C'est un nouveau rôle dans lequel il s'engagera totalement. A bientôt 45 ans, Nicolas Escudé a été nommé par la nouvelle équipe dirigeante à la Fédération française de tennis (FFT) directeur technique national par intérim, succédant ainsi à Pierre Cherret. Et lundi, encadré par Gilles Morretton, nouveau président de la FFT et son vice-président référent pour la DTN Arnaud Clément, il s'est livré à son premier exercice de communication dans ses nouvelles fonctions. Celui qui a abandonné ses autres activités (directeur du tournoi Challenger de Brest et consultant pour Eurosport notamment) a affiché une certaine humilité dans ce nouveau rôle, tout en dévoilant certaines convictions quant à la nouvelle politique pour préparer les succès futurs du tennis français.
Pas question ainsi de faire table rase du passé, ou de se livrer à une attaque en règle du travail de ses prédécesseurs. Escudé veut d'abord s'attacher à faire un bilan global de la situation en France, prendre des contacts sur le terrain, dans les ligues, échanger et être à l'écoute. "C'est une entreprise au long cours qui demandera de la patience et les résultats ne seront pas forcément immédiats. Le travail d'équipe sera fondamental : tout seul, je ne pourrai rien faire. Il y a des choses à changer, mais il n'est pas question de repartir d'une feuille blanche. Je ne suis que de passage, et cette nouvelle politique ne portera sûrement pas ses fruits en un ou deux ans. La formation, ça prend du temps", a-t-il prévenu en préambule.
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Quand je parle de technique, je ne parle pas d'une robotisation ou d'un même jeu qu'on imposerait à tout le monde. Vous pouvez avoir un geste différent quand vous frappez la balle en coup droit, l'important, c'est d'arriver à l'endroit exact où il faut taper la balle
Ces précautions d'usage prises, le nouveau DTN est entré plus dans les détails de sa vision des choses. Il a ainsi défini les contours de ce que Gilles Morretton a appelé un "tennis à la française", c'est-à-dire l'établissement d'un modèle français d'entraînement identifiable. "Il y a quelques années, nous étions considérés comme la meilleure école de formation au monde. Il faut parvenir à traiter toutes les composantes du tennis - la technique, le physique, le mental, le médical, l'hygiène de vie - pour armer le mieux possible nos jeunes avant leur passage chez les professionnels. Il faut les rendre indépendants le plus tôt possible, les responsabiliser, parce que la dernière marche pour aller chercher un Grand Chelem, c'est eux qui la franchiront. Notre responsabilité, c'est de les y préparer", a-t-il estimé.
L'expression "tennis à la française" serait-elle la construction d'une idéologie ? Une manière d'apprendre aux joueurs à pratiquer un certain tennis ? Le danger serait alors d'imposer un moule qui ne correspondrait pas aux qualités propres de chaque jeune, comme l'avait notamment dénoncé Gilles Simon dans son livre Ce sport qui rend fou. S'il a mis l'accent sur la technique, Escudé a bien conscience du piège. "Quand je parle de technique, je ne parle pas d'une robotisation ou d'un même jeu qu'on imposerait à tout le monde. Vous pouvez avoir un geste différent quand vous frappez la balle en coup droit, l'important, c'est d'arriver à l'endroit exact où il faut taper la balle et là, on est au point techniquement."

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Elargir la détection des jeunes pour minimiser les trous générationnels

