Quand Roger Federer s'est installé sur le court pour répondre à la traditionnelle interview d'après-match, Marion Bartoli, chargée pour l'occasion de lui poser des questions, a presque été gênée, compte tenu de l'heure tardive et, pardon, l'âge avancé de son interlocuteur. Elle a promis au champion suisse de ne lui poser qu'une question. Mais Federer l'a vite rassurée : "Ça fait trois heures et demie qu'on joue, alors je peux répondre à plus d'une question quand même." Sacré Roger, qui va peut-être trouver le moyen de quitter Roland-Garros invaincu puisqu'il n'est pas du tout sûr qu'il prolonge plus loin son aventure parisienne.
Parfois laborieux, il a trouvé les ressources, on ne sait trop où ni comment, pour se sortir d'une soirée qui a pué le piège à plein nez et s'imposer en quatre sets face à un Dominik Koepfer cogneur et bagarreur dans le bon sens du terme. Qu'est-ce qui peut faire courir un type bientôt quadragénaire, qui n'a plus rien à prouver à qui que ce soit, ni à nous ni à lui-même, un samedi soir, comme ça, à minuit passé, devant... personne ? L'intéressé n'a eu besoin que de quatre mots pour livrer la clé : "J'adore le tennis."
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Roger Federer a sorti ça à 0h50 et, dans toute sa simplicité, cette phrase dit tout. Il aime trop le tennis pour ne pas savourer ces moments-là. Surtout après une aussi longue absence. Mine de rien, cette victoire-là va s'ajouter à son abondante collection. Pas pour sa qualité, souvent erratique, mais pour son contexte. L'heure tardive, la night session, et cette place en huitième de finale qui, même pour lui, relève d'une forme d'exploit après avoir joué trois matches depuis l'Open d'Australie 2020. Federer a d'ailleurs désormais engrangé davantage de sets en six jours (11) qu'en 16 mois (9).
J'aurais peut-être été un peu plus nerveux à la fin s'il y avait eu du public
"C'était un sacré match, a-t-il encore commenté. Avec beaucoup de rebondissements de tous les côtés. Je trouve que j'ai bien commencé, je me suis bien senti, je menais au 2e set. J'aurais peut-être pu prendre mieux le dessus, je lui donne un peu trop ces breaks. Mais il s'est bien battu. Sincèrement, il joue bien. C'était un match complètement diffèrent de Cilic. Le court était plus lent. Cilic joue dans le terrain, lui se tient plus loin, il fallait s'habituer. Il m'a posé plein de difficultés, donc avoir trouvé les solutions, ça me fait énormément plaisir."
Pas de doute, Roger Federer se souviendra de sa grande première parisienne en night session, devant "personne" comme il l'a dit. Avant de corriger de lui-même. Devant personne, ou presque. "Je vois quand même des gens, je ne sais pas si ce sont des sponsors, des journalistes, des gens que je connais de la presse !", a-t-il plaisanté. Paradoxalement, le huis clos ne l'a pas desservi. Au contraire, à l'en croire : "J'aurais peut-être été un peu plus nerveux à la fin s'il y avait eu du public. C'était le seul avantage ce soir. Comme il n'y avait personne, je suis resté méga-calme." Mais au fond, peu importe le nombre de spectateurs, la surface, l'adversaire, Federer est juste heureux de jouer au tennis.

Roger Federer

Crédit: Eurosport

"J'adore jouer au tennis, a-t-il insisté. On verra combien de temps, mais c'est cool ici à Paris. Ça me fait énormément plaisir de jouer trois heures et demie à un niveau élevé comme ça contre un très bon joueur." Arrivé porte d'Auteuil sans rythme ni repères ni véritable ambition, en tout cas avouée, Federer a donc trouvé le moyen de se hisser en huitièmes de finale. Même pour un champion de sa trempe, c'est une forme d'exploit. Lui-même s'avoue surpris. Il a admis qu'il ne s'attendait "pas à gagner trois matches à Roland-Garros."
Je vais voir comment je me sentirai, je penserai aussi à Wimbledon
Mais il n'oublie pas que Roland-Garros n'est pas une fin en soi. Si Roger Federer continue à jouer, c'est parce qu'il aime le tennis, mais aussi parce qu'il est convaincu de pouvoir encore prétendre à un titre majeur. Surtout à Wimbledon. Or le gazon arrive. Et le tournoi de Halle, son unique rendez-vous préparatoire, débutera juste après Roland-Garros. Voilà pourquoi il n'est pas impossible que son match contre Koepfer soit son dernier de la quinzaine.
"Je dois décider si je continue à jouer ou pas, a-t-il admis en conférence de presse. Je dois voir si ce n'est pas trop risqué d'insister ou si ce n'est pas le moment de me reposer. Parce que je n'ai pas de semaine de repos entre ici et Halle, comme ces dernières années.Chaque match, depuis Genève (où il avait repris sur terre battue), on fait le point le lendemain matin au réveil pour voir comment va mon genou."
Mais il n'avait plus enchaîné autant de sets et de matches ni disputé un combat aussi long depuis très longtemps. "Ce sera intéressant de voir comment je vais demain (dimanche), dit-il encore. On doit décider ce qui est le mieux pour la suite. Je vais voir comment je me sentirai. Je vais voir ce qu'il y a de mieux avec l'équipe. Je penserai aussi à Wimbledon. Beaucoup de choses me passent par la tête."
"Quoi qu'il arrive, venir à Paris, c'était la bonne décision", avait-il dit après sa victoire contre Marin Cilic au deuxième tour. Il n'a pas changé d'avis. "Tous les matches que je joue depuis la blessure, je retire des informations, explique-t-il. J'ai beaucoup travaillé, même si ça a été assez long pour revenir. Mais après un match comme celui-là de trois heures et demie, il y a plein d'informations à retirer." Et une décision à prendre : jouer ou ne pas jouer. Même s'il adore ça. Federer a joué avec le coeur, mais pour savoir s'il remettra le couvert contre Berrettini, il décidera avec la tête.

Roger Federer.

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