Pour le commentateur que je suis, ce Roland-Garros est évidemment particulier. Mais pas moins plaisant. Étant tributaires de l'attribution des droits de diffusion, les chaînes doivent parfois se réinventer et l'interaction avec le Digital permet parfois de rester sur son sport de prédilection, sans cabine et sans casque.
Volontaire pour contribuer au travail de l'équipe d'Eurosport.fr et apporter ma petite pierre à l'édifice, je me suis vu ainsi attribuer deux tâches : un podcast quotidien traitant de l’actualité du tournoi et une chronique libre traitant chaque jour d'un thème de mon choix. Le stakhanoviste Laurent Vergne (chef, oui chef !) m'a demandé d'y apporter un œil un peu décalé, et j'avoue que cette demande ne m'a pas déplu.
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Bref, avec tout ça, il est temps que je me mette à l'écrire, cette chronique de mercredi. Déjà, trouver un sujet. Mes neurones se mettent en marche, mon cerveau bouillonne mais il est sans cesse happé par ce premier quart féminin haletant entre Tamara Zidansek et Paula Badosa. Quel bras de fer entre ces deux joueuses inattendues à ce stade de la compétition.
Un internaute me confiait il y a quelques jours avoir parié sur la victoire finale de la Slovène avant même le début du tournoi, et m'incitait à en faire de même. Outre le fait qu'en tant que journaliste, je ne sois pas autorisé à parier, je n'aurais de toute façon pas eu cette audace. Et pourtant, c'est bien l’incroyable 85e joueuse mondiale qui se hisse dans le dernier carré au bout du suspense.

Tamara Zidansek à Roland-Garros

Crédit: Getty Images

Roland-Garros, lieu propice à la rencontre impromptue

Bon, quel sujet alors ? Les joueuses surprises en demi-finale Porte d’Auteuil ? Nicole Provis en 1988 ? Vondrousova, Likhovtseva ? Je tiens peut-être un truc là, mais avec la durée du premier match, l'heure du déjeuner est passée et je vais aller me sustenter au restaurant de la presse pour réfléchir à tout ça. Un œil sur Rybakina-Pavlyuchenkova, l'autre sur mon assiette, je mange en solo, ça va plus vite et me voilà prêt à regagner la salle de presse.
  • "Bertrand !!?"
Avec les masques, on ne reconnaît pas toujours les vieilles connaissances mais là, pas de doute, ce sont bien mes deux anciens camarades de promotion à l'Institut Pratique de Journalisme qui m’interpellent. Cela fait partie des plaisirs de Roland, croiser ses confrères spécialistes de tennis, français ou étrangers, mais aussi bien d'autres, avec lesquels on se fait des promesses de "boire un verre bientôt", qui, faute de temps, ne sont généralement pas tenues.
Promo 1997, ça en fait des souvenirs à se remémorer. Des nouvelles d'untel ? Et tu as vu une telle, ce qu'elle est devenue ? Et tu te souviens, quand on arrivait en retard en cours et qu’on passait par la petite porte de service pour essayer de ne pas se faire voir par la Directrice des études ? Ces instants nostalgiques sont éminemment sympathiques mais l'heure tourne, et je ne voudrais pas me retrouver comme le héros d'After Hours, en pleine angoisse. Il faut avoir fini avant le début de Tsitsipas-Medvedev.
Sorti de la zone télé, il n'y a que quelques mètres à franchir pour rejoindre le centre de presse tout neuf. Je vais enfin pouvoir me mettre au travail.
  • "Bertrand !"
  • "Oui ?"
  • "Bonjour, je voulais juste vous dire que j’aime beaucoup vos commentaires... et du coup, vous faites quoi ici ? Et quels sont les prochains tournois diffusés sur Eurosport ?"
Comment éconduire ce téléspectateur avenant et bienveillant ? Quelques minutes pour lui répondre et me voici arrivé à l’ascenseur. Je tiens le bon bout.
  • "Bertrand !"
Allons bon... Sophie Amiach (souvenez-vous fidèles lecteurs, la première joueuse française que j'aie vu évoluer sur les courts de ce stade) tient à en savoir plus sur sa présence dans ma chronique de la semaine dernière, dont je lui avais brièvement touché un mot. Elle ne se souvient ni de son partenaire uruguayen, ni de sa nationalité, ni même d'avoir joué - et pris un set - à Pat Cash en double mixte. Mais ça l'amuse beaucoup !

Comme les joueurs, mieux vaut avoir quelques "Roland" au compteur

Cette fois, c'est la bonne ! Au boulot. Sauf que le second quart féminin de la journée est aussi serré que le premier et il n'est pas concevable d’en rater le dénouement. 9-7 au troisième pour mon ex-partenaire de tennis de table. Je suis content pour elle mais il ne faut vraiment plus traîner si je veux pondre quelque chose pour demain...
En sortant mon ordinateur de son casier, je me rends compte que j'ai oublié un élément important : trouver un lieu clos et silencieux pour le podcast, une fois n'est pas coutume dans l'enceinte de Roland-Garros car enregistré après le match de night session. La tâche n'est pas simple, notamment en raison des règles sanitaires. J'utilise un joker : le coup de fil à un ami. Bien joué. En quelques minutes, le problème est résolu. L'avantage aussi d’avoir quelques Roland-Garros au compteur. Je n’ai plus qu'à aller chercher la clé d'une cabine de commentaire non utilisée.
  • "Bertrand !"
Sur le chemin du retour à mon pupitre d'écolier déconcentré, j'ai le plaisir de retrouver un ancien collègue - et néanmoins ami - d'Eurosport. Encore une fois, il est délicat de congédier sans autre forme de procès un garçon qui vous a obtenu le prêt gratuit d'une Porsche pour votre mariage. Certes, on peut lui expliquer l'urgence du moment, mais lorsqu'on est un incorrigible bavard, ça ne prend jamais dix secondes...
Le Graal est proche : après toutes ces péripéties, je vais pouvoir écrire les premiers mots de ma chronique. Sur quel thème au fait ? Le temps de me remettre les idées en place, je consulte mon téléphone. Beaucoup de messages dans le groupe WhatsApp de Terre Débattue. Il faut préparer l'émission de ce soir. Quel débat ? Quelle statistique ? Quelle question qui fâche ?
Je rends les armes, c'en est trop. À mon plus grand désarroi, je dois me rendre à l'évidence, il est trop tard. Il n'y aura pas de chronique ce mercredi.

Anastasia Pavlyuchenkova

Crédit: Getty Images

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