Le pourquoi du comment

C'était au début du troisième set. Rafael Nadal venait de laisser filer le deuxième. Il commettait des fautes inhabituelles, y compris en coup droit. Mené une fois 15-30, puis deux, sur son service, il semblait proche de tanguer. Puis la tornade des Baléares a soufflé. Ce qui pouvait devenir une bataille excitante et intrigante a viré d'un coup d'un seul à la promenade de santé. Le maître des lieux a gagné les neuf derniers jeux pour s'imposer en quatre manches.
Drôle de match, tout de même, dans son déroulement. Plutôt convaincant pendant la première manche, Nadal paraissait parti pour une victoire assez tranquille. La suite fut donc surprenante, plutôt deux fois qu'une : la perte de contrôle de l'Espagnol pendant un set et demi, puis son écrasante domination dans le dernier tiers du match. Mais au-delà de ces aléas, le bilan reste toujours le même : il est possible de bousculer Nadal par séquences, voire sur un set ou deux, mais pour tenir la distance sur l'intégralité de la confrontation, c'est autre chose.
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Diego Schwartzman possède des armes pour rivaliser à l'échange contre l'ogre de l'ocre. Ils sont même peu nombreux sur cette surface à pouvoir le faire aussi bien que lui. Mais la débauche d'énergie réclamée est telle qu'elle se paie. Comme en 2018, ici-même, en quarts, et à un degré moindre comme l'an passé en demie, Nadal n'a donc pas toujours rigolé sur le Chatrier, mais jamais au point de se retrouver en danger.
La faiblesse globale de l'Argentin au service a également, comme prévu, constitué un vrai problème. En gagnant seulement 59% des points derrière sa première balle et 46% sur sa seconde (contre 73% et 68% côté Nadal), Schwartzman s'est presque constamment exposé, en dehors du début du troisième set. L'Argentin a concédé dix balles de break de plus (14 contre 4) et à force d'évoluer sur un fil, il a logiquement cassé.

Rafael Nadal a, comme prévu, pris le dessus sur Diego Schwartzman.

Crédit: Eurosport

Le moment-clé

En allant se coucher mercredi soir, Diego Schwartzman pensera-t-il à ce jeu de 4-4 au troisième set ? En tout cas, il a scellé le destin du petit Argentin. Jusqu'ici, tout allait bien. Un set partout, quatre partout.
Surtout, Schwartzman avait enfin trouvé un peu de tranquillité sur sa mise en jeu : trois points perdus en quatre jeux. C'est donc presque au moment où il était le moins menacé que le fil a cassé. Un scénario tellement nadalien, au fond. Sur sa deuxième balle de break, à 30-40, Schwartzman a mal touché sa contre-amortie. Il a été puni. Le match était fini.

La stat : 7

Le nombre de points inscrits par Diego Schwartzman en... dix jeux, à partir de 4-3 en sa faveur dans le troisième set. Ce fut ensuite la boucherie. Non seulement l'Argentin n'a plus fait le moindre jeu, perdant le troisième 6-4 et le suivant 6-0, mais sur ces dix jeux, il n'a inscrit que sept points (dont trois sur son jeu de service à 4-0 dans le quatrième). Sur les 44 derniers points, Rafael Nadal en a gagné 37. Au milieu du troisième, il fallait voir venir ce scénario. Non pas la victoire du quadruple tenant du titre, mais l'ampleur de son coup d'accélérateur.

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Crédit: Getty Images

La décla

Rafael Nadal : "Diego est un joueur incroyable, toujours très compliqué à jouer pour moi. J'ai mal commencé le deuxième set. J'ai pu revenir (à 3-3), mais j'ai de nouveau fait un mauvais jeu de retour (à 4-4) et je savais qu'il serait compliqué de conserver mon service.

La question : Ce Nadal-là suffira-t-il pour aller chercher le 14e ?

Rafael Nadal a lâché son premier set à Roland-Garros depuis la finale de l'édition 2019 contre Dominic Thiem. Sa série s'est donc arrêtée à 36 manches gagnées consécutivement, mais c'est presque au début du troisième acte, qu'il a fini par remporter, que le Majorquin a le plus inquiété. La suite et la fin ont été si tranquilles qu'il est difficile d'être réellement inquiet pour lui. Si ce ne fut pas du grand Nadal, sa marge est telle sur ce genre de joueurs dans le contexte de Roland-Garros que pour éteindre ce type de départ de flamme, un pistolet à eau suffit au Majorquin. Pas besoin de sortir l'extincteur.
Mais contre un Novak Djokovic, s'il devait l'affronter vendredi en demi-finales, face à Stefanos Tsitsipas, voire un Alexander Zverev en finale, trois joueurs qui disposent d'un arsenal autrement plus étoffé que celui de Diego Schwartzman, peut-il être mis en danger au point d'être battu ? Oui, pour la première moitié de la question. S'il ne hausse pas le ton vendredi, sa vie pourrait se compliquer. Mais comme toujours, entre bousculer Nadal, un peu, beaucoup ou passionnément, et le fait d'envisager qu'il puisse être mis pour de bon à terre, il y a un pas qu'on ne franchit en général qu'à ses propres dépens.
C'est la 14e fois de sa carrière que l'Espagnol déboule dans le dernier carré à Roland-Garros. Jusqu'ici, cela s'est toujours terminé de la même façon : il a soulevé la coupe des Mousquetaires. Toutes les séries sont faites pour s'arrêter un jour, certes, mais si l'histoire nous a appris quelque chose, c'est que plus il avance dans le tableau à Paris, plus il est compliqué de le déboulonner. Rafael Nadal continue de détenir les clés de ce tournoi. Aucun doute là-dessus. Mais la relative faiblesse affichée pendant un set et demi contre Schwartzman est de nature à entretenir un soupçon de suspense.

Rafael Nadal en demi-finales de Roland-Garros pour la 14e fois.

Crédit: Imago

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