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"Thiem fait ce qu'il veut de son argent mais il n'aurait peut-être pas dû en gagner autant"

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Dominic Thiem steht in der Kritik für seine Aussagen

Crédits Getty Images

ParMaxime Battistella
19/05/2020 à 21:39 | Mis à jour 20/05/2020 à 08:33

De 2014 à 2018, Grégoire Jacq a tenté sa chance à temps plein en tant que professionnel. Désormais 705e joueur mondial et parallèlement coach d'Edouard Roger-Vasselin et Jürgen Melzer en double, il témoigne de son expérience dans les tournois Futures et n'accable pas Dominic Thiem. Pour lui, il faut avant tout mieux répartir les gains sur les différents circuits pour faire face à la crise.

Il avait fait le récit drôle et sans fard de la dernière semaine mouvementée sur le circuit (avant l'arrêt forcé dû au coronavirus) d'un professionnel anonyme. Depuis, comme tous ses collègues, Grégoire Jacq, 705e joueur mondial et surtout coach d'Edouard Roger-Vasselin et Jürgen Melzer en double, prend son mal en patience. Après des études en STAPS, il avait tenté sa chance sa chance pendant quatre ans sur les circuits Future et Challenger entre 2014 et 2018. Fort de cette expérience, il a accepté d'analyser la crise actuelle du tennis mondial, réagissant avec un certain recul au refus de Dominic Thiem d'aider financièrement les plus mal classés. Car selon lui, il est désormais temps de réformer en profondeur le monde du tennis en répartissant mieux les "prize money" entre les circuits ATP et secondaires. Entretien.

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Quand Thiem et Berrettini ne veulent pas aider leurs collègues moins fortunés, est-ce que cela vous interpelle ?

Grégoire Jacq : J’essaie de comprendre le fond. Il faut faire attention aux gros titres. Je comprends Berrettini qui dit qu’à aucun moment c'est aux joueurs du top 100 de payer les erreurs commises par l’ATP et l’ITF sur la répartition des gains. Là, je suis complètement d’accord. Thiem a gagné beaucoup d’argent et il en fait ce qu’il veut. Le problème, c’est qu’il n’aurait peut-être pas dû en gagner autant. Si lui n’a pas envie de le donner de cette façon, qu’il ne le donne pas, même si ce n'est pas terrible pour son image. L’ATP et l’ITF ont mis en place cette répartition très élitiste et c’est ce qui pose problème.

Quels sont les problèmes profonds révélés par cette crise selon vous ?

G. J. : Le problème principal, c’est la répartition des prix. Je lis tout ce qui se dit en ce moment. Reilly Opelka, par exemple, considère que ceux qui sont aux alentours de la 500e place mondiale en ce moment économisent de l’argent paradoxalement. C’est vrai : quand on est 500-600 ou les places au-dessus, on perd de l’argent quasiment chaque semaine sur les tournois Futures. Mais le vrai problème est là : ce n’est pas normal que le 500e mondial perde de l’argent toutes les semaines. Dans une discipline comme le tennis qui brasse autant d’argent, ce n’est pas possible. Donner de l’argent aux joueurs entre la 101e et la 500e places mondiales, c’est logique. C’est normal que l’ATP privilégie les joueurs qui, d’habitude, gagnent de l’argent grâce au circuit. Mais le problème, c’est que ce 'cut' soit à 500.

Je comprends Berrettini : ce n'est pas au top 100 de réparer les erreurs de l'ATP et de l'ITF

Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter fin 2018 ?

G. J. : J’avais l’impression d’être arrivé au bout de ce que je pouvais faire. C’est un monde très dur le sport professionnel, à part. Je sentais que je n’étais pas capable de gagner plusieurs fois contre des mecs classés aux alentours de la 200e place mondiale ou dans les 250. Je ne me sentais pas capable de gagner des Challengers, donc de pouvoir continuer ma progression. On parle de joueurs 'mal classés' ou 'pas très bien classés', mais les mecs actuellement autour de la 500e place mondiale jouent un tennis de très haut niveau et on a tendance à l’oublier. Cette crise aura mis un peu de lumière là-dessus.

