On s'attendait au pire. On est finalement embarqué. L'histoire ne dit pas encore qui cette édition 2022 couronnera. Allez, on se jette quand même à l'eau : ça ne sera pas un Français. Mais l'essentiel est ailleurs. Alors que s'ouvre vendredi le 3e tour de ces Internationaux de France, cinq Tricolores sont encore en vie.
Un "entertainer" amoureux des grandes scènes parisiennes, un improbable revenant aux traits de Benjamin Button, une inconnue à l'histoire décousue mais ô combien attachante, une promesse locale qui continue de grandir et une éternelle habituée dont la présence systématique dans les tableaux du Grand Chelem a quelque chose de réconfortant. On a déjà vu pire casting.
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14/06/2022 À 19:27
Faut-il s'enthousiasmer d'un bilan si anodin à première vue ? Oui. Le paysage tennistique français était si déprimant à l'orée de ce Roland-Garros que l'hypothèse d'un tournoi amputé, comme l'an dernier, de ses représentants nationaux dès le jeudi soir était possible, sinon probable. Parce que son numéro 1 chez les hommes était absent, parce les Bleus s'étaient exposés à un tirage d'enfer en ne présentant aucune tête de série – une première au XXIe siècle – et parce que les dynamiques individuelles laissaient à penser qu'il n'y aurait pas de miracle. De miracle, il n'y en a pas eu. Des vraies performances, en revanche, oui.
Pliskova [N.8], Wawrinka, Krejčíková [N.2], Carreno-Busta [N.16], De Minaur [N.19], Ostapenko [N.13] : les victimes de nos Tricolores ont des pedigrees ô combien plus prestigieux - Simon mis à part -, des performances plus régulières ces derniers mois et des résultats plus consistants que Léolia Jeanjean, Corentin Moutet, Diane Parry, Gilles Simon, Hugo Gaston et Alizé Cornet. Dans l'histoire, ce sont trois anciens vainqueurs qui ont été déboulonnés par nos Français. Ce devait être un Roland-Garros noir, il vire au gris clair.

L'adieu de Tsonga, la nuit "irréelle" de Simon : la bascule de mardi

Mais se limiter aux simples performances pures serait finalement passer à côté de l'essentiel. Ce qui prime, ce sont les émotions, encore et plus que tout. Pour ça, on a été servi. Après deux premières journées fidèles aux espérances initiales, avec un rythme cardiaque qui peine à s'emballer, tout s'est accéléré mardi.
Parce que Jo est parti. Sous une pluie d'applaudissements ininterrompus, avec une épaule en vrac, les yeux embués mais avec le cœur rempli d'amour. Sa dernière aura été à son image : généreuse, pleine de panache et inspirante. Sa cérémonie aura surtout agi en catalyseur du clan tricolore. A écouter Gilles Simon revenir sur sa nuit "irréelle", mot employé par l'intéressé ce jeudi, sur le Simonne-Mathieu, on mesure à quel point l'influence de Tsonga aura été réelle. En partant par le haut, il a emmené tout le monde avec lui.
Mais dans sa mission, il ne fut pas seul. Car si mardi a autant compté, c'est que le public a répondu présent. Sur le Chatrier, sur le Lenglen, sur le Simonne-Mathieu : bref, là où les Français étaient engagés, les fans sont venus avec la ferme envie de jouer un rôle. De Minaur s'en est ému, Carreno-Busta n'a pas spécialement apprécié, Ostapenko s'est même bouché les oreilles : ce public est partisan mais Dieu qu'il est vivant. Après deux éditions marquées par une maladie qui a bien flingué le moral des joueurs et donc des spectateurs, ça crie, ça rit, ça hue, ça encourage. C'est aussi dans ce décorum que se construisent les belles histoires.

Des fans français sur le Suzanne-Lenglen encourageant Hugo Gaston

Crédit: Getty Images

Parcours atypiques et troisièmes tours inattendus

Des belles histoires, justement, on n'a vu que cela ou presque.
Celle de Léolia Jeanjean, future ex-Martina Hingis française qui, à 26 ans, trouve enfin sa place sur l'endroit qu'elle aime le plus au monde : un court de tennis.
Celle de Diane Parry, habitante de Boulogne depuis sa plus tendre enfance qui passait devant le Central en allant à l'école avec le rêve, un jour, de le fouler pour y briller.
Celle d'Alizé Cornet, moins surprenante mais tout aussi attachante. Parce qu'à force de mettre en avant son possible record de participations consécutives en Grand Chelem (61, série en cours, juste derrière Ai Sugiyama avec 62), on en avait presque oublié qu'elle pouvait y performer. Après son quart de Melbourne, peut-elle rééditer l'exploit ?

"Des Français encore en lice, Jeanjean est celle qui a le plus de chance d'aller en seconde semaine"

Des histoires encore et toujours avec celle de Gilles Simon, peut-être le premier surpris d'être encore en vie. Il y a quelques semaines encore, il encaissait 6-2, 6-1 face à un gamin inconnu en Challenger. Le voilà fer de lance d'un tennis français qu'il s'apprête à quitter à la fin de l'année. Entre la peur de rater sa sortie et l'excitation de voir jusqu'où le mènera cette folle électricité, le Niçois est un Mousquetaire sur le départ mais qui n'a surtout pas encore déposé les armes.
Et puis, il y a Gaston, le magicien qui réserve ses meilleurs tours pour Paris. En 2020, il nous avait ébloui par sa capacité à rendre fou n'importe quel adversaire, de Stan Wawrinka à Dominic Thiem. En 2022, les qualités sont encore là, la confiance beaucoup moins. Et pourtant, petit chouchou du public qu'il aura fait rêver dans une édition qu'on a presque tous envie d'oublier, il se laisse porter par la folle ambiance qui accompagne chacune de ses sorties.

Holger Rune, inconnu du grand public, mais danger bien connu de Gaston

Voilà le tableau provisoire. Il est imparfait, peut-être, mais pas loin d'être inespéré. Il fera sourire d'autres nations bien mieux loties. Il est incertain à la vue de ce qui s'annonce. Mais il est réjouissant. Parce que terriblement humain.
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