Pas un geste. Pas un mot ou presque. Pas de démonstration excessive. Le service minimum dans le langage corporel. Jusqu'à l'explosion. Les hurlements d'Alexander Zverev après sa balle de match victorieuse (comme un symbole, sur un dernier revers long de ligne, son coup magistral lors de ce quart de finale) en disent long sur le sentiment de libération qui doit être le sien. Il avait tout gardé pour la fin. Avant cela, il était resté en mode "ice man". En toutes circonstances.
En battant Carlos Alcaraz mardi, l'Allemand a remporté tellement plus qu'un quart de finale de Roland-Garros. Cela, il l'avait déjà accompli. Battre un membre du Top 10 en Grand Chelem en revanche, c'est une nouveauté pour lui, après 11 échecs. La fin d'une anomalie, pour un champion qui, en dehors du cadre des Majeurs, affiche un bilan positif contre cette même catégorie de joueurs. Pour un finaliste et triple demi-finaliste de Grand Chelem, ne jamais avoir battu un Top 10 avec un tel CV relevait presque d'une forme d'exploit.
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Mais là n'est pas l'essentiel. Le ticket pour les demies, la fin de sa série noire face au gratin, tout ceci n'est qu'une conséquence, certes savoureuse, mais qui ne doit surtout pas empêcher de s'attarder sur les causes. Si Zverev a battu Alcaraz mardi, c'est parce qu'il a mieux abordé ce match que le jeune Espagnol, qu'il l'a mieux joué pendant près des deux tiers de la rencontre et qu'il l'a surtout géré à la perfection au niveau émotionnel.
Son attitude a été en tous points impériale. C'est le même joueur qui, il y a trois mois, se mettait tout le tennis à dos après un pétage de plombs qui a fait le tour de la planète à Acapulco. Mardi, c'est son calme qui a frappé, son refus de l'euphorie quand tout allait bien pendant deux sets et demi, et plus encore celui de la frustration quand Alcaraz a commencé à lui compliquer la vie. Rien que pour cette impeccable tenue de route d'un bout à l'autre du chemin, il méritait largement de sortir du court en vainqueur.
D'autant que tout ceci a été accompli avec un public largement, pour ne pas dire entièrement acquis à la cause de son jeune adversaire. Couplé au scénario de ce match qu'il aurait pu, voire dû gagner bien plus tôt, aurait pu le pousser à onduler de la toiture. Mais les tuiles sont constamment restées en place, sous le soleil ou dans la tempête.
Si cette victoire est, de très loin, la plus belle de sa carrière à ce jour en Grand Chelem, ce n'est donc pas tant pour cette histoire de Top 10 et le matricule de son adversaire, que parce qu'il a enfin été dans un match de cette envergure à la hauteur de ce qu'il aurait dû être depuis longtemps. Pourquoi aujourd'hui et pas hier ? Comment a-t-il pu se transformer à ce point par rapport à son début de quinzaine ou même son huitième de finale si balbutiant, dimanche, contre un autre Espagnol nettement moins huppé ou "hypé" ?

Alexander Zverev et Carlos Alcaraz après leur quart de finale à Roland-Garros.

Crédit: Getty Images

Peut-être, en bonne partie, grâce à sa victime du jour. L'émergence de Carlos Alcaraz l'a titillé. Son statut, aussi, vis-à-vis du grand public ou des médias, qui se sont entichés de l'Espagnol comme ils ne l'avaient probablement jamais fait d'un des membres de la NextGen époque Zverev, Tsitsipas ou Medvedev. Ceux-là ont leurs fans, mais n'ont pas généré la même adhésion presque spontanée. Alors ce duel-là, il l'attendait de pied ferme, comme pour prouver quelque chose, à lui, à nous, à tout le monde, Alcaraz compris.
Sascha Zverev l'avait plus que suggéré avant ce match, entre manque de considération envers lui et sur considération pour la tornade de Murcie. Il s'était notamment agacé, sur Eurosport Allemagne, d'avoir été programmé trois fois sur le Suzanne-Lenglen, "alors que Alcaraz joue tous ses matches sur le Chatrier".
Factuellement, il avait tort, oubliant que si l'Espagnol n'a effectivement pas foulé le Lenglen, il a joué sur le Simonne-Mathieu, le troisième court de Roland-Garros. C'était face à Alberto Ramos Vinolas et, au même moment, Zverev, lui, bataillait sur le… Chatrier. Peu importe. L'essentiel est qu'il se soit nourri de ça comme d'autres choses pour arriver fin prêt mardi, sans doute davantage que ne l'était Carlos Alcaraz, passé au travers de son début de match, au sens très large.
Le champion olympique demeure une énigme. Qui est-il vraiment ? Ces dernières années, il a soulevé davantage de questions qu'il n'a asséné de réponses. En Grand Chelem, en tout cas. Cette fois, peut-être pour la première fois dans un tel cadre, avec un tel enjeu, il a fait les questions et les réponses sur le court.
Peut-être s'arrêtera-t-il là, et c'est même l'hypothèse la plus plausible compte tenu de ce qui l'attend vendredi. Comme il l'a soufflé lui-même dans un sourire, "j'ai le choix entre le numéro un mondial ou le gars qui a gagné 13 fois ici, donc ça ne va pas aller en se simplifiant". Mais quoi qu'il arrive, cette demi-finale aura une autre valeur, et peut-être d'autres vertus, que les précédentes ou même que sa finale de l'US Open 2020 dans un Flushing déserté par la foule et par le Big 3. Parce que c'est le Zverev que l'on voulait voir depuis longtemps qui est allé la chercher.

La joie libératrice : Alexander Zverev a explosé après sa balle de match contre Carlos Alcaraz

Crédit: Getty Images

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