Frances Tiafoe a donné aux États-Unis de quoi se réjouir depuis 2018, année de son premier titre, conquis à Delray Beach. En accomplissant cette performance, il est devenu le plus jeune Américain à remporter un tournoi ATP depuis Andy Roddick en 2002. En poursuivant sur sa lancée, il a atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie 2019 et s’est hissé au 29e rang du classement mondial.
Mais c’est le travail effectué hors des courts qui tient le plus à coeur au joueur de 23 ans et, depuis la mort de George Floyd, en mai 2020, il s’est investi avec passion pour porter les revendications du mouvement Black Lives Matter. Avec sa petite amie, la joueuse de tennis Ayan Broomfield, il a uni la communauté noire du tennis dans la vidéo “Rackets down, hands up”, qui est devenue virale sur les réseaux sociaux.
Dans la dernière édition de Players’ Voice, Frances partage l’inspiration qu’il a eue en produisant cette vidéo, évoque la manière dont il aimerait que les choses évoluent aux États-Unis et son rêve de ramener un trophée du Grand Chelem en Sierra Leone…
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J’étais à la maison quand j’ai vu, pour la première fois, ce qu’il était arrivé à George Floyd. C’était invraisemblable. Il avait un genou appuyé sur son cou pendant neuf minutes, mais à ce moment-là, je ne réalisais pas que ce drame allait être un tournant. Le racisme n’est pas un phénomène nouveau, ce n’est pas survenu soudainement, c’est présent au quotidien. C’était juste l’un des nombreux incidents pouvant être filmés, de façon à ce que le monde entier puisse être pris pour témoin.
Ce qui m’a le plus impressionné, c’était de voir tous ces gens, avec des couleurs de peau différentes, se rassembler durant ce moment très particulier. C’était fort. Je pense que ça a incité beaucoup de personnalités populaires, comme des joueurs de NFL, de NBA ou des joueuses de WNBA, à suivre le mouvement et à en faire une priorité.
Nous souhaitions seulement délivrer notre message
C’est à partir de là que ma petite amie Ayan et moi, nous avons décidé qu’il fallait vraiment faire quelque chose. Nous le devions. Avec les réseaux sociaux, chacun peut s’exprimer publiquement, livrer son ressenti, mais la parole était en train de se libérer et nous voulions saisir cette opportunité. Pas pour nous mettre en avant, non, juste car cela correspondait à ce en quoi nous croyions. Nous souhaitions seulement délivrer notre message, utiliser notre espace et faire notre part.
Nous avons donc commencé à réfléchir ensemble, afin de trouver la meilleure façon d’avoir un réel impact, et c’est ainsi que nous avons eu l’idée de faire une vidéo : "Rackets down, hands up". En 2014, Michael Brown avait levé ses mains en l’air mais cela ne l’avait pas empêché d’être abattu, c’est de là que notre inspiration est venue. Nous espérions obtenir le soutien d’autant de joueurs de tennis que possible mais je ne voulais pas trop leur en demander. C’est pour ça que la vidéo m’a semblé être l’option la plus forte : ils n’avaient pas besoin de faire ou d’en dire beaucoup. Pourtant, nous comptions voir des joueurs de haut calibre apparaître dans cette vidéo, ce qui n’était pas simple. Je suis ami avec certains d’entre eux, mais appeler Serena Williams et Naomi Osaka et leur demander si elles étaient d’accord pour participer était assez étrange !
Depuis, je leur ai parlé quelques fois, pour voir comment maintenir la conversation active. En fin de compte, pour eux, il s’agit d’utiliser vos plateformes. Ils sont impressionnants pour ça. Tout le monde a une plateforme. Peu importe qu’elle soit grosse ou petite, il faut l’utiliser. Les gens nous écoutent sur n’importe quel sujet, donc nous devons en tirer profit autant que possible.
A la fin de l’année dernière, j’ai découvert que j’avais gagné l’Arthur Ashe Humanitarian Award, délivré par l’ATP. C’était géant, je ne vous le cache pas ! Au tout début, je ne savais même pas que cette récompense existait, ce qui a rendu la surprise encore plus agréable. Pouvoir parler de quelque chose qui me tient vraiment à cœur et réaliser que ce que je faisais trouvait un écho auprès d’autres personnes, ça signifiait beaucoup pour moi.
Mais je ne peux pas m’arrêter là. Nous devons continuer à aller de l’avant, afin de ne rien perdre de cet élan. La manière dont des tournois comme l’US Open ont répondu était belle, mais c’est tellement plus important que le sport.

Black Lives Matter

Crédit: Eurosport

Je sais que de nombreux joueurs de NFL et de NBA ont rendu visite à des écoles de quartiers défavorisés, pour faire comprendre aux enfants que nous les voyions et les entendions, que nous étions comme eux à une époque et qu’ils n’étaient pas seuls. Il y a de la lumière au bout du tunnel. Il faut donner le sourire à ces enfants, et leur assurer qu’il y a une vie au-delà du cercle au sein dans lequel ils vivent. Je suis un grand fan de citations et un jour, Will Smith a dit quelque chose qui m’a marqué : "L’important, ce n’est pas où vous êtes, mais où vous allez", et c’est tout à fait ça ! Il s’agit de donner du pouvoir aux Noirs.
Je ne veux pas que tous deviennent une Serena Williams ou un Frances Tiafoe, je souhaite juste qu’ils se réalisent par eux-mêmes, peu importe la forme que cela prend. Quelle que soit votre voie, trouvez-la ! Mais comment créons-nous ces voies ? C’est l’enjeu principal. Comment mieux aider ces individus et leur faire comprendre qu’ils peuvent être qui ils veulent ? Je ne sais pas si cela consiste à donner une tonne d’argent, à investir 50 millions de dollars dans des projets destinés à garantir le transport, la nourriture ou même des bourses d’études. Envoyer les enfants noirs à l’université, c’est très fort. Cette expérience peut totalement changer leur avenir. Je ne dis pas que tout le monde a les moyens de faire cela, mais c’est le genre d’idées que nous avons besoin de concrétiser pour engendrer de réels changements.
Mais en premier lieu, nous avons besoin que plus de personnes comprennent ce que l’on ressent chaque jour en tant qu’individu noir. L’enjeu, ici, est de changer les mentalités existantes et c’est difficile, mais nous revenons là à la nécessité d’utiliser nos plateformes pour aider à la prise de conscience. Plus je réussis des choses sur le court, plus j’espère en concrétiser aussi en dehors. Plus les résultats sont bons, plus la plateforme le sera.

Frances Tiafoe

Crédit: Eurosport

Quand je repense à mes objectifs de carrière, remporter un Grand Chelem en serait l’accomplissement absolu. J’ai toujours rêvé de ramener un trophée majeur en Afrique. Mes parents ont tous deux émigré du Sierra Leone et traversé énormément d’épreuves pour nous garantir une enfance heureuse. Les deux assuraient d’interminables journées de travail, y compris le week-end. Pour eux, me voir réaliser cette performance et ramener la coupe à la maison - je veux dire, ma vraie maison -, ce serait exceptionnel. J’aimerais que tout le monde se sente concerné ce jour-là, et que les enfants se rendent compte que c’est possible. Les difficultés auxquelles ils font face sont réelles, donc le symbole serait fort. C’est plus grand que moi. Je voudrais tellement en faire pour ma communauté à Washington DC, mais en Afrique, la terre d’où mes parents sont originaires, ça signifierait beaucoup pour eux. Je sens qu’en quelque sorte, mon héritage dépend de cela et de ce que je fais pour eux, donc c’est mon but ultime.
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