Il y a quelques mois, avec un tirage au sort tel que celui délivré jeudi, Dominic Thiem serait apparu comme le grand gagnant. Avant Roland-Garros 2020, par exemple, dans la foulée de son premier grand titre majeur, quelques semaines plus tôt, à l'US Open. Rafael Nadal et Novak Djokovic dans le haut du tableau, l'Autrichien aurait eu, sinon un boulevard, une route relativement dégagée. Il aurait été l'immense favori pour accéder à la finale. Mais la roue tourne vite en tennis et celle de Thiem serait plutôt en mode infortune ces temps-ci.
Le double finaliste de Roland, en 2018 et 2019 contre Nadal, est d'ailleurs le premier à l'admettre : pour l'instant, la tête de son tableau ne revêt pas une importance fondamentale. Est-ce que le fait de voir Djokovic et Nadal à l'opposé lui donne un surcroît de confiance ? "Pas vraiment, a-t-il répondu vendredi. Il y a deux ou trois ans, peut-être que j'aurais été très content si ça avait été le cas, mais au vu de la façon dont j'arrive ici et la manière dont j'ai joué ces dernières semaines, la seule chose sur laquelle je peux me concentrer, ce sont les premiers tours. Je ne peux pas m'occuper de savoir qui est dans ma moitié ou même mon quart de tableau."
C'est ce qu'on appelle faire profil bas. Ou être lucide. Thiem a joué trois tournois de préparation avant Roland-Garros. Quatre victoires, trois défaites et une demie à Madrid en guise de meilleur résultat. Son dernier match, perdu à Lyon contre Cameron Norrie en deux sets, a même franchement inquiété. Sur ce qu'il a montré dernièrement, difficile de l'envisager comme un prétendant au sacre à Paris. "J'ai clairement besoin de jouer à un autre niveau qu'à Lyon", concède encore le numéro 4 mondial, qui traverse la période la plus délicate de sa carrière depuis des années.
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Wilander : "Je me retrouve un peu dans ce que traverse Dominic Thiem"

Dominic Thiem se relève de blessure mais, au-delà du corps, c'est la tête qui ne suit plus. Avec franchise, il s'en est ouvert, expliquant la peine qui a été la sienne pour digérer sa victoire à l'US Open en septembre dernier. Son rêve accompli, le protégé de Nicolas Massu s'est retrouvé comme au bord d'un précipice. Comment repartir ? Comment retrouver la motivation quand, après des années d'efforts et de quête, votre ambition ultime se matérialise enfin.
Mats Wilander comprend ce que traverse le joueur autrichien. Même si ce fut à une autre échelle, il a connu un phénomène similaire. Deux fois, même. Après son premier sacre à l'Open d'Australie, qui prouvait à tout le monde qu'il pouvait triompher ailleurs que sur terre battue, et plus encore en 1988. Sa quête n'était alors pas celle d'un titre majeur, mais celle de la première place mondiale. Lorsqu'il a enfin atteint ce but, en 1988, en remportant l'US Open pour la première fois, qui plus est via une victoire en finale contre Ivan Lendl, qui le dominait systématiquement depuis trois ans, le Suédois a plongé.
"Je me retrouve un peu dans ce que traverse Dominic Thiem, nous confirme Wilander. J'ai connu ce "vide" après deux de mes victoires en Grand Chelem. Le deuxième et le dernier. Vous avez prouvé quelque chose, et il faut retrouver la motivation. Et je ne peux pas imaginer ce que c'est de remporter son premier Grand Chelem à 26 ou 27 ans (il a gagné son premier à 17 ans, NDLR). Dominic a attendu tellement longtemps, il a travaillé pendant tant d'années."

Anormalité et normalité

Bien sûr, on rétorquera que les Federer, Nadal et autres Djokovic n'ont jamais connu ça. D'abord, au moins dans le cas du Serbe, ce n'est pas exact. Après avoir enfin épinglé Roland-Garros à son palmarès pour parachever le Grand Chelem en carrière (et celui à cheval sur deux ans, en prime), Djokovic a connu lui aussi une période délicate. Tout ne venait pas de là, il a aussi connu des blessures entre 2016 et 2018, mais il lui a fallu près de deux années pour retrouver le feu sacré.
Néanmoins, il est incontestable que ce trio-là a repoussé les limites dans ce domaine comme dans tant d'autres, en parvenant à gagner encore et toujours, pendant dix, quinze ans et maintenant davantage. Mais l'anormalité, c'est eux. La normalité, les autres.
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"Cela prouve que Dominic Thiem réagit comme nous autres, les êtres humains normaux, reprend Mats Wilander en ne plaisantant qu'à moitié. Il n'est pas fait du même bois que Roger, Rafa ou Novak. Eux ont su trouver le moyen de ne jamais perdre leur motivation et c'est la chose la plus dure au plus haut niveau."
Il faut du temps pour que le corps se remette d'une blessure. C'est pareil pour la tête
Dominic Thiem le jure, il s'accroche. Pas question pour lui de renoncer. "Je m'entraîne dur, je travaille beaucoup pour essayer d'au moins me donner une chance de bien jouer ici", assure-t-il, même s'il a bien conscience que son déficit actuel de confiance agit comme un poison une fois sur le court. Il a besoin de temps : "Mentalement, c'est un métier éreintant. Et de la même manière qu'on peut avoir des blessures physiques, on peut avoir des problèmes au niveau du mental. Il faut du temps pour que le corps se remette d'une blessure. C'est pareil pour la tête."
Mats Wilander est convaincu qu'à terme, l'Autrichien peut redevenir lui-même. Mais peut-être pas tout de suite. "Je ne suis pas trop inquiet pour Dominic à long terme, estime notre consultant. Ce qui lui arrive n'est pas anormal. Est-ce qu'il retrouvera l'intensité nécessaire ? Oui, je le pense. Est-ce que ça peut être pendant ce Roland-Garros ? Peut-être, mais ce ne sera pas facile."
Son premier tour face à Pablo Andujar apportera un premier signe tangible. En espérant pour lui qu'il ne s'agisse pas d'une réponse définitive.

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