Pas encore prêt, le petit scarabée de Murcie ? Carlos Alcaraz est un joueur formidable et tout porte à croire qu'il sera un champion de grande envergure. Il a tout pour cela. Un jeu d'ores et déjà complet, entre fondations puissantes et finitions subtiles, un physique d'athlète moderne, tout à la fois explosif et endurant, et la force de caractère qui caractérise les spécimens rares et les isole même du reste de leurs condisciples.
Tout ceci, il l'a déjà montré ces derniers mois, ceux de son explosion vers les cimes du tennis mondial. On ne remporte pas deux Masters 1000 et deux autres 500 en l'espace de trois mois, à 19 ans, sans figurer dans une catégorie à part. On ne bat pas coup sur coup Rafael Nadal et Novak Djokovic sur terre battue après deux combats acharnés sans être d'une trempe bien spéciale. Il n'y a aucun doute sur ce qu'il est et ce n'est pas sa défaite face à Alexander Zverev mardi qui remet cela en cause. En revanche, elle est venue rappeler deux évidences :
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. Carlos Alcaraz n'a que 19 ans et une poignée de semaines.
. Le Grand Chelem, c'est (encore) autre chose.
Il n'a fallu que quelques petits mois au protégé de Juan Carlos Ferrero pour sauter d'une catégorie à une autre avec une facilité déconcertante. Premier titre en carrière, dans un 250. Puis un premier 500. Puis un Masters 1000, et un deuxième. Son ascension a eu quelque chose de phénoménale et à chaque nouveau défi, Alcaraz a répondu présent comme un perchiste effacerait une nouvelle barre sans broncher.
Mais ce qui sépare le Grand Chelem de tout le reste est sans commune mesure avec n'importe quel sujet tennistique. Passer du 500 au 1000, c'est un pas de côté. Du 1000 au Majeur, le grand écart. "Je sens que j'ai le niveau pour gagner un Grand Chelem", a dit Carlos Alcaraz après son élimination. Il a raison. La cause de sa défaite face à Zverev ne tient pas à une question de niveau, mais d'appréhension et de gestion de l'évènement.

Alexander Zverev et Carlos Alcaraz

Crédit: Getty Images

Par évènement, on n'entendra pas Roland-Garros en lui-même, mais ce quart de finale, qui restera à jamais comme le premier grand match face à un top joueur disputé par le Murcien en tant que prétendant au titre final, ce qu'il n'était pas lors de sa victoire face à Stefanos Tsitsipas l'an passé à l'US Open. Un match alors beaucoup plus "facile" à aborder.
En passant à un point et à deux doigts d'embarquer son adversaire dans un cinquième set alors qu'il aurait dû le perdre en trois ou, au mieux, en quatre, en dit long sur ce que Carlos Alcaraz est déjà. En cela, il est déjà différent de 99% des joueurs de son âge, qui ne seraient jamais revenus dans ce match. Mais en passant au travers pendant deux set et demi, il a effleuré tout ce qu'il n'est pas encore tout à fait. Il a d'ailleurs plaidé coupable pour ce retard à l'allumage.
Il a eu besoin de frôler le précipice pour véritablement lancer le duel, lorsqu'il a sauvé une balle de break presque en forme de balle de match à 4-4 dans le troisième set. La bête avait été libérée et, à partir de là, il a donné une vraie réplique. Sur le dernier set, il a même paru le plus souvent un poil au-dessus de Zverev. Mais c'est un jeu dangereux que de se lancer dans une telle course à handicap. Avant ce réveil, il s'était montré trop timide, trop tendu.
Ce n'est ni grave ni infâmant. D'une certaine manière, c'est même normal. La comparaison avec le Nadal de 2005 n'aura donc pas survécu à ce quart de finale. La question n'est pas de savoir si le Majorquin était plus ou moins fort ou un joueur plus ou moins abouti. Ces choses-là peuvent se discuter. Mais dans l'étoffe globale, l'épaisseur du cuir, la faculté à tout gérer avant, pendant et après chaque match, le Nadal 2005 faisait moins ses 19 ans que l'Alcaraz du même âge. Alors quoi, Alcaraz n'est pas encore Nadal ? Non. Il est Alcaraz. C'est déjà beaucoup. Ce sera peut-être bientôt beaucoup trop pour le reste du monde.
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