Il ne s'agit donc pas de promouvoir un jeu offensif au détriment d'une tactique plus défensive, mais de travailler les fondamentaux de placement, tout en permettant aux futurs champions de développer leur personnalité et leurs qualités humaines. Eviter à tout prix les carcans et l'obsession d'une ultra-spécialisation dès le plus jeune âge. "Il faut que les jeunes se construisent humainement, que ça vive, qu'ils partagent des choses. La compétition est importante à ces âges, mais ça ne doit pas être une finalité. Pour grossir le trait, c'est bien d'avoir les champions du mondes minimes cadets, juniors, mais ce qui m'intéresse, c'est que l'un d'entre eux soulève la coupe dans le grand tableau à Roland", a-t-il souligné.
Former un champion n'est pas une science exacte. Si c'était le cas, la méthode serait déjà connue et universellement appliquée. Mais Escudé ne s'est pas non plus caché : il sait que sa réussite dépendra de sa capacité à "minimiser les trous générationnels" au plus haut niveau, comme celui dans lequel se trouve actuellement le tennis français, après les années prolifiques (malgré l'absence de titre en Grand Chelem) incarnées par les Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Richard Gasquet et Gilles Simon. Et pour mettre toutes les chances de son côté, il a défini un autre grand principe de sa future politique : l'élargissement de la base.
"Il faut remettre du volume en bas. Plus on a de joueuses et de joueurs, plus on a de chances d'arriver à ce fameux titre en Grand Chelem. Il faut éviter ce côté trop individualiste, trop tôt, où les gamins ont chacun leur structure. Au pôle France à Poitiers, il y a très peu de gamins. Il faut voir plus large que les numéros 1 et 2 d'une classe d'âge. Pour prendre mon exemple, j'étais loin d'être dans les meilleurs de ma génération en cadets et en minimes. J'ai rattrapé mon retard sur le début des juniors. Ce n'est pas forcément le fait d'être le meilleur à ces âges-là qui donne le plus de chances d'émerger", a-t-il noté.

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L'autre écueil à éviter dans l'établissement d'un modèle français, c'est le repli national. S'il a des convictions, Escudé veut aussi les mettre à l'épreuve de l'expérience des réussites étrangères. Il a ainsi indiqué qu'il se mettrait en contact rapidement avec son homologue italien alors que le tennis transalpin a produit plusieurs pépites ces dernières années avec les Matteo Berrettini, Jannik Sinner et autres Lorenzo Musetti. Cette connaissance de ce qui se passe ailleurs sera également incarnée par un homme qui a fait ses preuves au Canada récemment : Luigi Borfiga.
L'intéressé a déposé un préavis et le respectera jusqu'au bout avant de quitter la fédération canadienne de tennis. Aura-t-il un poste officiel au sein de la future équipe fédérale ? Gilles Morretton, qui le connaît depuis ses jeunes années, a en tout cas insisté sur le fait que Borfiga partagera son expérience. "Il veut profiter de sa retraite, mais il veut aussi nous accompagner dans notre réflexion malgré ses 67 ans : il a une vision", a glissé le président de la FFT dans un sourire malicieux.

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L'aspect mental est capital, y sensibiliser les jeunes dès le plus jeune âge fera partie de ma mission
Enfin, Escudé a insisté sur l'importance du travail sur le mental des jeunes dans leur formation. Une préoccupation que partageait son prédécesseur Pierre Cherret dont l'objectif était d'instaurer à terme dans chaque ligue un pôle dédié à ce travail. "J'ai découvert cet aspect après ma carrière en tant que capitaine de Fed Cup ou entraîneur. C'est un secteur capital pour le sportif de haut niveau de nos jours. Il se démocratise en France depuis quelques années tous sports confondus. Chaque individu, chaque joueur est différent : certains auront besoin d'un psychologue, d'autres de préparation mentale, du yoga ou de la méditation. Sensibiliser les jeunes dès le plus jeune âge, pas à 16-17 ans, à l'importance de ce domaine-là, sans travailler de la même façon bien sûr à tous les âges, fera partie de ma mission", a-t-il conclu.
Un cap a donc clairement été fixé mardi. Reste à savoir de quels moyens disposeront Escudé et sa future équipe pour mener à bien cette politique. Beaucoup d'inconnues restent encore à explorer comme la future collaboration avec les académies privées de Thierry Ascione et Patrick Mouratoglou, ou encore la manière de recréer un engouement populaire autour du tennis chez les jeunes. Déterminé et volontariste, il reste désormais au DTN par intérim à joindre les actes aux paroles pour relever cet immense défi. Une tâche pour le moins ardue dans un contexte alourdi par l'ombre menaçante du coronavirus.
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