L’ogre de l’ocre est tombé. Terrassé par un autre géant du jeu après 4h11 d’un choc de monstres qui a tenu en haleine le court Philippe-Chatrier. Pour la première fois de sa carrière, Rafael Nadal a donc perdu une demi-finale à Roland-Garros. Jusqu’à ce vendredi soir à chaque fois qu’il se qualifiait pour le dernier carré, le Majorquin allait chercher la coupe des Mousquetaires, comme s’il avait privatisé la fin du tournoi. C’est dire si cette défaite contre Novak Djokovic (3-6, 6-3, 7-6, 6-4) est majeure à son échelle, d’autant qu’elle réduit provisoirement à néant ses espoirs de 21e titre en Grand Chelem. Il reste co-détenteur du record en la matière avec Roger Federer.
Le numéro 3 mondial était forcément déçu au moment d’analyser la partie et a rapidement fait face à ses obligations médiatiques, sans pour autant bâcler l’exercice. C’est aussi à ce genre de choses que l’on mesure la classe d’un champion. Fidèle à sa philosophie et à son approche du jeu, il a remis les choses en perspective.
"C’est le sport, vous savez. Parfois vous gagnez, parfois vous perdez. J’ai essayé de donner le meilleur de moi-même. Ce n’était probablement pas mon meilleur jour, même si je me suis battu et j’ai fait beaucoup d’efforts. C’est le tournoi le plus important de ma saison, c’est vrai… mais la vie est quand même douce. Ce n’est rien de plus qu’une défaite sur un court de tennis."
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11/06/2021 À 22:50

Rafael Nadal effectue un coup de défense face à Novak Djokovic, en demi-finale de Roland-Garros, le vendredi 11 juin 2021

Crédit: Getty Images

Un départ foudroyant mais en trompe-l'œil

Et pourtant, tout avait bien commencé pour Nadal qui avait remporté les cinq premiers jeux du match dans un scénario assez similaire alors à sa finale expéditive l’an passé contre le même adversaire. Djokovic semblait refuser le combat, multipliant les amorties, et on le voyait mal déboulonner le roi de la terre. Mais le score est parfois trompeur, l’Espagnol le sait bien. Lucide, il a posé un regard plus nuancé sur ce début de partie idéal.
"Il a eu une balle de break dans le premier jeu (qui a duré 9 minutes, NDLR), puis d’autres balles de jeu dans le deuxième. Ça aurait donc pu faire 2-0 pour lui au début, et ça a été 2-0 pour moi. Ensuite, je pense qu’il a commencé à faire plus d’erreurs et ça a fait 4-0", a-t-il relevé. Mené 5-0, le Serbe est ensuite pleinement rentré dans la partie, acceptant davantage les échanges du fond du court et retournant à son avantage tactiquement le bras de fer grâce notamment à son coup droit croisé enroulé.

Des regrets sur la fin du 3e set malgré "des points complètement fous"

Enfermé sur son revers, Nadal a de plus en plus été sur la défensive à mesure que le match avançait dans la nuit. "C’est vrai qu’en plus, les conditions étaient un peu plus lentes plus tard. Nous avions débuté alors qu’il faisait très chaud avec des rebonds hauts. La situation s’est un petit peu inversée ensuite, la balle a moins pris le lift, ce qui lui était plus favorable. Mais c’est celui qui exploite le mieux les conditions du moment qui mérite de gagner", a-t-il relativisé. Le Taureau de Manacor avait d’autant moins envie de se réfugier derrière ce prétexte qu’il y a huit mois, le froid automnal ne l’avait pas empêché d’infliger une claque au Djoker.
Cette fois, c’est bien le Serbe qui a mené la danse, y compris dans un troisième set qui restera longtemps dans les mémoires. Pendant quasiment une heure et demie, Nadal a d’abord résisté aux assauts adverses, refaisant son break de retard à 5-4. Et son incroyable pugnacité a bien failli payer.
"J’ai eu une grande opportunité avec une balle de set à 6-5 sur son second service (Djokovic a alors joué une amortie pleine de sang-froid, NDLR). Tout pouvait arriver à ce moment-là. Puis, j’ai fait une double faute et raté une volée facile dans le tie-break. C’est vrai qu’il y eu des points complètement fous. La fatigue était là aussi, donc ce genre d’erreurs peuvent arriver. Mais si vous voulez gagner, vous ne pouvez pas les faire", a-t-il encore considéré.
J'ai été super fatigué par moments, mais la foule m'a donné l'énergie de continuer
A 35 ans, Nadal en est conscient : une occasion majeure d’ajouter un 14e Roland-Garros à sa collection de trophées s’est évanouie. Le temps commence à lui manquer, même si la qualité du tennis qu’il a encore proposé, face à son meilleur ennemi, tend à le faire oublier. "Mes opportunités de gagner ici ne sont pas éternelles. Je sais que je ne peux pas gagner le tournoi 15, 18 ou 20 fois. Mais ce n’est pas un désastre du tout", a-t-il lâché à nos confrères espagnols. Pas question pour lui de se triturer le cerveau avec le possible rapproché de Djokovic dans la course au record en titres du Grand Chelem.

Rafael Nadal quitte Roland-Garros en demi-finale en 2021

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A ce stade de sa carrière, Nadal sait qu’il doit aussi profiter de chaque instant, se souvenir des belles choses. Comme de cette ambiance de feu et de ce choc d’une intensité folle qui sont venus à bout du couvre-feu sur une dérogation annoncée à la dernière minute.
"Je ne peux pas remercier assez les gens pour les émotions ressenties. J’ai été super fatigué par moments, mais la foule m’a donné l’énergie de continuer. C’était super émouvant pour moi de ressentir l’amour du public dans le lieu le plus important de ma carrière. Donc merci à eux." Merci à vous, Rafael Nadal, serait-on tenté de lui répondre. Car pour mériter une telle atmosphère, il fallait deux gladiateurs. Et fidèle à lui-même, il est tombé les armes à la main.
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