"Je ne sais pas ce qu'il s'est passé au vestiaire, mais il est soudain devenu un joueur différent". Stefanos Tsitsipas ne pouvait pas ne pas le remarquer. Bien installé aux commandes de sa première finale de Grand Chelem, le Grec y a cru, légitimement. Puis Novak Djokovic, après une escapade au vestiaire à la fin du deuxième set, est redevenu Novak Djokovic. La suite ? 6-3, 6-2, 6-4, un rêve brisé pour Tsitsipas et un 19e titre majeur pour le Serbe. Il avait opéré de la même manière contre Lorenzo Musetti qui, lui aussi, avait mené deux manches à rien face au numéro un mondial en huitièmes de finale.
Alors, comment Novak s'est transformé en Djoker ? Un confrère lui a demandé s'il avait invoqué Saint-Sava, le père de l'Eglise orthodoxe serbe et le plus populaire des saints de Serbie. "Exactement. Mes anges gardiens sont là. C'est un secret, je ne peux pas révéler mes secrets. Mais ça marche plutôt bien", a répondu Djokovic sur le ton de la plaisanterie. Plus sérieusement, l'efficacité de ces "reset", selon le terme employé par l'intéressé, a quelque chose de sidérant. "Quand je suis revenu, c'était différent, confirme-t-il. J'étais mentalement plus frais, et j'ai réussi à le breaker rapidement. A partir du 3e set, je suis rentré dans sa tête. La balle sortait mieux de ma raquette. Le 'momentum' était de mon côté. Je ne me suis plus retourné."
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Conversaion à trois

Tout Djokovic qu'il est, le natif de Belgrade est aussi un être humain, sujet au stress. Voire au découragement. Sa force, explique-t-il, c'est de ne pas y céder, même quand la situation est aussi complexe qu'à deux sets zéro contre lui en finale de Grand Chelem. L'homme aux 19 Majeurs évoque "deux petites voix différentes" dans sa tête. Une lutte entre ses deux oreilles, sous la caboche. Et selon lui, il n'a jamais dû produire un tel effort pour chasser ses pensées négatives.
"Des deux voix, il y en a une qui te dit que tu n'y arriveras pas, que c'est fini, poursuit le Serbe. Cette voix était très forte aujourd'hui après le 2e set." Voilà pourquoi il a pris soin de s'éloigner du court pour avoir cette "conversation à trois", loin de tout le monde. Pour se parler à voix haute. Il incarne alors l'autre voix, celle qui tente de le convaincre qu'il peut revenir, que rien n'est terminé.
"D'habitude, cette voix reste à l'intérieur, je ne l'extériorise pas. Mais là, il fallait que je verbalise tout ça à voix haute, que je devienne cette autre voix qui veut faire taire l'autre. Je me suis encouragé, je me suis dit que je pouvais le faire, qu'elle prenne possession de tout mon être." Manifestement, la méthode a porté ses fruits, au regard de la seconde partie du match, totalement sous son contrôle. "Après ça, je n'ai plus jamais eu le moindre doute", dit-il d'ailleurs.

Deux "remontadas" pour un titre en Grand Chelem, l'autre exploit inédit de Djokovic

C'est un sport où vous avez un combat en face-à-face,
Marian Vajda, lui, n'est pas surpris de ce retournement de situation. Il sait son poulain capable de tout. "Novak est prêt à jouer cinq sets. Physiquement, mentalement, il est prêt. Il a joué tellement de matches de cette nature, tellement de combats en cinq sets", relève le coach du numéro un mondial. Mais ce n'est pas inné. Ce capital, il l'a acquis. Chèrement, selon Vajda : "Au début de sa carrière, il a eu quelques très mauvaises défaites de ce genre. Je pense à celle contre Melzer par exemple en 2009 (en 2010, à Roland-Garros, NDLR). Mais aujourd'hui, il possède des certitudes, il sait qu'il peut toujours s'en sortir." Et une fois de plus, il s'en est sorti.
"Tout au long de ma carrière, j'ai énormément travaillé l'aspect mental, relance Djokovic. J'essaie d'avoir cette capacité mentale à me recentrer, à me rééquilibrer dans l'instant, plutôt que d'avoir des pensées qui me tirent à droite ou à gauche, même si ça m'est arrivé à de nombreuses reprises, et dans des grandes occasions. Je me souviens de grands matches, notamment en Grand Chelem, que j'ai perdus à cause de ce dialogue interne, de cette conversation intérieure, qui prenait le dessus et qui me tirait sur le côté obscur."
Ce temps-là est révolu. Si le joueur de tennis prend toujours soin de saluer le poids de son "team" après chaque victoire, sur le court, il est seul. Avec lui-même. Et ses voix. "C'est un sport où vous avez un combat en face-à-face, alors, bien sûr vous avez le soutien de votre équipe, mais tout dépend de vous. Si vous n'arrivez pas à sortir de cette situation telle que celle qui a été la mienne aujourd'hui, mené de deux sets à rien, le match est perdu. C'est pour ça que l'exercice mental est aussi important que l'entraînement physique." Dans ce domaine, Novak Djokovic est devenu le maître. Le maître de lui-même, pour faire taire sa voix obscure. Le maître tout court, pour empiler les titres et les records.
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