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Nadal digne de sa légende, Medvedev digne de Nadal

Nadal digne de sa légende, Medvedev digne de Nadal

Le 09/09/2019 à 08:51Mis à jour Le 09/09/2019 à 15:11

US OPEN - Deux mois après l'invraisemblable scénario de la finale de Wimbledon, celle de l'US Open a accouché à son tour d'une merveille de match et de dramaturgie. Avec un parfum de nouveauté. Car si Rafael Nadal a été conforme à ce que l'on savait de lui, Daniil Medvedev a rendu possible ce grand moment de sport en se hissant à la hauteur de son adversaire et finalement bourreau.

Samedi, échangeant avec un confrère, nous étions plutôt d'accord pour trouver que cet US Open avait manqué d'envergure. De ce souffle épique qui génère les souvenirs et confère leur grandeur aux éditions les plus mémorables. Dans sa moitié masculine, notamment. La sortie dès le premier tour des principaux rivaux potentiels de Rafael Nadal dans sa partie de tableau avait dessiné pour le Majorquin un scénario trop lisse, trop simpliste, jusqu'à la finale. Avec les "drôles" de disparitions de Novak Djokovic et Roger Federer, c'est le dénouement qui semblait tout tracé : Nadal allait décrocher son 4e US Open et son 19e Majeur.

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Tout ceci est arrivé, la logique a prévalu jusqu'au bout dans ce tournoi. Mais le chemin, si rectiligne jusqu'ici, est devenu merveilleusement sinueux dimanche lors d'une finale qui fera date. A coup sûr. Nadal a parlé d'une des soirées les plus riches en émotions de sa carrière. Ce qui n'est pas peu dire vu tout ce qu'il a vécu. S'il faut saluer à sa juste valeur cette victoire, il faut aussi, j'oserais dire il faut surtout, remercier Daniil Medvedev. C'est d'abord lui qui, par son absence de renoncement, a permis à cette finale d'acquérir une dimension considérable.

Nadal peut remercier Medvedev

Evoquant la célèbre finale de Wimbledon 2008 contre Federer, Rafael Nadal expliquait dans son autobiographie qu'il lui avait fallu du temps pour apprécier la dimension "mythique" de ce duel. Des mois lui furent nécessaires pour comprendre que, même pour lui, il était "mieux" d'avoir gagné 9-7 au cinquième set que trois fois 6-4. Sur le coup, il aurait préféré plier ça en trois sets.

Cette finale de l'US Open est dans la même lignée. Pour nous, pour Medvedev, et même pour Nadal, il est tellement mieux que cette finale se soit achevée comme elle s'est terminée que sur un 7-5, 6-3, 6-4 comme nous l'avons tous cru. Un titre est un titre mais il est raisonnable de penser que Nadal conservera une empreinte plus profonde de sa finale 2019 que de celle laissée par sa victoire il y a deux ans, au même endroit, devant Kevin Anderson. Dimanche, il aurait pu n'ajouter qu'une ligne de plus à son effarant palmarès, et il l'a fait, mais il a surtout signé une des victoires les plus marquantes de sa carrière, notamment sur le plan émotionnel. Au fond, il peut remercier Medvedev de s'être hissé à sa hauteur.

Nadal

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Pendant un peu plus de deux sets, le Russe avait été digne de cette finale. Mais pas de Nadal. Il ne déméritait pas, il ne s'était pas fait dessus, il est plutôt bien rentré dans son match et s'est accroché autant qu'il le pouvait. Mais son destin, c'était celui de n'importe quel adversaire de Nadal en finale qui ne se nommerait pas Djokovic ou Federer, à l'exception de Stan Wawrinka à Melbourne en 2014. C'était celui d'un Söderling, d'un Berdych, d'un Thiem, d'un Anderson. D'une victime désignée en somme.

Une nouvelle dimension

Être digne de cette finale, c'était être lui-même. Il avait les armes, à tous points de vue, pour ne pas passer au travers et ne pas produire ce dont il est capable. Être digne de Nadal, c'était encore autre chose. Pour cela, il fallait qu'il devienne un autre. Qu'il explore des contrées encore inconnues pour lui. Il a eu le cran et l'audace de le faire. A compter de la fin du troisième set, Daniil Medvedev a atteint une dimension pleine de promesses. Si elle n'a pas suffi à lui offrir le titre, elle l'a sans doute révélé à lui-même, ce qui constitue une autre forme de victoire. Il y aura un avant et un après été 2019, disions-nous à propos du Russe. C'est vrai, et ce qu'il a produit dimanche doit d’ailleurs beaucoup à ce qu'il a accumulé depuis six semaines. Mais il y aura, aussi, un avant et un après 8 septembre.

Sa grande force, ce fut d'être une victime désignée mais jamais résignée. Je ne sais pas si Daniil Medvedev gagnera un jour un Grand Chelem, mais il faut le souhaiter. Parce que c'est un joueur rare, donc précieux, différent, donc savoureux, et si on a caricaturé la prétendue laideur de son jeu, il est la preuve que le beau et grand tennis, lui, n'est pas tant une affaire de style que de tête et de cœur. "Le tennis, disait un historien de ce jeu, c'est la boxe sans le sang." Ce fut ça, dans les trois dernières heures de cette finale, et ce fut beau.

Medvedev

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Medvedev a été formidable, jusque dans son discours d'après-match, subtil, drôle et touchant, malgré la fatigue et la déception. Il y a quelques jours, j'avais écrit que Flushing, après l'avoir pris pour un gros con, finirait par l'adorer. Je doute qu'il soit accueilli dans un an par les huées qui l'ont parfois accompagné durant cette quinzaine.

Nadal, un moment et une image

En se grandissant, le Russe a magnifié sa défaite mais aussi la victoire de Rafael Nadal. Il l'a poussé à devenir à son tour digne de sa propre légende. Evidemment, il le fut. Si nous n'avons rien appris de lui que nous ne savions déjà, sa grandeur de caractère a encore été époustouflante dans cette fin de match où il aurait eu toutes les raisons de perdre. De ce cinquième set, je garderai un moment et une image de Nadal. Le moment, c'est ce jeu de service sauvé à 1-0, où son absence de renoncement a eu quelque chose de bluffant. Oui, il arrive encore à épater. Même à 33 ans, même après une décennie et demie à le voir à l'œuvre.

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L'image, elle, est venue un peu plus tard, alors qu'il avait repris l'ascendant au score, après un énième point de mutant : on le vit accroupi au fond du court, dos au filet, ne pouvant plus masquer ce qu'il cherchait à cacher depuis un moment, à savoir qu'il était totalement rincé. Cela restera pour moi comme une des images fortes de sa carrière. Une poignée de minutes plus tard, il l'emportait.

Des finales majeures dantesques et inoubliables, le tennis en a offert quelques-unes. La précédente date d'il y a moins de deux mois. Mais celle-ci possède une saveur particulière parce que, pour la première fois, elle impliquait un membre de la nouvelle génération. Ce n'était pas Nadal-Djokovic, Djokovic-Federer ou Federer-Nadal. Elle laissera un grand souvenir, tout en ouvrant des perspectives. Ce ne fut pas le moindre de ses charmes.

Nadal Medvedev

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