Naomi Osaka a-t-elle contribué à libérer la parole ? La championne japonaise, en évoquant dans le communiqué accompagnant son retrait du tournoi la semaine dernière ses problèmes psychologiques, et les phases de dépression dont elle souffre depuis maintenant deux ans et demi, a, peut-être, ouvert une porte.
On ne sait s'il y a un lien de cause à effet, mais Barbora Krejcikova, qualifiée lundi pour les quarts de finale de Roland-Garros, a en tout cas fait preuve d'une grande franchise après sa victoire, révélant à quel point le stress l'avait envahie dans les heures, et même les minutes avant son match face à Sloane Stephens.
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La Tchèque est pourtant en pleine confiance. Victorieuse à Strasbourg, juste avant Roland-Garros, de son tout premier titre sur le circuit WTA, elle dévaste tout sur son passage depuis le début de la quinzaine parisienne. En dehors du premier tour, où elle a eu besoin de trois sets pour se défaire de Krystina Pliskova, la sœur de Karolina, Krejcikova enchaîne depuis les démonstrations, jusqu'à ce huitième de finale, lundi, où elle a écrabouillé Stephens, finaliste en 2018, 6-2, 6-0.
Je ne voulais même pas rentrer sur le court
Mais le contraste entre le rendu sur le court et ce qu'elle vit en coulisses est saisissant. Elle s'est confiée avec une grande sincérité à ce sujet en conférence de presse. "Dès que je me suis réveillée, je me suis sentie mal, vraiment mal, a-t-elle expliqué. Je ne sais pas pourquoi. J'étais très stressée. Même une demi-heure avant le match, je ne voulais même pas rentrer sur le court, tellement je me sentais mal. J'ai dû m'enfermer dans le vestiaire et parler à ma psychologue. Je pleurais. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, c'est arrivé, c'est tout."
Si Barbora Krejcikova a été secouée par son propre état, c'est qu'elle n'avait jamais ressenti ça avant un match. Jamais à ce point, en tout cas. Mais elle n'avait jamais non plus disputé une rencontre de cette envergure. Longtemps, elle a surtout écumé le circuit en double, où elle s'est construit un sacré palmarès. Mais ce n'est que l'an dernier, à 24 ans, qu'elle a intégré le Top 100 au classement WTA. Depuis, elle poursuit sa progression (elle pointe aujourd'hui au 33e rang et intégrera au moins le Top 30 après Roland-Garros).

Barbora Krejcikova à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

En urgence, la Tchèque a échangé avec sa préparatrice mentale : "On a beaucoup parlé, et elle m'a dit : 'Tu sais, si tu arrives à surmonter ça, la façon dont tu te sens maintenant, ce sera une énorme victoire pour toi, peu importe que tu gagnes ou que tu perdes ce match, mais ce sera une victoire sur toi-même." Pourtant, lorsqu'elle a foulé le court Suzanne-Lenglen sur les coups de 11 heures, ce sentiment de panique ne l'avait pas quittée. "Je sais que ça ne s'est pas vu, mais je me sentais toujours aussi mal", avoue-t-elle.

Le précédent Wawrinka

Ce n'est qu'une fois le match entamé qu'elle a pu se libérer. Et assez vite. "Je pense qu'après le premier point, ça allait déjà un petit peu mieux. Puis je l'ai breakée. C'est comme si j'avais senti, à ce moment-là, je ne sais pas, que je pouvais jouer contre elle en fait", ajoute-t-elle en souriant. La suite, ce fut donc une implacable démonstration et une destruction en règle de la gagnante de l'US Open 2017.
De l'extérieur, il était impossible de soupçonner que cette joueuse si impressionnante sur le court avait pu être dévorée par la peur dans les minutes et les heures ayant précédé son match. D'où l'importance, sans doute, de s'en ouvrir publiquement. Elle n'est pas la première à ressentir ça, à coup sûr. Ni le premier. Y compris des joueurs beaucoup plus expérimentés. Stan Wawrinka avait vécu exactement la même chose avant sa finale de l'US Open 2016 contre Novak Djokovic. Lui aussi s'était livré sans retenue après sa victoire face au Serbe :
"Aujourd'hui, avant la finale, j'étais nerveux comme jamais je ne l'avais été auparavant. Dans le vestiaire, je tremblais. Cinq minutes avant le match, quand Magnus (Norman, son entraîneur) a commencé à me parler, je me suis mis à pleurer. J'étais complètement secoué."
Je suis heureuse de pouvoir vous parler
Barbora Krejcikova découvre une forme de notoriété et la gestion de tout ce qui accompagne la progression spectaculaire de ses performances ces derniers mois. Comme la relation à la presse, le fait de devoir répondre aux questions, de parler. Mais elle est contente de s'être livrée : "Les médias s'intéressent plus aux joueuses de simple que de double. Alors, je suis heureuse de pouvoir vous parler, de dire ce que j'ai à dire et je pense que c'était important pour moi."
En quarts de finale, elle affrontera Coco Gauff, dont le parcours est l'antithèse du sien. L'Américaine n'a que 17 ans, mais elle a été un tel phénomène de précocité que le milieu la connaît depuis déjà quelques années. Comment aurait-elle géré une telle notoriété si tôt ? Barbora Krejcikova n'a pas de réponse définitive, mais elle pense qu'elle l'aurait vécue péniblement.
"C'est difficile pour moi de répondre à ça mais je crois que ça aurait été trop de pression pour moi, dit-elle franchement. Mais c'est très personnel. Certaines personnes ont une grande maturité très tôt. Certaines sont plus ouvertes que d'autres, aussi. Moi, je crois que ne l'aurais peut-être pas supporté." Franche et ouverte, jusqu'au bout. Et ça fait du bien.
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