Le pourquoi du comment

Un cri rageur est venu briser le silence absolu du Chatrier. Novak Djokovic s’est encore fait (un peu) peur, malgré une maîtrise absolue pendant les deux tiers voire les trois quarts de ce quart de finale. C’est tout le paradoxe d’un match qui aurait pu tourner au vinaigre alors que, comme on pouvait le pressentir, le numéro 1 mondial a montré qu’il avait toutes les armes pour contrer la puissance de feu de Matteo Berrettini au service et en fond de court. Pendant les deux premiers sets, le meilleur relanceur de la planète s’est d’ailleurs régalé.
Pour absorber les coups de canon adverses, il s’est légèrement reculé par rapport à sa position habituelle au retour, à un peu plus de deux mètres derrière sa ligne de fond. Dès lors, malgré la brutalité du service adverse (199 km/h en moyenne sur première balle, 216 au maximum), le Djoker a fait parler son légendaire timing pour engager au maximum l’échange avec l’Italien. Et il s’est montré clinique sur ses opportunités : 3 balles de break converties sur 4 dans ces deux premières manches, et 3 sauvées sauvées sur les… 3 occasions de son rival.
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Loin de ne faire que le "mur" infranchissable dans une partie qui aurait pu se disputer sur dur tellement la balle a circulé vite dans l’air, Djokovic a été agressif à chaque opportunité avec son coup droit croisé enroulé et son revers long de ligne. Son utilisation de l’amortie a aussi mis au supplice Berrettini, totalement dominé dans le petit jeu. Et le scénario idéal se dessinait pour le Serbe qui, malgré la résistance acharnée de l’Italien dans le 3e set, menait 5 points à 4 dans le tie-break avec deux services à suivre. Mais un moment de fébrilité inattendu et deux erreurs grossières ont permis à son adversaire de se relancer.
Beaucoup moins à son aise par la suite, Djokovic a toutefois eu le mérite de continuer à très bien servir. Il n’a d’ailleurs pas concédé la moindre balle de break dans les trois derniers sets. C’est cette rigueur et cette capacité à se reconcentrer après l’évacuation du public pour cause de couvre-feu qui lui ont évité un cinquième set de tous les dangers. Mis sur les talons par le décalage coup droit de Berrettini dans la dernière partie du match - il a même chuté lourdement sur un contrepied -, il a répondu présent mentalement quand il le fallait.

Novak Djokovic après sa victoire sur Matteo Berrettini à Roland-Garros en 2021

Crédit: Getty Images

Le moment-clé

Il est à peu près 22h55 sur le court Philippe-Chatrier qui est animé par une ambiance électrique. Après avoir arraché la troisième manche, Matteo Berrettini est chaud comme la braise et emmène dans son sillage le public sur un passing de coup droit fulgurant à 2-2 dans la quatrième manche. Djokovic a beau se sortir finalement de ce jeu, l’Italien a clairement le vent en poupe.
Oui mais voilà, la loi est la loi : pour cause de couvre-feu à 23h, les spectateurs sont priés de quitter les lieux. Malgré les sifflets, quelques insultes et le mécontentement général, Djokovic et Berrettini regagnent les vestiaires, en attendant que le stade soit vidé. A leur retour, 20 minutes plus tard, l’atmosphère a radicalement changé. Même s’il continue à très bien servir, l’Italien a perdu la flamme, commence à cramper et rend finalement les armes dans le 12e jeu. En aurait-il été autrement avec le public ? Nul ne le saura jamais.

La stat : 89 %

Novak Djokovic n’a pas toujours dirigé l’échange dans ce match, tant il était aussi tributaire de la qualité de service adverse. Mais quand il a eu l’occasion de s’aventurer au filet, le numéro 1 mondial ne s’est pas souvent raté : sur 19 montées, il a fait 17 fois le point, soit un taux de réussite assez exceptionnel de 89 %. A titre de comparaison, Matteo Berrettini s’est autant projeté à la volée mais ne s’en est sorti victorieusement qu’à 8 reprises (42 % de réussite). La qualité de passing du Serbe a aussi fait la différence dans ce quart de finale.

Novak Djokovic quitte le court à cause du couvre-feu pendant son match contre Matteo Berrettin à Roland-Garros en 2021

Crédit: Getty Images

La décla

Novak Djokovic : "C’était une libération de toutes les émotions que j’avais en moi. Avec cette pause, c’était vraiment dur de retrouver le rythme. On avait l’impression que ce n’était pas un match sur terre battue, tellement Berrettini servait bien. Mais j’ai bien servi aussi et je pense que c’était bien de prendre ces 15-20 minutes de pause pour réfléchir à ce que je voulais faire tactiquement."

La question : Djokovic est-il mieux armé pour défier Nadal que lors de la finale 2020 ?

Par bien des aspects, Novak Djokovic a dû se rassurer mercredi soir, tennistiquement parlant. Déjà, son service fonctionne à merveille. Non seulement le Serbe n’a pas été breaké, mais en plus il a servi 70 % de premières balles (10 aces et une double faute), gagné 77 % de points derrière, ainsi que 65 % de ceux joués après sa seconde balle. Et si Rafael Nadal est évidemment un meilleur relanceur que Matteo Berrettini, cette capacité à s’offrir des points gratuits sera primordiale. D’une précision exceptionnelle, il n’a commis que 19 fautes directes pour 44 coups gagnants en quasiment trois heures et demie.
Il a su faire mal quand il avait l’initiative du jeu. Et quand ce n’était pas le cas, son jeu de fond de court et sa défense ont été performants, un bon signe pour lui avant la demi-finale. Le numéro 1 mondial semble également plus disposé à accepter le combat à l’échange : son utilisation de l’amortie est moins systématique et plus surprenante qu’il y a huit mois. Surtout, les conditions sèches de cette quinzaine accélèrent le jeu et il aura moins besoin de générer lui-même de la puissance comme ce fut le cas dans le froid automnal de l’édition 2020.
Il a aussi montré qu’il pouvait rentrer vite dans son match, ce qui n’avait pas été le cas contre Lorenzo Musetti au tour précédent. Avoir été mené deux manches à zéro par le jeune Italien en huitième de finale semble avoir été paradoxalement libérateur. Et c’est bien sur le plan mental que Djokovic devra être intraitable s’il veut avoir une réelle chance de faire tomber l’ogre de l’ocre vendredi. Le petit passage à vide connu en fin de tie-break mercredi soir pourrait ainsi avoir de lourdes conséquences face au Majorquin. Mais Nadal lui-même a eu un coup de moins bien contre Schwartzman : si l’épisode venait à se reproduire, le numéro 1 mondial serait bien inspiré d’en profiter.

Novak Djokovic à Roland-Garros en 2021

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