La soirée avait commencé avec des sourires et un sentiment de légèreté retrouvé. Elle s’était poursuivie sous les vivats et les olas de la foule. Elle s’est terminée sous les sifflets puis dans un silence de cathédrale. Drôle de soirée vécue à Roland-Garros ce mercredi : d’abord magnifiée par la présence d’un public bouillant et franchement enthousiasmé par le spectacle proposé, l’affiche Djokovic-Berrettini a trouvé son épilogue à huis-clos, la faute à une évacuation forcée juste avant 23h pour respecter le nouvel horaire de couvre-feu.
Quatre heures plus tôt, on était bien loin de tout ça. Dans la douceur d’une soirée estivale parisienne, près de 5 000 spectateurs avaient donc répondu à l’appel pour cette soirée historique. Inaugurée pour ce cru 2021, la session de nuit trouvait enfin sa raison d’être en accueillant un public alléché à l’idée de suivre ce quart de finale explosif.
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Mais un public particulier, plus costard-cravate que bob et crème solaire. "On n'a pas à poser de congés pour venir", se marrait ainsi Loïc, une bière à la main à l’heure de l’apéro. Un argument entendu dans toutes les bouches. "On avait volontairement choisi la night session car entre le taff, les emplois du temps de chacun, c’est clairement le plus simple", résumait Nicolas.

Le court Philippe Chatrier lors de la première session de nuit avec public, le 9 juin 2021

Crédit: Getty Images

"Ambiance de Coupe Davis", "électrique"

"Depuis le temps que je suis le tennis, j’ai toujours adoré la Night Session de l’US Open donc c’est cool de l’avoir ici, nous avait aussi expliqué Skander, venu pour son anniversaire. Je comprends que les organisateurs aient tardé à prendre cette décision mais en tant que fan, c’est génial". "On s’attend à une ambiance particulière", complètait Nicolas. Elle le fut. Pendant 2h30…
Malgré deux sets à sens unique pour son rival, Matteo Berrettini s’est laissé porté par la foule pour tenter une rébellion. Et ça a presque pris. "Honnêtement, c'était presque une atmosphère de Coupe Davis, avec beaucoup de supporters actifs et chaque point se terminant par des cris et des encouragements, a avoué après coup un Novak Djokovic jamais insensible à la foule. C'était vraiment une atmosphère électrique. (…) La foule a sublimé mon adversaire car il a joué un tennis vraiment puissant, surtout dans le troisième et quatrième set où il a servi incroyablement fort et précis". On approchait alors du moment critique alors que le ciel noir grandissant renforçait la dramaturgie du duel.
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Il était 22h30 quand l’Italien a chipé le troisième set au Serbe et relancé une partie qui ne demandait qu’à s’enflammer. Mais la réalité a rapidement repris le dessus. Dès la fin du set, une annonce discrète a tenu à rappeler aux spectateurs les règles en vigueur. Nouveau message, plus pressant, à 22h45 : "Le couvre-feu entrant en vigueur à 23h00, mesdames et messieurs, veuillez prendre vos dispositions". Bronca absolue et résistance malicieuse de certains : "On va rester", a-t-on notamment pu entendre. Mais la fête touchait à sa fin.
22h54 : "nous vous remercions de bien vouloir quitter le stade", affiche alors l’écran géant du stade. "Are we going out or not ?", demande dans la foulée Novak Djokovic à l’arbitre, visiblement pressé de regagner les vestiaires. 22h56 : Marc Maury, le speaker de Roland-Garros, annonce que le jeu est suspendu. Fin du bal et départ forcé.
Dans la chaleur d’une soirée qui pouvait encore monter en température, les deux joueurs effectuent une pause forcée de près de 20 minutes pendant que Roland se vide de ses spectateurs déçus. Une situation frustrante, qui a déplu à l’Italien. "Je vais dire la vérité, je pense que c’est vraiment dommage, a-t-il avoué d’emblée. Faire partir le public, je n’ai pas aimé mais ça nous dépasse… Ce n’est pas comme si j’avais le pouvoir de faire changer les choses, je devais juste m’adapter. En espérant que le Covid et ces situations vont bientôt prendre fin. Ce n’est pas la pire chose qui soit arrivée dans l’année écoulée. C’est juste plus frustrant car je sentais que j’avais le momentum".

Des spectateurs quittent Roland-Garros à l'heure du couvre-feu

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La suite, c’est une histoire bien connue. Une pause pour relancer la machine et Djokovic est allé s’imposer. "Honnêtement, ça ne m’a pas dérangé de quitter le court car j’ai senti que j’avais besoin d’une petite pause pour faire le point et me régénérer, a ainsi expliqué le Djoker. Oui, c’est malheureux pour le tournoi, pour le public d’avoir ce couvre-feu. Mais on le savait avant le match, l’arbitre nous avait expliqué que si on approchait de 23h, il devrait faire vider le stade. C’est ce qu’il s’est passé". Malheureusement pour les 5 000 privilégiés ayant pu assister aux prémices d’une révolution à Roland.
Car, finalement, cette mise en bouche, si frustrante, appelle aussi des soirées magiques attendues de tous. "Avec un stade plein, l’année prochaine, ça sera génial", avait avancé Skander avant les hostilités, comme s’il sentait le coup venir. Il a raison. Et on a déjà hâte.
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