Elle a marqué l'histoire du tennis slovène

Le petit pays d'Europe centrale continue les miracles avec le sport. Depuis que la République de Slovénie a vu le jour il y a 30 ans, elle a sorti quelques sportifs d'exceptions, même après l'explosion de l'ex-Yougoslavie : Tina Maze en ski alpin, Zlatko Zahovic, Jan Oblak en football, pour ne citer qu'eux, Primoz Roglic et Tadej Pogacar en cyclisme, Luka Doncic en basket. Que du beau monde.
En tennis par contre, il n'y a pas eu de sportif qui est vraiment sorti du lot. Il y a eu des bons joueurs, au mieux réguliers. Aljaz Bedene, 56e mondial à l'ATP, en est le parfait exemple. Il y a quelques années Grega Zemlja avait atteint le top 50, Blaz Kavcic le top 70 il y a presque une décennie.
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21/03/2022 À 21:02
Chez les dames, impossible de ne pas citer le nom de Mima Jaušovec, vainqueur à Roland-Garros en 1977. Mais c'était sous la bannière de la République socialiste fédérative de Yougoslavie. Une autre époque, bien évidemment. En Slovénie, la presse souligne d'ailleurs la distinction historique entre les deux Slovénie, celle avant et post-indépendance, tout en rappelant les performances de la native de Maribor, celle qui fut la première. Zidansek a d'ailleurs brièvement rencontré Jaušovec l'an dernier lors d'un tournoi organisé après le confinement par la Fédération slovène de tennis. Mais le rapport entre les deux s'arrête là. Il n'y a pas de "legs".
Actuellement, la Slovénie compte seulement deux membres dans le top 100 du classement WTA : Polona Hercog, 73e mondiale, et Zidansek donc qui occupe le 85e rang. Juste derrière, Kaja Juvan, 20 ans, et actuelle 101e mondiale, est le grand espoir, la championne de demain, qu'attend le pays. En attendant que la championne olympique de la jeunesse 2018 confirme les attentes, c'est Zidansek, 23 ans au compteur, qui a inscrit son nom dans le livre des records.
En atteignant les demi-finales des Internationaux de France 2021, la droitière est devenu la première joueuse de la Slovénie indépendante à aller dans le dernier carré d'un tournoi du Grand Chelem. Pour un pays d'environ 2 millions d'habitants, où le tennis n'est pas un sport national, c'est évidemment improbable. Mais c'est ça le point fort de la Slovénie, elle frappe fort là où ne l'attend pas, comme en ski alpin.
Inspirer les autres, dans son pays, tient à coeur à la championne. "Ce parcours me permet de faire passer le message aux jeunes et à tout le monde en Slovénie, que, oui, on peut le faire. Nous sommes un petits pays, nous n'avons pas beaucoup de sportifs, mais on en a des bons."

Tamara Zidansek à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

Avant Roland 2021, c'était (presque) le néant

Tamara Zidansek n'avait pas gagné un match à Roland-Garros dans sa carrière avant cette année. Quand on voit le pedigree des deux filles qui l'ont battu : Elise Mertens en 2019 et Garbiñe Muguruza en 2020, cette infortune parisienne se comprend mieux. Plus embêtant, elle n'avait gagné que trois rencontres en Grand Chelem.
Un bilan maigre qui expliquait aussi qu'elle ait longtemps buté sur le top 100 du classement WTA, puis sur le top 50 (elle avait été classée 56e en juillet 2019), malgré deux finales (perdues) en tournois WTA à Nuremberg en 2019 et Bogota en 2021. Après le tournoi, place au top 50 minimum (47e), ou plus haut.
Selon la joueuse de 23 ans, gagner son match du 1er tour face à une certaine Bianca Andreescu (un énorme combat en trois sets : 6-7, 7-6, 9-7), 7e mondiale et vainqueur de l'US Open 2019, a tout changé. "Cela a été un déclic, comme une délivrance. J'ai gagné toute ma confiance à partir de cette victoire", a-t-elle reconnu, tout en rappelant quelque faits : elle montait en puissance depuis quelques temps.
Elle s'était notamment sortie des qualifications à Madrid et Rome. Elle avait aussi joué une finale à Bogota peu de temps avant. Peu à priori, mais par pour elle, car il y avait la manière, à l'entraînement et en compétition. "Avant le tournoi, je me sentais vraiment bien. Je jouais très bien, spécifiquement sur terre battue. J'ai fait de très bon matches."
Comment expliquer ce déclic, non pas brutal, mais diesel, à l'heure des exploits précoces avant 20 ans ? "Quand est-ce que tout s'est mis en marche ? Je n'en sais rien. Je prends juste match par match. Chaque jour qui passe est un nouveau chapitre. Je me bats et j'espère que tout ira pour le mieux", explique la Slovène, très terre-à-terre. Au début du tournoi, elle avait quand même évoqué ce match perdu au couteau contre la n°1 mondiale, Ashleigh barty (6-4, 1-6, 6-3) en tableau principal à Madrid. Le match qui a enclenché la machine "très haut niveau". Pour Marjan Čuk, son manager et coach intérimaire, Zidansek - et son beau coup droit, son point fort - a tout pour briller au sommet de la hiérarchie ou pas très loin. "Elle est sur la bonne voie pour montrer de quoi elle est capable", a-t-il expliqué dans SportKlub.
Exploser à 23 ans n'est pas un problème pour elle. La question lui a été posée : comment se remettre d'un tel résultat quand on a peu montré et peu gagné dans les grands tournois ? Ce qui est le résultat d'une vie, pour le moment, peut aussi être le meilleur chemin pour une traversée du désert. Un chemin que beaucoup ont vécu ces dernières années sur le circuit WTA.
"J'ai déjà eu des opportunités de faire des bons résultats dans le passé. Ma carrière a toujours été en mode, je progresse lentement, lentement, comme si je construisais une maison. Cela n'a jamais été une histoire de faire un seul résultat à 16 ans", a expliqué Zidansek. "Je dois travailler sur tous les aspects du jeu. Donc je pense que mon parcours est fait sur des bases solides qui me permettront de ne pas avoir cette chute."

