A-t-il fait le plus dur ? Il se pourrait bien que oui. En tout cas, Rafael Nadal a passé mardi dernier un obstacle majeur sur lequel beaucoup - l'auteur de cet article compris - le voyaient buter. En triomphant du tenant du titre et numéro 1 mondial Novak Djokovic dans des conditions (fraiches de la night session) qu'il craignait, le Majorquin a donné à sa quinzaine parisienne une nouvelle dimension. D'une certaine manière, avec un dernier revers long de ligne gagnant explosif terrasser son rival, il a envoyé un message : le roi est de retour.
A le voir ému aux larmes sous les coups d'1h16 du matin, on aurait d'ailleurs presque pu penser qu'il avait gagné le tournoi. Cette décharge émotionnelle après un combat de plus de quatre heures était-elle trop intense ? En somme, le Majorquin n'aurait-il pas déjà joué sa finale lors de ce quart nocturne qui en avait tous les atours ? Ce serait bien mal connaître l'animal dont l'habitude lors de la plupart de ses sacres consiste à s'effondrer sur la terre battue du court Philippe-Chatrier. Rien de tel encore donc, ce qui ne l'a pas empêché de prendre conscience de la magnitude de l'événement.
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100 % de réussite dans le dernier carré sans autre membre du Big 3

"J'ai un peu d'expérience dans ce domaine, non ?", a-t-il fait observer, tout sourire et presque d'humeur taquine lors d'une conférence de presse bien tardive. "En fin de compte, ça a été une nuit riche en émotions pour moi. Je continue à jouer ce genre de nuits. Mais c'était juste un quart de finale. Donc je n'ai rien gagné. Je me suis donné la chance de jouer une nouvelle demi-finale à Roland-Garros et ça signifie beaucoup pour moi. Si je ne joue pas bien ou si je perds en demie, ce ne sera pas parce que je ne suis pas concentré. Émotionnellement, je suis un joueur très stable, je ne m'enflamme pas et je ne dévalorise pas excessivement."

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De l'expérience, Nadal en a effectivement à revendre. De toutes les statistiques folles autour de son règne quasiment sans partage à Roland-Garros depuis 2005, celle de son taux de réussite quand il atteint le dernier carré donne le vertige. C'est simple, elle se conjugue au presque-parfait : sur 14 demies précédentes, il a conquis la Coupe des Mousquetaires à 13 reprises, soit près de 93 % de réussite. Et surtout, il vient d'écarter de sa route le seul qui l'avait donc tenu en échec à ce stade l'an dernier : un certain Novak Djokovic.
Pour enfoncer le clou, toujours avec des chiffres, il est arrivé au Majorquin d'être le seul représentant du Big 3 en demi-finales dans un tournoi du Grand Chelem à six reprises par le passé :
  • Roland-Garros 2010
  • Roland-Garros 2017
  • US Open 2017
  • Roland-Garros 2018
  • US Open 2019
  • Open d'Australie 2022
Le résultat a été à chaque fois le même : Rafael Nadal a fini par soulever le trophée. Et si l'on s'intéresse de plus près aux trois précédents sur la terre battue parisienne en 2010, 2017 et 2018, l'horizon est encore plus bleu (ou le tableau plus noir pour ses adversaires) puisqu'il n'a pas concédé le moindre set que ce soit en demie ou en finale.

L'épée de Damoclès du pied gauche

De là à parler de formalité, il y a un pas que l'on serait bien tenté de franchir. Qui pourrait donc bien arrêter Nadal dans sa quête d'un 14e titre à Roland-Garros et d'un 22e sacre en Grand Chelem ? Si Alexander Zverev a le profil pour accrocher le Majorquin s'il reproduit le niveau de tennis vu contre Carlos Alcaraz en quart, lui-même sait l'ampleur de la tâche. "Il y a une différence entre rendre le match difficile et le battre, et elle est majeure", a-t-il reconnu en se projetant.
D'ailleurs, l'Allemand, comme les autres demi-finalistes Marin Cilic et Casper Ruud, ne s'est jamais frotté au défi ultime par le passé : affronter Nadal au meilleur des cinq sets. Et il faut bien le dire, en pleine possession de ses moyens, l'Espagnol, malgré les 36 ans qu'il fêtera vendredi sur le court Philippe-Chatrier, détient toutes les clés tennistiques et tactiques contre chacun des trois joueurs encore en compétition.

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La faille, aussi imperceptible soit-elle, se situe donc sûrement là : Nadal a passé près de 15 heures sur le court avant d'aborder cette demi-finale, quasiment un record pour lui en Grand Chelem. Il ne lui était arrivé qu'une fois de batailler plus en Majeur avant le dernier carré, c'était à l'US Open 2018. A Flushing, il l'avait d'ailleurs payé d'une blessure qui l'avait contraint à l'abandon en demi-finale contre Juan Martin Del Potro.

L'Histoire comme carburant ultime

Toujours à la merci de son pied gauche, le Majorquin se sait potentiellement en sursis. "Je suis assez vieux pour ne plus cacher les choses. Je ne sais pas ce qui peut arriver. Je vais jouer ce tournoi parce que nous faisons ce qu'il faut pour, mais je ne sais pas ce qui arrivera après. J'ai ce que j'ai au pied, donc si nous ne trouvons pas un moyen d'améliorer les choses, ça va devenir super difficile pour moi. Je vais continuer à me battre pour trouver une solution, mais pour le moment, nous ne l'avons pas", a-t-il d'ailleurs prévenu.
Mais rassuré par la présence de son médecin personnel qui soulage quotidiennement sa douleur, Nadal sait la ligne d'arrivée de plus en plus en proche. Grâce à ces deux jours de repos, une rareté en Grand Chelem, il a aussi certainement rechargé les batteries en vue des deux derniers obstacles.
"Notre niveau à Roger, Novak et moi est égal. Savoir qui va gagner le plus de Grands Chelems ou être le meilleur de l'Histoire n'a pas beaucoup d'importance pour moi", a-t-il estimé. Le Majorquin est sûrement sincère. Mais avoir deux Majeurs de plus que ses rivaux ne serait pas pour lui déplaire. De quoi aller chercher ce supplément d'âme pour écrire une nouvelle page de légende.
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