Zéro. Nada. Walou. Pour la première fois à Roland Garros, aucun Tricolore, garçon ou fille, ne figure au 3ème tour des simples masculin et féminin. Au-delà de ce constat désastreux et historique, pas la moindre surprise ou exploit réussi par un Bleu, même au 1er tour. Un vrai manque quand on sait à quel point ce tournoi regorge de prouesses plus ou moins énormes, avec ou sans lendemain, réussies par nos athlètes.

De "Wino" à Gaston, Roland terre d'exploits

L’an passé encore, l’inattendu Hugo Gaston avait estomaqué le public du Lenglen en sortant Stan Wawrinka en cinq sets avant de résister encore pendant cinq manches à Dominic Thiem en huitièmes. Dans ce contexte morose, réveillons quelques souvenirs savoureux. Chacun aura les siens en tête, je vais picorer dans ceux qui m’ont le plus marqué.
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Hugo Gaston après son exploit contre Stan Wawrinka.

Crédit: Getty Images

Ironie du sort, ma machine à remonter le temps nous emmène en 1983, année du dernier sacre français masculin Porte d’Auteuil. Christophe Roger-Vasselin, 139ème mondial, déjà tombeur de deux valeurs sûres du circuit (le Suisse Heinz Gunthardt et l’Espagnol Fernando Luna) aux tours précédents, entre dans la quatrième dimension en collant trois petits sets à la légende Jimmy Connors, tête de série numéro 1, en quarts de finale. C’est à la télé que j’assiste à l’improbable exploit, stupéfait et heureux. Le papa d’Edouard ne marquera que trois jeux en demi face au futur champion Yannick Noah mais peu importe, ce résultat restera dans la légende de Roland-Garros.
Quatre ans plus tard, en 1987, c’est au stade que je vais vivre une journée mémorable avec double dose de sensations fortes. On est le mercredi de la première semaine, la journée des enfants. La journée de l’ado pour moi en l’occurrence. Première secousse sur le Central, que je découvre pour la toute première fois grâce à mon frère qui a réussi à obtenir deux places en loge par je ne sais plus quel biais. Eric Winogradsky, 21 ans, 152ème à l’ATP, dispense un jeu d’attaque impeccable face à un maître en la matière, Stefan Edberg, numéro 3 mondial. "Wino" sert le plomb et se mue en albatros au filet, parvenant à maintenir le cap tout au long de trois sets très accrochés, en dépit d’un court intermède pluvieux. Ce deuxième tour ne lui échappe pas. 7/6 7/6 7/5 et nouvel échec pour le Suédois, qui atteindra la finale deux ans plus tard.

Kuchna, quand le 325e mondial fait tomber la future star

Quittons le Central pour les annexes et l’attraction nommée André Agassi. Lui aussi est encore un ado, tout juste 17 ans et il fait déjà couler beaucoup d’encre. Tennis Magazine le présente comme un futur très grand – à juste titre – et le jeune Américain a déjà remporté son premier titre, quelques semaines plus tôt, à Itaparica. Il est opposé pour ce 2ème tour au Nordiste Patrice Kuchna, 24 ans, qui pointe au 325ème rang de la hiérarchie mondiale ! Arrogant, cheveux longs peroxydés, le futur numéro 1 mondial semble sûr de lui, un peu trop d’ailleurs, et d’emblée j’ai un sentiment de rejet envers lui, qui perdurera jusqu’à sa "seconde carrière", celle sans les cheveux.
Ce match est jubilatoire, le Français récite une très belle partition et ne laisse jamais son jeune adversaire entrer dans le match. Agassi, qui joue son deuxième Majeur et premier Roland Garros, est dominé de bout en bout et frustré. Le natif de Denain l’emporte 6/4 6/3 6/3 et poursuivra son parcours jusqu’en huitièmes de finale, de loin le meilleur résultat de sa carrière mais aussi le joueur le moins bien classé en seconde semaine de Roland. Il deviendra bien des années plus tard le professeur de tennis de l’actuel président de la République Emmanuel Macron, qui n’avait pas encore dix ans lors de ce mémorable succès.
En 1993, sur le Court numéro 1, le gaucher Stéphane Huet, 297ème mondial, issu des qualifications, se paie le scalp de son idole Ivan Lendl. Le jeune homme de 22 ans affronte certes un joueur en fin de parcours, mais toujours dans le top 10 néanmoins. Six ans plus tôt, le licencié du CA Montrouge était dans les tribunes du Central pour assister au sacre d’Ivan le Terrible face à Mats Wilander, son troisième, Porte d’Auteuil. Pour préserver la santé mentale de Laurent Vergne, mon collègue et néanmoins ami, je ne m’étendrai pas plus sur cet exploit, d’autant qu’il me rappelle à titre personnel l’oubli de la crème solaire et les douloureux coups de soleil qui ont suivi cette confrontation.
On relance la machine à voyager dans le temps pour redescendre de dix unités, en 2003. Là encore, un deuxième tour, sur le court 7. Entre temps, je suis devenu journaliste et commentateur sur Eurosport. C’est donc en tribune de presse que j’assiste à la belle baston entre Nicolas Coutelot, 208ème, déjà tombeur de Marcelo Rios deux ans plus tôt, et David Nalbandian, tête de série numéro 8. "La Coute" , joueur de caractère, se sent dans son jardin à Paris. Le Niçois y élève toujours son niveau de jeu et dans une ambiance des grands jours, celui qui n’a pas gagné la moindre rencontre depuis le début de la saison en tableau principal avant Roland réalise l’impensable : sortir le très solide Argentin, pourtant revenu à deux sets partout après avoir concédé les deux premiers. Coutelot inflige même un cinglant 6/1 à l’homme de Cordoba dans l’ultime set. Et pour couronner le tout, une belle explication de texte entre les deux sanguins en fin de match. Chaud bouillant.

Razzano, le "match irréel"

Je terminerai par un match assez irréel, peut-être le plus insensé de tous, que j’ai eu la chance de commenter. Sur le court Philippe-Chatrier, en 2012, Virginie Razzano, alors 111ème joueuse mondiale, devient la seule joueuse à éliminer Serena Williams au 1er tour d’un tournoi du Grand Chelem. Menée d’un set, la Nîmoise s’accroche et joue "le match de sa vie", comme elle le dira elle-même. Faisant jeu égal, elle accroche le tie-break du 2ème set après y avoir été menée 4-0 puis 5-1. Elle empoche les six derniers points de ce jeu décisif.

29 mai 2012 : Virginie Razzano élimine Serena Williams au 1er tour de Roland-Garros

Crédit: Eurosport

C’est le genre de match où l’on s’enflamme au commentaire pratiquement sur chaque point. Car l’incroyable se poursuit : la Française mène 5-0 au 3ème mais peine à conclure. 5-1, 5-2, 5-3… et puis ce 9ème jeu, interminable, au cours duquel toutes les émotions s’entremêlent chez Virginie, le visage rougi, au bout de ses forces. Une première balle de match, puis deux, puis trois, puis…. sept ! Sur certaines, elle tremble totalement, sur d’autres Serena serre le jeu. C’est un revers trop long de l’Américaine qui scellera le sort de ce match sur la huitième balle de match, après 3 heures et 3 minutes d’un superbe combat de fin de journée.
Ca vous fait rêver, ça vous donne envie ? Alors rendez-vous en 2022 parce que pour cette année, c’est rideau. Je vous pince, vous vous réveillez, et ça fait mal…
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