Il a beau être désormais son rival sur le circuit, et son potentiel adversaire en demi-finale, Rafael Nadal n'a pu s'empêcher d'enfiler sa cape de grand frère protecteur. Lassé par toutes ces comparaisons qui fleurissent avec Carlos Alcaraz, il a tenu à répéter une ligne de conduite qu'il s'est fixée depuis des mois désormais : c'est au minot d'écrire sa propre histoire.
"S'il peut gagner 25 Grands Chelems, ce sera génial pour notre pays, mais laissons-le en profiter, expliquait ainsi l'homme aux 21 Majeurs. J'ai pu gérer ma carrière comme je l'ai voulu, c'est le moment de le laisser le faire aussi. […] Ne me posez plus la question, parce que je vous ferai à chaque fois la même réponse. Vous ne pouvez pas mettre plus de pression sur lui". Le mal est pourtant fait : à 19 ans, Carlos Alcaraz aborde ce Roland-Garros avec une pancarte grosse comme ça dans le dos et un statut à assumer. La sensation de l'année, c'est lui.
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Les Unes à partager avec le Real Madrid

Si le circuit s'enflamme pour chaque sortie du phénomène Alcaraz, de l'autre côté des Pyrénées, c'est encore autre chose. "Ici, c'est déjà une star de la dimension de Nadal, nous indique Ivan Castello, d'Eurosport Espagne. Pas seulement pour son tennis, qui est évidemment incroyable, mais aussi pour son caractère très direct, très sincère. Tout le monde l'adore et, en plus, il gagne contre les meilleurs. On dirait, enfin, qu'un jeune joueur est en capacité de faire tomber Nadal et Djokovic de leur piédestal".
Depuis avril, alors que le Real Madrid accapare les Unes à la faveur d'une saison aussi historique que renversante, Alcaraz s'est permis le luxe d'occuper à trois reprises la Une du journal espagnol. As n'en a consacrées que deux mais a offert la "portada" la plus parlante : "L'ère Alcaraz a commencé", a-t-on pu lire le 4 avril dernier, après le sacre du gamin à Miami. Depuis, les éloges n'ont pas cessé. Et les comparaisons ont repris de plus belle.
"La dernière fois qu'on a vu quelque chose de similaire, c'est évidemment avec Rafa Nadal en 2005, avance Alvaro Benito, commentateur pour la Cadena Ser. Une irruption si soudaine, je ne vois que celle de Rafa qui est comparable pour nous. Mais si on fait le jeu des comparaisons, je ne sais pas si l'irruption est plus forte, mais je trouve qu'Alcaraz, à 19 ans, est un joueur déjà plus fini que Nadal quand il avait 19 ans. Même en prenant en compte la mentalité et le coup droit de Rafa, qu'il a toujours eu, je crois qu'il y a beaucoup plus d'aspects en faveur d'Alcaraz, avec les amorties, les lobs, le service…"

Carlos Alcaraz et Rafael Nadal

Crédit: Getty Images

Le star des réseaux, aussi

Reste que Nadal a raison : comparer la puissance médiatique des deux gamins, Rafa en 2005 et Carlos en 2022, n'a que peu de sens. Car, entre-temps, tout a changé. "Au moment de Nadal, en 2004-2005, l'écosystème médiatique n'était peut-être pas aussi construit que maintenant même si les médias traditionnels existaient déjà, rembobine Alvaro Benito, également commentateur en Grand Chelem sur Eurosport Espagne. Je crois que les réseaux sociaux accentuent le phénomène : quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, Carlos Alcaraz a une résonance extraordinaire".
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Alcaraz est monté aussi haut aussi tôt médiatiquement parlant. "Je pense que l'effet réseaux sociaux joue beaucoup car Alcaraz a un taux de pénétration bien plus élevé que Nadal à l'époque auprès de toute la population espagnole, estime Ivan Castello. Le retentissement est bien plus grand et Alcaraz n'a eu besoin que de quelques mois pour être reconnu comme une star. Je vais prendre un exemple récent : la simple mention par Djokovic du fait que son fils avait Alcaraz comme joueur préféré désormais a affolé les compteurs. Pour nous, ce sont des énormes chiffres, comparables à ceux que génère Nadal".

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Loin d'être un bon client… pour l'instant

Pourtant, s'il a tous les attributs d'une étoile mondiale sur le court, Alcaraz reste encore un jeune homme de 19 ans au moment où se présentent les micros. Là où Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas ou Sasha Zverev ont déjà pris le pli et adopté leur propre ton face aux médias, le jeune Espagnol fait son âge. "Je crois qu'il est encore un peu timide mais que ça disparaît petit à petit, estime le commentateur de la Cadena Ser. A chaque fois que j'ai pu l'interviewer, il ne donne pas de réponses aussi longues et précises que Nadal ou Djokovic, ce qui est finalement normal à 19 ans. En revanche, son ambition saute aux yeux. Quand vous parlez avec Carlos, avec son staff, avec son entourage, on se rend compte de deux choses : l'humilité qu'il dégage mais aussi cette ambition folle qu'il a en lui. Je me souviens d'une interview de lui en décembre 2020 à la Cadena Ser : il était 141e mondial et je lui avais demandé son ambition. Il m'avait dit : 'Je veux être numéro un mondial'".
De ce point de vue-là, la "pression" évoquée par Nadal est aussi le fait d'un jeune homme détonnant, sur qui les évènements semblent glisser. Le risque de le voir s'effrondrer face à ce contexte à Paris existe-t-il ? "Je n'en suis vraiment pas sûr car il semble tellement mature, il gère ses émotions parfaitement et n'a pas l'air effrayé face à l'inconnu, estime Alex Corretja, lui aussi décontenancé par tant de facilité. C'est presque la qualité la plus inhabituelle chez un joueur de tennis et très peu d'entre nous ont prouvé que leur mental était le même à 18 et à 36 ans. Lui, il a déjà la mentalité d'un vétéran quand il est sur le court même s'il n'a encore pas tout vécu". Alors, forcément, en Espagne comme ailleurs, la Alcaraz-mania a de beaux jours devant elle.
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