Il y a, au cours d’une quinzaine de Grand Chelem, deux tournois distincts : celui des grands courts et celui des annexes. Ce dernier accueille en première semaine et jusqu’à la fin du 3e tour une floppée de matchs de simples puis laisse place aux doubles, aux juniors et au tennis fauteuil.
Les plus grandes stars du jeu ne côtoient pas les courts annexes. Elles disputent leurs matchs devant une foule plus nombreuse – en dehors des crises sanitaires – mais moins proche physiquement et souvent moins passionnée, voire moins connaisseuse.

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21/03/2022 À 21:02
Il y a quelques jours, j’ai voulu replonger dans cette ambiance de corrida dont je raffolais dans mes jeunes années de fan de tennis. Pour cela, choisir si possible un court où ça sent la poudre. Direction le 11, à la campagne, derrière le Lenglen, pour un cinquième set surprenant entre le jeune et stakhanoviste espagnol Alejandro Davidovich-Fokina et l’inattendu qualifié néerlandais Botic Van de Zandschulp. Une rencontre du deuxième tour.
Le privilège de l’accrédité est de pouvoir entrer rapidement sur un court où le spectateur lambda doit parfois patienter longtemps, y compris cette année en raison de la jauge réduite. Lorsque je ne le possédais pas, je stressais toujours un peu au moment de me rendre sur un point chaud. L’angoisse de rater LE moment important, d’attendre trop longtemps ou de ne pas trouver de place libre.

Madeleine de Proust

Me voici installé parmi la foule et tout près du clan de l’Espagnol. Ce dernier a logiquement remporté les deux premiers sets avant de se voir rejoint par cet accrocheur Batave. La bataille fait rage en ce début de cinquième, le public est chaud. De mon côté je constate d’abord la ressemblance physique de ces deux joueurs avec deux anciens footballeurs : on dirait Jérôme Rothen en train de se livrer à une grosse bagarre avec Edwin van der Sar !
Véritable teigne des courts au sourire rare (euphémisme), l’homme de Malaga breake d’entrée et résiste aux assauts plutôt habiles de ce Néerlandais à casquette. "Grandeeee !", éructe le clan hispanique, suivi par une bonne partie de l’assemblée. "Allez Foki, vamos !", entend-on fleurir d’un peu partout. Mon voisin de derrière, lui, n’en a cure. Il a choisi de soutenir l’outsider et s’époumone. Il commente chaque point et ponctue chacune de ses observations en hurlant : "Allez Botic, allez allez !". Botic, en ligne avec ses résultats précédents, défend son commerce mais finit par s’incliner 6/4 face à la fougue et au brin de folie de "Davi".

Alejandro Davidovich Fokina

Crédit: Getty Images

Tout cela me sert de madeleine de Proust et me rappelle quelques autres grands moments vécus dans ce stade sur les courts annexes.
En 1988, après une longue journée au stade, alors que le crépuscule s’annonce, c’est une clameur qui m’attire vers un court au moment où j’allais quitter l’enceinte. Je me laisse guider par elle et, vu l’heure, pénètre facilement sur ce qui pourrait être aujourd’hui le court 7, pour assister à une fin de match haletante entre l’Aurichien Horst Skoff et le Yougoslave Bruno Oresar.

Le bon score, pas le bon vainqueur

Soleil couchant, ciel rose, petite brise du soir, odeur de printemps, tennis et suspense. Puis-je rêver mieux ? Évidemment non. Et ce qui compte, c’est d’être là, de prolonger le plaisir jusqu’à la dernière balle du dernier match. Pour montrer que le résultat a peu d’importance, j’étais persuadé que Skoff avait gagné 9/7 au cinquième juste avant la nuit. J’avais bien le score, mais pas le vainqueur. C’est Oresar qui s’est imposé avant de pousser Henri Leconte – futur finaliste – en cinq sets au tour suivant.
L’année d’après, je me dis qu’il faut bien préparer sa venue et cocher le match incontournable de début de journée, arriver tôt, prendre place et savourer. J’opte pour la future pépite. Ce sera mémorable : le premier match à Roland-Garros de Goran Ivanisevic, 18 ans et quart de finaliste du dernier Open d’Australie. Facile de s’identifier, on a le même âge. Mais pas le même service. Opposé au solide Américain Richey Reneberg, il démarre pourtant sa carrière parisienne par une bulle… contre lui.

Goran Ivanisevic - Roland-Garros 1994

Crédit: Getty Images

Si vous connaissez un peu le caractère de l’actuel coach de Novak Djokovic, vous imaginez la marmite ambulante et les bris de raquette. Venu avec un ami, on s’interroge : aurait-on été trompés sur la marchandise ? Est-il nul sur terre ? La réponse tombe vite : 6/2 6/1 6/3 pour le Croate dans les trois manches suivantes. Et un parcours jusqu’en huitièmes en mettant deux tôles dans la foulée à Michael Stich et Mark Woodforde avant de tomber face au futur finaliste Stefan Edberg. Le futur vainqueur de Wimbledon a séduit le public parisien et pas mal de monde se bouscule après la partie pour essayer de récupérer un autographe. J’aurai le mien sans problème. Mais celui de… Reneberg.

Aller voir celui qui n'intéresse personne

Autre tactique pour suivre un match tranquille sur les annexes (à l’époque) : aller voir celui qui n’intéresse personne. Le même jour, je n’aurais ainsi aucun souci pour aller encourager l’Anglais Jeremy Bates sur le court 3 face au Finlandais Olli Rahnasto. Pourquoi un Anglais ? Parce que normalement ils n’étaient bons que sur gazon, alors il fallait bien essayer de leur donner un coup de main sur terre battue.
Dans le même ordre d’idée du match qui n’intéresse que moi, en 1994, Darren Cahill affronte Francisco Clavet tout au fond du stade. J’aime bien le futur grand entraîneur australien qui pratique, sans grande surprise pour un joueur de son pays, un tennis offensif à base de service volée. Alors le voir mener face au terrien espagnol deux manches à rien me ravit et je me précipite pour voir la suite, d’abord derrière le grillage qui jouxte le court puis dans la petite tribune qui se situe derrière, peut-être le 14 de l’époque. En bon chat noir, j’assite à la logique remontada de "Pato", qui finit par écoeurer l’attaquant adverse pour l’achever 6/1 au cinquième.

Francisco Clavet - Roland-Garros 2002

Crédit: Getty Images

Je pourrais multiplier à l’infini les anecdotes car que ce soit à Melbourne Park, Roland Garros, Wimbledon ou Flushing Meadows, la légende des Grand Chelem s’écrit aussi sur les courts annexes, grâce à Botic, Horst, Richey ou Olli !
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