Le dernier dimanche, le dernier jour. Celui où se mélangent l’excitation de la finale masculine et le pincement au cœur de voir le tournoi s’achever. On ressent toujours un petit sentiment de vide lorsqu’on quitte le stade au soir du verdict final. Mon premier souvenir de finale de Roland-Garros c’est le diamant dans l’oreille de Victor Pecci, en 1979. Mais à part ça, rien, je n’entends encore pas grand-chose au tennis et il faut attendre 1982 pour transformer l’intérêt en passion.
J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer cette édition au cours de la quinzaine. La finale se déroulait le jour de la kermesse de l’école. Comment faire ? Il n’y a que six ou sept minutes de marche entre la maison et la fête. Ce seront des aller-retour incessants tout l’après-midi pour constater l’incroyable lenteur de l’avancement du score et l’ennui mortel provoqué par cet affrontement générationnel.
Roland-Garros
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Mats Wilander, le gamin suédois de 17 ans, finit par supplanter son adversaire, l’expérimenté argentin Guillermo Vilas, après plus de 4 heures 40 de rallyes de fond de court. Évidemment, j’ai pu voir toute la fin car la kermesse était finie depuis bien longtemps.

Mats Wilander et Guillermo Vilas lors de Roland-Garros 1982

Crédit: AFP

Noah et Noah : l'étreinte la plus marquante

L’année suivante, on ne le sait pas encore, est celle du dernier sacre français en Grand Chelem chez les garçons. Trente-huit ans plus tard, on attend toujours. Et on ne s’en rapproche pas. Grands-parents, parents, frères et sœurs, tout le monde est prêt, massé devant le petit écran pour assister au sacre limpide du tennis offensif de Yannick Noah face au même Wilander. L’image du Français se retournant vers les siens puis celle de son père accourant pour lui tomber dans les bras reste gravée pour toute personne ayant regardé cette rencontre.

Yannick Noah à Roland-Garros en 1983.

Crédit: Getty Images

1984. George Orwell a utilisé cette année précise pour écrire son célèbre roman de science-fiction. L’ultime duel entre les deux principales têtes de série, John McEnroe et Ivan Lendl, relève du même genre. Toujours en famille devant la télé, le soutien est partagé. Ma mère et moi sommes derrière le Tchèque, alors que tout le monde, y compris les commentateurs, semble vouloir un succès de l’Américain. Invaincu depuis le début de la saison, ce dernier mène tranquillement deux sets à rien et semble se diriger vers son premier sacre parisien. Lendl, battu lors de ses quatre finales de Grand Chelem précédentes, réalise alors l’impensable : renverser le match et gagner 7/5 au cinquième cette finale d’anthologie à l’intensité permanente.
Sa joie éclatante contraste avec le désespoir de son adversaire. Jamais je n’ai vu un joueur plus abattu d’avoir perdu. À peine le plateau du vaincu reçu, McEnroe, incapable de supporter cela, dévale le petit escalier menant à la tribune officielle et quitte la cérémonie de remise des trophées en cours, sous les sifflets de la foule. Il ne gagnera jamais à Paris. Lendl, lui, soulèvera deux fois encore la Coupe des Mousquetaires.

