Il n'avait plus gagné un match sur le circuit depuis la tournée australienne en janvier. Mais Corentin Moutet a choisi Roland-Garros pour se relancer et de quelle manière. Brillant vainqueur de Stan Wawrinka au 1er tour (2-6, 6-3, 7-6, 6-3), le Français a plus que justifié son invitation par l'organisation du tournoi, lui qui ne pouvait pas prétendre à intégrer directement le tableau en raison de son classement (139e actuellement). Et en bonus, il a obtenu l'immense honneur de se mesurer pour la première fois de sa carrière à la légende vivante de la porte d'Auteuil : Rafael Nadal, 13 fois champion.
Honneur, vraiment ? Difficile de se réjouir de rencontrer l'un des favoris à la victoire finale si tôt et donc de voir ses chances de poursuivre l'aventure se réduire considérablement. Et pourtant, Moutet y voit presque un signe du destin. "Je jouerai à fond. Je suis sur le circuit, donc je ne peux plus dire que c'est mon idole, mais quand j'étais tout petit, j'ai commencé le tennis en regardant jouer Rafa. Je me souviens très bien de ses premiers Grands Chelems, je l'imitais. Il y a quelques années, j'ai joué un match énorme contre Juan Ignacio Londero (au 3e tour en 2019, NDLR) pour potentiellement jouer contre Nadal et j'avais raté cette occasion. Donc là, c'est un énorme plaisir de pouvoir jouer contre lui", a-t-il rappelé en conférence de presse.
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Je l'ai beaucoup imité jusqu'au moment où j'ai décidé de faire ce qui était le mieux pour moi
Alors évidemment, le danger qui guette Moutet est tout trouvé : il pourrait avoir les yeux de Chimène pour celui qu'il a tant admiré. Car il ne le cache pas, le phénomène d'identification était fort quand il a commencé à jouer au tennis. "J'imitais beaucoup de choses chez lui, son service… Je dormais même avec son débardeur de Roland ! Bon, j'étais vraiment petit. Quand on est petit, on a besoin d'avoir des idoles, de s'identifier à des gens. Et puis, j'étais gaucher, donc Nadal était mon inspiration : j'essayais de reproduire ce qu'il faisait. Je l'ai beaucoup imité jusqu'au moment où j'ai décidé de faire ce qui était le mieux pour moi… et ce n'était certainement pas de l'imiter", a-t-il révélé, l'œil pétillant.
Le jeu de Moutet n'a ainsi que peu de choses en commun avec celui de Nadal. Son caractère non plus d'ailleurs. Mais le Parisien est un battant et l'opportunité est d'autant plus belle à saisir qu'il pourra compter sur un public nombreux pour le pousser, contrairement aux deux précédentes années en raison des mesures restrictives liées à la pandémie de coronavirus. Une véritable bouffée d'air frais dont il espère bien profiter, lui qui a été perturbé par les blessures en ce début de saison. Il n'a ainsi pu jouer que trois tournois ATP (et deux Challengers) depuis son 2e tour à l'Open d'Australie.

S'adapter au poids de la balle de Nadal, comme contre Wawrinka

Au meilleur des moments, le jeune Français peut à nouveau exploiter 100 % de ses moyens physiques. Et c'est bien pour cela qu'il a pu renverser Wawrinka au 1er tour, malgré un début de match très difficile. "Je me suis beaucoup entraîné cette année. C'est vrai que je n'ai pas joué beaucoup de matches. Wawrinka était assez agressif au début et je n'ai pas joué mille joueurs de ce niveau. Il y a toujours un temps d'adaptation : il faut se rendre compte de ce qu'il faut pouvoir fournir comme jeu pour pouvoir les perturber. J'ai essayé d'être de plus en plus agressif, de ne pas le laisser me rentrer dedans. J'étais un peu surpris de sa vitesse de balle au début", a-t-il indiqué.

"Ça va être une petite libération pour Moutet"

Moutet a ainsi opposé au poids de la balle du Suisse sa capacité à contrer et sa belle couverture de terrain. Voilà des pistes intéressantes à explorer face à Nadal dont la puissance et la qualité du lift ne sont plus à souligner. Mais le Français les découvrira vraiment mercredi, lui qui n'a jamais ne serait-ce que partager une séance d'entraînement avec son idole d'enfance. Beaucoup redouteraient et anticiperaient l'âpreté du combat. Pas lui.
"Je ne redoute rien du tout. C'est un très grand joueur, mais de là à redouter… Je n'ai jamais joué avec lui, donc je ne vais pas m'imaginer des choses alors que je n'en sais rien. Il a beaucoup gagné Roland, il a de bonnes sensations ici, c'est sûr. Mais je vais essayer de me concentrer sur ce que je peux faire. Si je dois redouter quelque chose, c'est ce que je serai capable de fournir, moi. Je vais essayer de profiter de ce match tout en faisant le maximum pour sortir vainqueur."

Rafael Nadal (Roland-Garros 2022)

Crédit: Getty Images

Sa blessure au pied ? Ce serait débile de se laisser influencer
Inutile de se faire une montagne de ce qui l'attend et de jouer le match avant même d'entrer sur le court, en somme. C'est le meilleur moyen de perdre de l'énergie, alors que cette dernière est si précieuse face au rouleau compresseur majorquin. Après tout, Nadal ne dispose par définition d'aucun ascendant psychologique sur lui, ne l'ayant jamais affronté auparavant. Peut-être même que cette fameuse blessure au pied gauche pourrait ressurgir si le match venait à durer ?
"Ce serait débile de ma part de me laisser influencer par ça, balaie Moutet. Cette année, il a gagné l'Open d'Australie, il a eu de très bonnes victoires. Il a beaucoup joué blessé tout au long de sa carrière. Je pense qu'il a une force mentale impressionnante qui fait qu'il a réussi à faire avec les blessures. Il n'a pas gagné tous ses Grands Chelems sans aucune douleur. Qu'il soit blessé ou pas, on verra, je ne veux pas rentrer dans ce genre de projections." Non, le Parisien ne laissera rien lui polluer l'esprit. Un seul credo donc : tout donner et advienne que pourra.

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