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John le conquérant ou l'homme qui a fait tomber Federer

John le conquérant

Le 05/09/2018 à 00:33

US OPEN 2018 - John Millman a signé l'exploit d'une vie lundi en battant Roger Federer. Loin d'être submergé par le moment, l'Australien s'est vite tourné vers son quart de finale contre Novak Djokovic. Millman, c'est d'abord un état d'esprit, toujours prêt à soulever des montagnes. Il respecte tout le monde, mais n'a peur de rien ni personne. Peut-être parce qu'il revient de loin.

Qu'est-ce qui est le plus incroyable dans la victoire de John Millman face à Roger Federer ? Le fait qu'il n'avait encore jamais battu un top 10 dans sa carrière ? Que c'était là le premier huitième de finale majeur de sa carrière ? Que jamais Federer n'avait perdu deux tie-breaks de suite dans un match de Grand Chelem ? Ça aurait pu, oui, mais vous n'y êtes pas.

Non, le plus extravagant dans cette étouffante soirée new-yorkaise, c'est la réaction du héros improbable face à son propre exploit. Ou plutôt, son absence de réaction. Lorsque Federer a laissé échapper un énième coup droit sur la balle de match, Millman n'est pas tombé à genoux. Il n'a pas hurlé. Pas pleuré. Il n'a même pas serré le poing. Il est allé serrer la main de son illustre victime et basta. Comme si, pour lui, cette victoire n'était pas l'aboutissement de toute une vie, mais un simple point de départ vers autre chose.

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" Je joue contre un adversaire, pas contre la réputation de mon adversaire"

L'Australien conçoit que tout le monde soit surpris qu'il ne soit pas surpris, ou en tout cas qu'il ne tombe pas de l'armoire, mais il y croyait, lui. "Je pensais que si j'étais arrivé en huitièmes de finale, c'était pour une bonne raison", a-t-il dit après la rencontre. Oui, c'était Federer, et alors ? "Je joue contre un adversaire, pas contre la réputation de mon adversaire, précise-t-il. J'ai toujours agi comme ça dans ma carrière parce que, sinon, vous êtes foutus."

Pas de méprise. Ce n'est en rien une absence de respect pour celui qui se trouve de l'autre côté du filet. Encore moins dans le cas de Federer, que John Millman décrit comme son "héros". L'homme aux vingt titres du Grand Chelem l'avait d'ailleurs invité en Suisse avant la saison sur gazon. "On cherchait un gars qui s'entraîne dur et qui soit un super mec pour s'entraîner avec moi avant Stuttgart. On a passé du bon temps, quelques jours très sympas", révèle le Suisse. "J'apprécie beaucoup Roger, et son équipe aussi, a répondu Millman. Dans le vestiaire, il a toujours été un des gars les plus abordables, on discute beaucoup tous les deux. Alors, oui, il est mon héros."

Roger Federer et John Millman

Roger Federer et John MillmanGetty Images

Mais héros ou pas, lundi soir, il avait juste envie de lui rentrer dedans. Il n'ira pas jusqu'à vous dire qu'il savait qu'il gagnerait. Comme il l'a admis, il avait aussi "besoin que Roger soit dans un mauvais jour, sinon je n'aurais sans doute pas gagné". En revanche, il était persuadé d'être à la hauteur, même dans le gigantisme du Arthur-Ashe. "C'était intimidant, bien sûr, je ne suis pas habitué à un court aussi grand. Mais assez vite, j'ai surmonté ça. Chaque fois que j'ai eu à jouer un match un peu plus important dans ma carrière, à cause du contexte ou de l'adversaire, j'ai toujours très bien su gérer et ne pas me faire dominer par l'environnement", explique-t-il.

Battre Djokovic ? "Oui, pourquoi pas"

Voilà pourquoi, y compris après la balle de match, il ne s'est pas laissé dévorer par l'énormité du moment. Certains ont pu s'étonner qu'il ne soit pas plus expressif, mais John Millman était juste dans sa logique. Il a battu Federer ? Oui, et, avant ça, il avait déjà battu Fognini, ou Kukushkin. C'est moins clinquant, mais pour lui, ça ne changeait rien. Il repensera à tout ça quand son tournoi sera terminé. Pas avant. "J'essaie de rester dans ma routine, relance le natif de Brisbane. Le match s'est terminé très tard, il faut que je trouve le temps pour dormir, taper un peu la balle le lendemain après-midi, remettre mon corps en état de marche..." Dans la seconde qui a suivi sa victoire, Millan était déjà tourné vers la suite.

En conférence de presse, il lui a été demandé s'il se pensait capable d'enchainer une victoire contre Federer avec une victoire contre Djokovic. Il a énoncé la même réponse qu'avant de défier le numéro 2 mondial. "Oui, pourquoi pas ? Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra que je joue beaucoup mieux que lors de notre dernier match (au Queen's, en juin, Djokovic s'était imposé 6-1, 6-2). Novak est un joueur incroyable, il est en pleine forme... Mais je ne me rends pas service si j'arrive sur le court sans avoir cette foi en moi." Battre Djokovic et Federer en Grand Chelem en l'espace de 48 heures aurait quelque chose de surréaliste et l'Australien n'est pas dupe, personne n'y croit vraiment. Comme personne ne le croyait sérieusement capable d'éjecter Federer du tableau.

Mais John Millman a gagné le droit de croire en lui. Il a attendu suffisamment longtemps pour ça. A 29 ans, il a goûté pour la première fois au Top 50 cet été. De justesse (49e) et l'espace d'une seule semaine. Lundi prochain, il sera, au pire, 37e. S'il a perdu autant de temps, c'est surtout à cause de blessures à répétition. Entre mai 2013 et avril 2014, il a disparu totalement du circuit. Une sale blessure à l'épaule, qui a failli mettre un terme prématurément à sa carrière. En 2017, on ne l'a pas vu pendant les quatre premiers mois de la saison. L'aine, cette fois, et une nouvelle opération. Un coup dur, alors qu'il s'était bien installé dans le Top 100.

John Millman

John MillmanGetty Images

Federer : "Il me rappelle David Ferrer"

Longtemps, son corps a été son pire ennemi. "Il y a eu des moments où je voyais tout de façon négative, avoue-t-il, et si je n'avais pas eu le soutien de mes amis, de ma famille, de mon équipe, je ne m'en serais pas sorti. Vous êtes forts si vous avez un entourage fort." Mais repartir à zéro à plusieurs reprises a constitué un vrai défi pour lui. "C'est un challenge, physiquement, mentalement, et financièrement, aussi. Oui, c'est compliqué de devoir tout recommencer, surtout quand ça arrive plusieurs fois, raconte Millman. J'espère que je n'aurai pas à revivre ça."

Il y a quelque chose de méritoire dans sa trajectoire, et c'est peut-être Federer lui-même qui a eu les mots les plus justes pour le souligner :

" Il me rappelle David Ferrer. J'admire ce genre de joueurs quand je vois comment ils s'entraînent, l'intensité qu'ils mettent et la passion qu'ils ont pour le jeu. John a toujours un comportement très positif, sur le court et en dehors."

Mercredi, John Millman jouera le premier match du reste de sa carrière, tant il est difficile de ne pas voir un avant et un après 3 septembre 2018 le concernant. Mais lui ira juste jouer un autre match. Contre un autre adversaire. Celui-là aussi a une sacrée réputation. Mais vous l'aurez compris, ça n'intéresse pas vraiment Millman.

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