La maladresse du futur Vengeur Masqué

La souffrance, voilà qui résume la finale d’Henri Leconte en 1988. Sur le court d’abord. Il mène 5/4, service à suivre dans le premier set face au double vainqueur Wilander, qui joue pour la cinquième fois en sept ans le titre Porte d’Auteuil. Et là, plus rien. La lumière s’éteint. Il ne marque plus que trois jeux au cours d’un match qui n’en est plus un. Aux abois après cet immense loupé, celui qu’on surnomme Riton s’emmêle dans ses propos d’après-match.
La phrase maladroite - "J’espère que vous avez compris mon jeu" - lui vaut une bronca malaisante et il faudra du temps au Nordiste pour retisser le lien avec le public français. Encore aujourd’hui cette journée me laisse un goût amer. Mais le Vengeur Masqué a effacé l’affront à Lyon, trois ans plus tard.
Je garde un bien meilleur souvenir de 1990 et de la victoire du trentenaire équatorien Andres Gomez sur le peroxydé André Agassi, que je ne supporte pas à l’époque. L’expérience prend le pas sur la jeunesse dans cette confrontation de néophytes en finale d’un Majeur.
Dans mes années d’étudiant, c’est le beau et long combat entre Sergi Bruguera et Jim Courier en 1993 qui m’a le plus marqué. Face au double tenant du titre, l’Espagnol de 22 ans réalise un superbe exploit et j’ai le souvenir d’un des meilleurs niveaux de jeu produit lors d’une finale de Roland. Là encore, une image marquante et inoubliable demeure, celle de l’Américain passant le filet pour aller relever son bourreau, tombé à la renverse sur le dos après la dernière volée trop longue de son rival. Certainement l’une des toutes meilleures finales des trente dernières années.

En retard pour voir Agassi triompher... mais Agassi était aussi retard

En 1997, je suis à Eurosport depuis quelques jours seulement, encore officiellement à l’école de journalisme. Je réalise mes toutes premières piges et suis préposé aux news le jour de la victoire du nouveau roi carioca du Central, Gustavo Kuerten. Le Brésilien domine Bruguera qui joue et perd sa dernière finale à Paris. Je n’ai pas pu m’y rendre mais je garde précieusement cette toute première accréditation, désormais à la tête d’une jolie collection.
Les suivantes seront vécues dans l’enceinte même du stade. 1998, je l’ai déjà évoqué, dans la petite tribune de presse au plus près du court pour savourer le triomphe de Carlos Moya. L’année suivante je me revois arriver en retard au stade, je ne sais plus pour quelle raison, essoufflé sur le Boulevard d’Auteuil, pour finalement vivre en cabine aux côtés des commentateurs un événement historique : Agassi, en gagnant enfin après deux premiers sets pourtant cauchemardesques face à Andrei Medvedev, possède désormais tous les titres du Grand Chelem. Il entre dans le cercle très fermé des plus grands.

Coria - Gaudio, la finale plus iréelle

Juste avant le début de l’hégémonie Nadal, qui fera l’objet d’une chronique en 2022 (il faut bien mettre des sujets de côté), s’est déroulée la finale la plus épique de l’ère moderne. Le court Philippe-Chatrier est 100% argentin et le mano a mano entre Guillermo Coria et Gaston Gaudio garanti 100% terre battue et 100% dingo. Deux petits gabarits au toucher de balle magique. "El mago", le magicien, est d’ailleurs le surnom de Coria. Grand favori, ce dernier survole 6/0 6/3 les deux premières manches. Gaudio est inexistant.
Mais il retrouve petit à petit son sublime revers à une main, d’une délicieuse fluidité, capable d’ouvrir des angles impossibles. Le gain du troisième set lui permet d’espérer tandis que Coria, qui se voyait sans doute déjà beau, accuse le coup et développe dès le début du quatrième des crampes de stress. On bascule dans l’irréel. La tête de série numéro 3 ne peut pratiquement plus servir ni courir et encaisse un cinglant 6/1.
Mais un bon film à suspense se doit de proposer plusieurs rebondissements et dans l’ultime manche, "El Mago", également connu pour sa roublardise et un certain manque de fair-play sur le court, retrouve quelques couleurs et une partie de ses jambes. Il sert même pour le titre à 5/4 et obtient deux occasions de conclure qu’il gâche par des fautes directes. Rendu hilare et incrédule par le scénario, Gaudio, non tête de série, débreake et finit par l’emporter 8/6 au terme d’un spectacle renversant et ébouriffant. C’est le gentil du film qui a gagné. Et le méchant n’est pas près de s’en remettre…
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