Zidansek aime le "mental game"

Pas difficile de décrypter la méthode Zidansek. Mais entre l'aspect technique et mental, c'est bien le second qui a sa préférence Elle l'a dit elle-même : elle a renversé des montagnes à Paris à partir d'un seul succès. La championne qui sommeillait en elle ne demandait qu'à sortir. En pleine période de transition en 2020 après s'être séparée de son coach, la jeune joueuse voyage actuellement à travers le monde avec son manager-coach Marjan Čuk, mais aussi son préparateur mental, Matej Lunežnik.
A ses côtés depuis plus d'un an, il est devenu la pièce centrale du dispositif puisqu'il a permis à Zidansek de progresser psychologiquement. C'est lui qu'on a aperçu se signer, avec un brin d'humour, quand elle a servi une seconde balle à 4-4 dans le 3e set de son quart de finale contre Paula Badosa. Vous l'aurez compris, ce boute-en-train assure la bonne humeur dans ce qui est une vie de groupe.
En mettant en place des rituels d'après-match, comme ici une petite chanson après chacune des victoires de Tamara ("Rompompom, on ne rentre pas à la maison"), le psychologue a aussi eu son apport dans la gestion de l'émotion d'après-match : c'est mieux avec un rituel. Il a même lancé et perdu un pari : celui de devoir rentrer à l'hôtel pieds nus après chaque victoire de sa protégée.
La native de Postojna, une ville du Sud-Ouest de la Slovénie, a fait de l'approche psychologique un peu plus qu'une curiosité, elle s'est mise à l'étudier à l'Université. Elle est actuellement scolarisée dans la célèbre Indiana University East à Richmond, par correspondance, grâce à l'accord en vigueur entre l'établissement et la WTA (un accord passé en 2013). Elle y prépare un bachelor en psychologie.
"J'ai toujours été super intéressée à la façon de réfléchir chez les autres, de penser, comment tout cela fonctionne. Et cela m'a beaucoup aidé. Quand vous arrivez à ce stade d'un tel tournoi, ce n'est qu'une histoire de mental. C'est une histoire de croire que vous pouvez y arriver. Ce n'est pas qu'une question de frapper la balle fort, ou de courir vite", a-t-elle analysé.
Avant de faire une petite marche arrière. Car le tennis, c'est aussi une histoire d'équilibre. "Oui, bon, vous pouvez évidemment vous améliorer dans ces aspects. Mais tout part de la conviction. C'est juste de la confiance en soi, essayer de composer avec soi-même dans les moments difficiles et essayer de s'en sortir en se battant. Tout cela nécessite une préparation mentale et beaucoup d'énergie. Cela m'a beaucoup aidé."

Tamara Zidansek

Crédit: Getty Images

"Tami", la dingue de sport

Que Tamara Zidansek soit une sportive de haute niveau n'est pas si grande surprise que ça quand on l'entend en parler. Fille d'un père instituteur et d'une mère juge, la demi-finaliste de Roland-Garros a baigné dans un bouillon de culture pendant ses jeunes années. Ses parents voulaient surtout la mettre à la musique. Une réussite ? Pas du tout. "Ma mère a essayé de me coller des instruments dans les mains, comme une guitare, blah, blah, blah..."
Tamara, surnommée "Tami", ça tombe sous le sens quand on joue au tennis, préférait taper dans un ballon, "un ballon de football ou n'importe quel ballon", prendre une raquette ou bouger. "J'ai toujours cherché à faire du sport, à faire quelque chose à l'extérieur. Mais mes parents ont toujours été compréhensifs. Ils ont toujours dit : si c'est ça que tu veux, vas-y."
Deux sports se sont détachés : le tennis et le snowboard. Puis, une drôle de raison l'a poussé à mettre les sports d'hiver de côté. "J'ai d'abord skié, car nous vivions à 20 minutes d'une station de ski. C'était normal d'y aller chaque week-end. Mais j'ai choisi le tennis car quand on fait du snowboard, il fait tellement froid. Je déteste quand il fait froid." Mise sur des spatules par son père, Zidansek a découvert le tennis grâce à son club de ski qui proposait une activité petite balle jaune l'été.
Elle l'avoue, elle n'avait pas vraiment envisagé une carrière au départ. Elle a pris les étapes comme elles venaient. "Est-ce que j'ai des objectifs ? Je ne sais pas. J'aime juste le sport, je crois. Je faisais ça pour le plaisir au début, après j'ai vu que je pouvais faire quelque chose, donc j'y suis allé." Mais quand elle a compris que ça passerait, elle a planifié et anticipé. "Nous avions déterminé un plan sur le long terme, et où nous voulions arriver. Et on est en train d'y arriver."
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