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L’ITF va aider les joueurs entre la 501e et la 700e places mondiales, pensez-vous que c’est une coupure arbitraire aussi ? Vous êtes d’ailleurs juste au-delà, 705e à l’ATP…

G. J : C’est comme avoir 9,9 au baccalauréat au lieu de 10, tu ne l’as pas dans ce cas. Oui, c’est arbitraire, mais à un moment, il faut bien prendre des décisions. Après, il faut aussi souligner que la Fédération française de tennis (FFT) est en train de mettre en place une aide pour les joueurs qui ne bénéficient pas de celle de l’ATP. Il existe aussi des joueurs qui sont sur le circuit français et qui jouent très bien. Le plus connu, c’est Jules Marie qui gagne le circuit national tous les ans et qui gagne régulièrement contre des top 300. Normalement, je bénéficierai aussi de cette aide et donc ça me fait avaler la pilule.

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Benoît Paire n'est pas le mec le plus sérieux, et le 600e peut être un vrai besogneux. Dans leur majorité, les joueurs sont professionnels

Thiem estime que parmi les joueurs de Futures, certains ne sont pas assez professionnels. Êtes-vous d’accord ?

G. J. : Ça, c’est comme dans les 100. Benoît Paire, par exemple, ce n’est pas le mec le plus sérieux. Et inversement, le 600e mondial peut être un vrai besogneux, tandis que le 599e sera plus dans le style de Nick Kyrgios. C’est sûr qu’en termes d’investissement, on a plus envie de donner à un mec qui se défonce qu’à un Nick Kyrgios. Ça, je l’entends complètement. Mais franchement, ce n’est pas vrai. Les joueurs autour de la 500e ou 600e place mondiale sont, dans la grande majorité, des professionnels. Ils s’entraînent beaucoup. Le contraire, c’est de l’ordre de l’exception.

Au-delà des pansements des plans d’urgence dans cette période de crise, que faudrait-il réformer pour que ça change vraiment ?

G. J : J’ai vu que dernièrement, des joueurs ont été élus à l’ITF pour représenter leurs collègues qui arpentent les Futures (des pannels pour faire remonter les avis des joueurs ont été constitués récemment, ndlr). On est quand même en mai 2020 ! Ça veut dire que les années précédentes, il n’y avait personne pour nous représenter. C’est n’importe quoi. Evidemment que rien n’a été fait si personne ne nous défendait. Et on ne va pas se mentir, ça va venir des tout meilleurs. Si eux ne l’ouvrent pas, il ne se passera rien. J’ai entendu Andy Murray dire : ‘Que le vainqueur d’un Grand Chelem gagne 4 millions ou 3 millions de dollars, ça ne change pas grand-chose.’ C’est exactement ça ! Ce million-là, ce serait peut-être plus intéressant de le reverser dans des prix pour les joueurs de Futures. L’équation n’est pas très compliquée quand même.

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En Future, c'est 33 euros l'inscription, soit le tiers du prize money du 1er tour. C'est comme si à Roland on payait 15 000 euros pour s'inscrire

D’autant que sans argent dans les Futures, ce circuit secondaire est beaucoup plus exposé au danger des matches truqués…

G. J. : C’est pareil, ça a fait un tabac, les gros titres. Mais à quel moment on se demande pourquoi les joueurs de tennis en arrivent là ? Qu’on soit clair, je ne défends pas les mecs qui ont fait ça. Parfois, ils le font simplement pour pouvoir espérer jouer d’autres tournois, progresser. C’est interdit et condamnable, bien évidemment. Mais à un moment, il faut peut-être aller plus loin que de se dire : ‘Ce sont vraiment des pourritures.’ C’est sûr que le type qui fait ça pour se payer des vacances plus belles, c’est inexcusable et incompréhensible. Mais celui qui n’a pas un rond et qui essaie simplement de faire des tournois… Peut-être que l’ITF doit se regarder en face et se poser les bonnes questions. Mais je pense qu’ils sont loin de penser tout ça.

Qu’est-ce qui est symptomatique de l’abandon de ces petits tournois par les instances selon vous ?

G. J. : A chaque tournoi Future quasiment, pour s’entraîner, on a droit à des balles qui ont déjà servi dix-quinze fois. On ne connaît même pas la marque de la balle. En arrivant sur les matches, on n’a pas encore tapé avec des balles neuves, alors que même en Challenger, c’est obligatoire de s’entraîner avec. Rien que ça, c’est improbable. A chaque fois qu’on s’entraîne, on doit payer une bouteille d’eau. Et on doit même payer les tournois : c’est 36 dollars l’inscription (33 euros environ) au tournoi Future, ce qui correspond à un tiers du prize money du premier tour. C’est comme si les mecs de Roland payaient 15 000 euros pour s’inscrire au tournoi. Ce serait un minimum de respect de donner des balles correctes, de l’eau pour que les joueurs se sentent un peu mieux. C’est un état d’esprit.

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