à disputer sa troisième demi-finale majuscule en un an et demi, il a incontestablement franchi un cap. On pourra ergoter 107 ans sur la faiblesse relative de son tableau dans la quinzaine parisienne qui nous occupe, mais le fait est que sa régularité au plus haut niveau n'a plus rien à voir avec ce qu'elle fut.
Il n'y a certes pas de quoi crier au génie. Zverev est à sa place. Ni plus ni moins. Mais il a mis si longtemps à mettre en adéquation ses résultats en Grand Chelem avec ce qu'ils étaient par ailleurs sur le circuit, que le bond en avant opéré depuis l'Open d'Australie 2020 se remarque comme le nez au milieu de la figure. "Je n'arrivais pas à aller loin en Grand Chelem alors que je gagnais des Masters 1000 et même le Masters, reconnaît-il. Je jouais à un niveau différent par rapport aux tournois du Grand Chelem. Le Grand Chelem, c'est autre chose. Il faut apprendre à les jouer." Au-delà du constat, il lui fallait trouver les raisons de ce blocage pour crever ce plafond de verre.
Roland-Garros
Même Nadal et Tsitsipas n'ont pas tenu : Comment Djokovic a tué physiquement la concurrence
15/06/2021 À 14:11

Alexander Zverev à Roland-Garros en 2021

Crédit: Getty Images

0-9 en Grand Chelem contre le Top 10

Sans surprise, le problème était dans sa tête plus que dans sa raquette. "Longtemps, je me suis mis trop de pression en Grand Chelem, avoue le numéro 6 mondial. Je n'étais pas patient. Je crois que j'ai appris à mieux gérer la situation. Dans ce genre de tournois, je me sens plus calme désormais." Y compris dans les quelques moments délicats, comme lors de son premier tour dans ce Roland-Garros 2021, face à son compatriote Oscar Otte, issu des qualifications et face auquel il a été mené deux sets à zéro. Il y a deux ou trois ans, peut-être aurait-il sombré.
Mentalement, ce fut un moment-clé. Mais pas simple à gérer. Zverev l'avoue, il a pensé à autre chose ce jour-là. Des pensées néfastes, qui vous polluent l'esprit. "Dominic (Thiem, NDLR) avait perdu juste avant que je ne rentre sur le court, rappelle-t-il. Tu sais qu'il est dans ta partie de tableau, que c'est un des mecs les plus durs à battre sur terre et soudain, il n'est plus là. Tu as ce genre de pensées qui te traversent pendant le match. Bien sûr, tu sais que tu ne dois surtout pas y penser, mais à l'arrivée, tu y penses..."
Vendredi, il ne devra pas penser à un autre poison potentiel, son bilan catastrophique en Grand Chelem face aux joueurs du Top 10 : neuf matches, neuf défaites. Interrogé à ce sujet pendant le tournoi, Zverev ne s'est pas agacé, mais pas loin : "Ce genre de statistiques ne m'intéresse pas". Fin du débat, question suivante. "Ce n'est pas anodin, juge Boris Becker, consultant pour Eurosport. Si Sascha veut encore changer de dimension, il doit impérativement améliorer cette statistique."

Une raquette cassée et un Zverev accrocheur n'ont pas suffi : c'est encore Djokovic qui avance

Becker : "Pour moi, c'est du 50-50"

Désormais, il reste sur sa route et un Top 5, Stefanos Ttsitsipas, et deux monstres sacrés. Autant dire que pour espérer devenir le premier joueur allemand vainqueur d'un Grand Chelem depuis un quart de siècle (la dernière victoire allemande chez les hommes remonte à janvier 1996 avec Becker en Australie), le grand Sascha va devoir franchir un gigantesque cap supplémentaire en un seul week-end. Or son truc à lui, c'est plutôt la politique des petits pas.
Mais la force du nouveau Zverev, outre ces six kilos de muscle pris depuis le début de la pandémie du Covid-19 (il a confié à Bild être passé de 84 à 90 kg grâce à un gros travail physique), c'est de se mettre désormais presque systématiquement en position d'affronter des joueurs de cette trempe en Grand Chelem. Il n'est pas encore tout à fait arrivé au sommet de la colline, mais il s'en approche. Paradoxalement, il ne le doit pas qu'à lui-même. "Avant que Medvedev et Tsitsipas n'arrivent, j'étais vu comme le gars qui devait bouleverser la hiérarchie du tennis mondial", a-t-il estimé mardi. L'émergence de joueurs comme le Russe ou le Grec a dévié une partie de l'attention portée sur lui depuis ses 20 ans. Et ça ne lui a pas fait de mal.
Vendredi, il peut encore grandir en battant Stefanos Tsitsipas, un joueur qui ne lui réussit pas vraiment, puisqu'il s'est incliné cinq fois en sept matches face à lui. "Pour moi, dit Boris Becker, c'est vraiment du 50-50." Ce serait sa plus belle victoire en Grand Chelem, pour s'ouvrir sa deuxième finale majeure. Pas si mal, à 24 ans. Même si, de son propre aveu, ça ne suffit plus : "Le but, c'est de gagner. Je n'ai pas de raisons d'être particulièrement heureux pour le moment. Je suis en demi-finales, je n'ai rien gagné." C'est ça, le nouveau Zverev.

"Pour l'instant, Stefanos Tsitsipas a réponse à tout"

Roland-Garros
"Voir des Français avec un an d'avance en finale junior de Roland, c'est très bon signe"
15/06/2021 À 14:10
Roland-Garros
Un set (ou deux) de retard ? Pour Djokovic, même pas peur !
14/06/2021 À 14:06