"J'ai joué toute ma carrière avec Head, ils ne m'ont jamais donné le nombre de raquettes que j'avais cassées. Dès mon plus jeune âge, j'ai cassé énormément de raquettes. J'étais avec Head depuis 1998 et ils ont été franchement tolérants avec moi. Je cassais plus ou moins 80 raquettes par an. Je m'entendais tellement bien avec eux qu'à la fin de ma carrière ils m'ont offert un cadeau. Un snowboard. Dessus, ils avaient écrit 1055. Pour moi, c'était une surprise car je ne savais pas combien de raquettes j'avais cassé. Maintenant, je le sais". Et nous avec.
Si le débat concernant le Greatest of All Time peut s'entendre, celui sur le plus grand casseur de raquettes de l'histoire, beaucoup moins. Marat Safin est l'incontestable et incontesté roi dans ce domaine. Et si l'anecdote prête à sourire, pas sûr que cette bienveillance soit encore à l'ordre du jour chez Head.

Marat Safin détruit une raquette Head en 2007

Crédit: Getty Images

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A Acapulco, c'est une de leurs stars actuelles qui a donné un coup de pub dont se serait bien passée l'entreprise autrichienne. En pétant complètement les plombs contre l'arbitre et en passant ses nerfs sur sa raquette, Sascha Zverev s'est attiré les foudres du circuit. "C'est juste nul, avait estimé notre consultant Mats Wilander. Je trouve que casser une raquette sur un court est la pire attitude possible car la plupart des gamins ne pourront pas s'acheter une autre raquette derrière".
Justine Henin avait eu des mots encore plus forts, évoquant des "images inacceptables" sur notre plateau en mettant dans le même sac Zverev, Nick Kyrgios ou Jenson Brooksby. "Doit-on attendre que quelqu’un finisse par saigner ?", avait même surenchéri un John McEnroe, pourtant réputé pour ses excès à l'époque.

Pour Hénin, certains joueurs vont trop loin : "Il y a une escalade inacceptable"

Si l'ATP a réagi dans les cas les plus extrêmes, parfois de manière assez légère notamment pour Zverev, l'instance n'est pas la seule à se désoler de ces excès. Car pour les marques aussi, la gestion de ces débordements émotionnels est délicate. "Casser des raquettes, dans le fond, ce n'est pas acceptable, avoue sans concession Jean-Christophe Verborg, directeur de la compétition chez Babolat. Derrière ces raquettes, il y a des hommes et des femmes qui travaillent, donc casser une raquette c'est manquer de respect à leur travail et à la marque".
"Casser des raquettes, c'est toujours un souci, nous souffle notre consultant Alex Corretja, un peu penaud au moment de revenir sur ses craquages en carrière. Pour mes parents, la priorité c'est l'éducation, le respect des autres et de soi-même. Bien sûr, j'ai cassé des raquettes moi-même. Il y avait une période où j'étais plus anxieux, plus nerveux. Et vous finissez par prendre l'habitude... Vous savez que vous avez entre 10 et 12 raquettes avec vous donc si vous en cassez, il va falloir que votre équipementier vous en livre de nouvelles". Existe-il une limite ?
"Dans tous les contrats, on définit les quantités de raquettes annuelles, répond Jean-Christophe Verborg. Sans même parler de cassages de raquettes, certains consomment plus ou moins. Par exemple, Rafa va changer cinq à six fois par an et on lui envoie à chaque fois des séries de 8 raquettes. Carlos Alcaraz, c'est un peu pareil. On est sur des quantités raisonnables. Dans les contrats, ce ne sont jamais des quantités illimitées." Pour éviter de pousser au crime, sans doute.

Courriers et sanctions

Dans l'affaire, chacun sa méthode. En 2017, la marque japonaise Yonex, exaspérée par les débordements de Nick Kyrgios, avait institué une clause dans le contrat de ses joueurs, avec des amendes salées. Ajoutez-y les sanctions venues de l'ATP (les sanctions démarrent à 500 dollars pour ces faits) et l'addition peut vite grimper. Depuis, la jurisprudence Kyrgios a fait son chemin. "Il peut y avoir des pénalités, il peut y avoir des courriers envoyés, qui ne sont pas des menaces mais des explications, confirme Jean-Christophe Verborg. Mais on va toujours privilégier le dialogue."
La particularité de la marque lyonnaise se situe dans un grand écart entre ses joueurs : d'un côté Rafael Nadal, l'homme qui n'a jamais cassé de raquette en carrière, très respectueux du matériel mis au point par Babolat. De l'autre, Benoît Paire et Fabio Fognini, spécialistes du genre et récidivistes pendant de très nombreuses années.
"Ce qui est gênant, c'est la récurrence, estime le directeur de la compétition de la marque. Chez Babolat, on a deux joueurs qui sont un peu compliqués à gérer. Ils le sont beaucoup moins car on a essayé de leur expliquer tout ce que représentait le fait de casser une raquette pour nous. Ce n'est pas bien pour les personnes qui bossent derrière, ce n'est pas bien non plus pour les fans Babolat. On a reçu des messages concernant tout ça : 'Pourquoi vous gardez ce joueur qui se comporte mal ?' C'est gênant. Donc on a mis en place des comités éthiques chez Babolat pour les joueurs qui ont connu des récurrences pour savoir quoi faire."
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Paire en stage de terrain en usine

Résultat, Paire a eu droit à un petit passage par l'entreprise, dans l'usine de Lyon, pour se rendre compte du travail réclamé pour la confection de ses outils. "On lui a fait passer une commande, préparer des cartons, mettre ses raquettes dedans, rembobine Jean-Christophe Verborg. Et aujourd'hui, on privilégie cette méthode-là même s'il y aura toujours une ligne jaune à ne pas dépasser."
"Benoît et Fabio, pour les connaître depuis de longues années, sont adorables, continue-t-il au moment d'expliquer cette méthode humaine. Ça m'est arrivé de dire à Benoît : 'Je ne te comprends pas'. C'est quelqu'un de sensible, de sanguin, d'entier, quelqu'un pour qui on a beaucoup d'affection. Quand il est venu à Lyon, il a été apprécié, il a consacré du temps, s'est excusé, a répété qu'il était conscient de tout ça."
Tellement conscient que le Français a même accepté une campagne décalée pour le 1er avril. On y voit les deux turbulents de chez Babolat avec une raquette entourée de mousse polyester, "incassable" selon la légende. "Ce n'est évidemment pas anodin de choisir ces deux joueurs. C'est rigolo parce que, pendant le shooting, ça les a fait marrer, mais il y avait beaucoup de monde et quand la personne leur a présenté l'idée, je ne vais pas dire qu'ils étaient mal à l'aise mais ils se sont marrés tout en se disant : 'Ouais, on est conscient que c'est un souci…'", avance Jean-Christophe Verborg.
Il l'assure, depuis ce dialogue et ce spot, les deux joueurs sont bien plus sages avec leur matériel. Les images des dérapages des deux hommes se font en effet plus rares depuis quelques mois. Réussiront-ils à faire effet boule de neige sur le reste du circuit ? Pas sûr. D'autant que si certains ont eu la bonne idée de transformer ces raquettes cassées en objets de collection pour des œuvres caritatives, d'autres y ont vu un business florissant comme un autre.
En 2019, la raquette détruite par Serena Williams en finale de l'US Open 2018 contre Naomi Osaka a été vendue à plus de 20 000 dollars dans une vente aux enchères au New Jersey. Elle avait d'abord été offerte par la star américaine à un ramasseur de balle du match, qui s'en était débarrassé pour 500 dollars. Après le mauvais comportement, le mauvais calcul...
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