Détaillées et réfléchies, ses analyses sont souvent percutantes. Aussi bien sur le court qu'en dehors, Gilles Simon pose un regard critique sur lui-même et le petit monde du tennis qui l'entoure. Et le natif de Nice en a encore livré un exemple savoureux lors de son passage sur la chaîne Twitch de son ami et collègue Gaël Monfils mercredi. Au cours de l'entretien, il est notamment revenu sur les défauts d'organisation de l'Adria Tour arrêté prématurément en raison de plusieurs cas de Covid-19 dont celui du maître d'oeuvre de la tournée, le numéro 1 mondial Novak Djokovic.

Le Français s'est ainsi d'abord étonné du manque de lucidité du Serbe sur le non respect des précautions sanitaires dans un contexte de pandémie. "C'est quelqu'un de très intelligent, donc tomber dans un truc aussi grossier, il ne peut que s'en prendre qu'à lui-même. (...) Il y a un paquet de gens qui sont bien contents d'affaiblir Djoko car il prend de la place et là, il vient de tendre une perche magnifique pour se faire fracasser", a-t-il ainsi d'abord constaté.

Adria Tour
Thiem fait son mea culpa : "Nous nous sommes mal comportés, nous étions trop euphoriques"
25/06/2020 À 09:41

Simon : "Sans son assurance, Wimbledon aurait décalé ses dates comme Roland-Garros sans s'indigner"

Simon pointe les enjeux politiques des critiques contre Djokovic

Depuis plusieurs jours, les critiques se multiplient ainsi à l'encontre du numéro 1 mondial, à juste titre sur la légèreté des mesures de précaution de sa tournée. Mais pour Simon, le problème a aussi une dimension politique et il a ainsi identifié une partie des acteurs du jeu qui avaient intérêt à tomber sur le "Djoker". "La première vague de violence contre Djokovic est très révélatrice. Depuis quand Noah Rubin a une page entière pour démolir Djokovic ? (...) L'influence fédérale qu'on a ici en France, les Américains l'ont aussi chez eux. Donc, quand tu as un scud téléguidé qui part de Noah Rubin vers Novak Djokovic, t'es en droit de te demander si ça ne vient pas de là. En ce moment, il énerve l'USTA (la fédération américaine, NDLR) qui veut jouer l'US Open. Ils essaient de rassurer tout le monde, mais quand le numéro 1 mondial dit qu'il ne veut pas jouer dans ces conditions, forcément ils ne sont pas contents", a-t-il fait remarquer.

Une réflexion intéressante à ceci près que le Serbe avait obtenu un adoucissement des conditions de sécurité sanitaire à Flushing Meadows, se disant prêt à jouer le Majeur américain avant même que l'Adria Tour ne déraille. Toujours est-il qu'en effet, les déboires de Djokovic pourraient affecter la reprise et cette crainte se reflète dans l'accumulation des critiques. "Certains auront envie de ne pas donner trop d'importance à cet évènement, comme l'US Open et Roland Garros. Ils vont charger Djokovic en disant que c'est entièrement de sa faute et que ce sera mieux organisé de leur côté. Car ils n’ont pas envie que ce truc-là se répercute sur leur tournoi", souligne d'ailleurs Simon.

Moutet: "Le circuit ne devrait pas être suspendu à cause des cas positifs au covid sur l'Adria Tour"

"Djokovic a passé 1500 heures au téléphone pour défendre Rubin sans qu'il le sache"

Enfin, le Français a aussi rappelé le travail effectué par Djokovic pour défendre les intérêts des joueurs, assimilant son absence lors de la fameuse réunion de visio-conférence sur la reprise avec l'ATP à un micro-événement. "Noah Rubin lui a reproché de pas avoir été présent dans cette réunion Zoom. Mais Djokovic, il a passé 1500 heures au téléphone pour défendre son cas sans qu'il le sache. Il lui reproche de pas avoir été à la conférence finale alors qu'il avait discuté de tous les sujets avec tout le monde en amont. Novak a fait beaucoup plus pour Noah Rubin que beaucoup d'autres mecs. Ça ne change rien à sa vie qu'on double le prize money en qualification de Grand Chelem, mais il se fait chier pour le faire."

Bien que très véhément à l'encontre du numéro 1 mondial, Rubin lui-même avait d'ailleurs souligné que Djokovic avait fait plus que ses prédécesseurs pour l'augmentation des dotations. Mais dans une telle crise qui prive de revenus vitaux les joueurs les moins bien classés (malgré le fonds d'urgence), l'irresponsabilité de l'organisation de l'Adria Tour a balayé d'un revers de main ce constat en jetant l'ombre de nouveaux doutes sur l'avenir. Et quand la peur et la colère parlent, elles font souvent fi de toute nuance.

https://imgresizer.eurosport.com/unsafe/0x0/filters:format(jpeg):focal(1411x498:1413x496)/origin-imgresizer.eurosport.com/2020/01/18/2755286.jpg
Adria Tour
Un président ne devrait pas faire ça : Djokovic, leader fragilisé
23/06/2020 À 16:05