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Les revenants, saison 2

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Novak Djokovic et Juan Martin Del Potro après la victoire du Serbe à Indian Wells.

Crédit: Panoramic

ParLaurent Vergne
08/09/2018 à 23:30 | Mis à jour 09/09/2018 à 18:04
@LaurentVergne

US OPEN 2018 – Sur la quinzaine écoulée, la finale entre Novak Djokovic et Juan Martin del Potro apparait comme le dénouement on ne peut plus logique du tournoi. Pourtant, les deux hommes, chacun à leur manière, reviennent de loin. Leur résurrection simultanée n'est pas sans rappeler celle de Federer et Nadal l'an dernier.

Ne sous-estimez jamais le cœur d'un champion. La phrase, devenue culte, de Rudy Tomjanovich, l'ancien coach des Houston Rockets, s'applique plus que jamais au tennis masculin. Depuis le début de l'année 2017, la résurrection des champions que l'on croyait "morts" est à la mode. Ce fut d'abord Roger Federer et Rafael Nadal. Fin 2016, l'un est sorti du Top 10 (Federer, 17e), l'autre ne s'y accroche plus qu'à un fil (Nadal, 9e). L'un, Federer, N'a plus gagné le moindre titre majeur depuis quatre ans et demi. L'autre, Nadal, depuis deux ans et demi. Le Suisse vient de passer six mois à l'infirmerie, l'Espagnol avait stoppé sa saison 2016 en octobre, pour se soigner lui aussi.

Le numéro un mondial se nomme alors Andy Murray. Pour beaucoup, Federer et Nadal, c'est terminé. Le premier, c'est garanti. A 35 ans, après un semestre entier d'absence, soyons sérieux… Quant à Nadal, reste à la rigueur la terre battue. Mais son physique fout le camp, alors... La suite est connue. Federer et Nadal vont se retrouver en finale de l'Open d'Australie et, loin de s'arrêter là, vont truster tous les titres majeurs pendant un an et demi : six tournois du Grand Chelem, trois titres chacun. Un spectaculaire et inattendu retour de flamme, que personne n'imaginait vraiment, sans doute même pas eux, en tout cas pas dans de telles proportions.

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Cet été, nous avons droit à la saison 2 des Revenants. Elle pourrait connaitre son point culminant dimanche, lors de la finale de l'US Open entre Novak Djokovic et Juan Martin del Potro, les deux héros de cet épisode. Après six titres trustés par Federer et Nadal, le Bâlois et le Majorquin n'ont réussi à atteindre la finale ni à Wimbledon ni à New York. Ce recul, relatif surtout en ce qui concerne Rafa, a donc coïncidé avec le retour en grâce du Djoker de Belgrade et de la Tour de Tandil. Deux comebacks au premier plan qui s'opèrent simultanément, même si, sur la forme, ils n'ont pas grand-chose en commun.

La double reconstruction du Djoker

Djokovic, d'abord. Le Serbe a dû gravir deux montagnes pour revenir au sommet. Soigner sa tête, puis son corps. Après des années de domination, Nole a connu une sorte de burnout consécutif à son titre à Roland-Garros en 2016, après lequel il courait depuis si longtemps. Non seulement son sacre parisien a coïncidé avec le Grand Chelem en carrière mais aussi avec le Grand Chelem à cheval sur deux ans. Un exploit que ni Nadal ni Federer n'avaient accompli. La perte du feu sacré qui l'animait a entrainé une mise en retrait de Djokovic. Puis il y a eu ce coude, qui l'a contraint, à la manière de Federer un an plus tôt, à mettre le clignotant juste après Wimbledon, en 2017.

Cette double reconstruction a pris du temps. A nouveau affamé par cette période de sevrage, de titres puis de jeu, il a ensuite mis derrière lui ses problèmes au coude qui lui ont pourri la vie durant des mois. Pour autant, si vous m'aviez dit, lorsque Djokovic a perdu contre Benoît Paire au mois de mars à Miami, qu'il serait le seul joueur à disputer deux finales de Grand Chelem cette année, non seulement je ne l'aurais pas cru, mais je vous aurais sans doute conseillé d'aller consulter.

Paradoxalement, c'est un soir de défaite que j'ai pensé que Djokovic n'était plus très loin du compte. Sa conférence de presse surréaliste après son quart de finale perdu à Roland-Garros contre Cecchinato, début juin, était celle d'un type haïssant à nouveau la défaite. C'était bon signe et comme, physiquement, tout allait à nouveau bien, il n'y avait pas de raison pour que le Serbe ne redevienne pas compétitif au plus haut niveau. Mais de là à l'imaginer en triomphateur à Wimbledon puis, potentiellement, à l'US Open, il y avait une sacrée marge. C'est la vitesse et la force avec laquelle Djokovic est redevenu, sinon le patron, en tout cas le joueur le plus performant de l'été, qui a quelque chose de bluffant.

Novak Djokovic et son 4e titre à Wimbledon.

Crédit: Getty Images

Une grande finale, enfin ?

Le cas de Juan Martin del Potro est différent. Il revient de beaucoup plus loin. Sa trajectoire est connue, inutile d'y revenir ici. Il y a aussi un côté beaucoup plus progressif à son ascension. Delpo a franchi les étapes une à une. Sa finale olympique en 2016 suivie de la victoire en Coupe Davis. Puis une constance retrouvée en Grand Chelem, malgré quelques soubresauts. Demi-finale à l'US Open 2017, demi-finale à Roland-Garros puis quart à Wimbledon cette année. On l'a vu revenir, l'Argentin.

Même s'ils sont rangés au rang des mauvais souvenirs, leurs déboires récents ou plus lointains donnent tout de même à cette dernière finale majeure de l'année un sel particulier. Quoi qu'il arrive, il faudra un peu se pincer. Un doublé Wimbledon-US Open du Djoker ne serait pas moins spectaculaire que le retour victorieux de Federer en Australie l'an dernier. Une victoire de Del Potro, neuf ans après son premier et seul sacre en Grand Chelem, aurait un caractère unique. Il y a presque quelque chose de sentimental dans cette finale, au regard des épreuves surmontées. Elle promet et elle a tout pour tenir ses promesses.

Ce serait d'ailleurs une bonne chose. Les dernières finales de Grand Chelem ont franchement laissé à désirer en termes d'intérêt ces derniers temps. Sur les six dernières, cinq ont été expédiées en trois sets sans saveur. Seule exception, le Federer-Cilic de Melbourne en début d'année mais, en dépit de son scénario en cinq manches, nous étions loin du grand match mémorable. Au fond, la dernière finale majuscule reste le Federer-Nadal de janvier 2017 en Australie. Depuis, c'est pain sec et eau. La saison 1 des Revenants avait débuté par un chef d'œuvre. Si la saison 2 pouvait offrir un dénouement du même acabit...

Djokovic et Del Potro lors des JO 2016

Crédit: AFP

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