Jenson Brooksby. Un prénom plutôt Britannique : Jenson, mais chez lui on l'appelle "JT". Et un nom de famille très américain : Brooksby. Mais peu importe retenez-bien ce prénom et ce nom, car l’Américain de 20 ans est en train de se faire connaître sur la planète tennis. Qualifié avec brio au 3e tour de l'US Open, où il affrontera Aslan Karatsev dans un duel entre spécialistes de dur, le natif de Sacramento vise sa première deuxième semaine en Grand Chelem après seulement trois apparitions en grand tableau (deux à l'US Open en 2018 et 2019 et une à Roland-Garros cette année). Très à l'aise sur son ciment, Brooksby explose au meilleur endroit possible pour lui.
Brooksby n'est pas un cas isolé pour le tennis américain dans cet US Open. Sans en faire trop, on peut dire qu'il est celui de l’espoir. Team USA a placé un bon contingent de ses ouailles au 2e et 3e tour, entre génération intermédiaire (Sock, Johnson) et nouvelle génération. Les locaux ont montré qu'ils existaient encore sur la planète tennis. Avec Brandon Nakashima, Sebastian Korda, ou encore le très surprenant Zachary Kvajda, le 716e mondial a vraiment secoué Jannik Sinner au 2e tour, il y a du beau monde qui frappe à la porte. Brooksby a, lui, le profil du leader de demain. Pour le moment, la nouvelle figure de proue, c'est Reilly Opelka, 23 ans.
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Pro depuis 2021, c'est un joueur comète

Pour arriver là, Broobsky a sorti une année dense, principalement passée sur le circuit secondaire, en Challenger, et un été très qualitatif. Sa saison a été riche : trois succès en Challenger pour quatre finales, une finale à Newport sur gazon en juillet, tournoi où il avait reçu une wild card, demi-finale à l’ATP 500 Washington au début du mois d'août. C’est principalement dans la capitale américaine qu’il a présenté son CV à la planète tennis en collant des trempes à Kevin Anderson, Frances Tiafoe, Félix Auger-Aliassime et John Millman.
314e mondial au début de la saison, Brooksby a clairement appuyé sur l’accélérateur, principalement grâce à ses résultats lors des Challengers. Au classement du lundi 30 août, le Californien est dans le top 100, à la 99e place, avec un bilan de 38 succès pour 8 défaites. Son parcours évoque évidemment celui de son futur adversaire, Aslan Karatsev, qui avait survolé la saison 2020 en Challenger, avant d’obtenir son billet en qualifications pour l’Open d’Australie, et faire le parcours de sa vie à Melbourne.
Les deux hommes se retrouveront une deuxième fois en Grand Chelem cette saison après le 1er tour du dernier Roland-Garros où Karatsev avait pris le meilleur. Brooksby était sorti des qualifications à Paris. Passé par le système universitaire tout récemment (il avait intégré la Baylor University à Waco), champion des Etats-Unis en moins de 18 ans en 2018 (victoire contre Nakashima), il a eu un parcours très américain dans le texte avec une grosse présence sur les tournois secondaires, en ITF, disputés sur le sol américain. Chez les juniors, il avait atteint les demies de l'US Open en 2018.

Sorti par une wild-card : Auger-Aliassime se fait surprendre par le jeune Brooksby

Très sûr de lui, c'est une des caractéristiques du garçon, Brooksby n'est pas étonné de sa percée, lui qui vante la qualité de sa collaboration avec Joseph Gilbert, son coach de toujours. Les deux hommes travaillent ensemble depuis que le droitier a 7 ans. "Je pense réellement que ce que je réalise en ce moment est mon vrai niveau", reconnaissait-t-il à Washington. "Bien évidemment, je suis heureux d'avoir été en capacité de le faire, et ce sur plusieurs semaines. C'est principalement mon mental qui a énormément changé. Je suis plus fort de ce côté. J'arrive à me concentrer sur les bonnes choses."
Brooksby s'est fait connaître pour la première fois il y a deux ans. Sorti des qualifications de l'US Open, une époque où il n'était pas encore professionnel, le teenager, 394e mondial à l'époque, avait envoyé un certain Tomas Berdych à la retraite sportive. Commentaire : "Il a eu une grande carrière, mais il n'est plus le joueur qu'il a été. Je savais que je pourrais le battre." Alors qu'il avait décidé de tenter l'aventure chez les professionnels, la pandémie et un paquet de blessures ont stoppé son élan. En 2020, il n'a pas joué. "Certains vont dire que je sors de nulle part, mais je ne suis pas d'accord avec ça. En 2019, j'avais montré mon niveau de jeu. Depuis, je suis meilleur physiquement. Oui, j'ai eu des blessures en 2020 mais j'ai travaillé dur, sur tous les aspects. J'ai amélioré mon jeu, mon mental, mon physique et tous les à-côtés. J'espère que je vais continuer. Je suis heureux des progrès effectués, mais ce n'est pas vraiment surprenant."

Brooksby, c'est l'enfant du couple Murray-Medvedev

C’est un tweet qui remonte au 6 août dernier qui a mis la lumière sur Brooksby. Celui-ci n’est pas signé de la main de n’importe qui, il s’agissait d’Andy Murray, observateur avisé devant l’éternel de son sport et de ses acteurs. "Jenson Brooksby est le type de joueur que j’aime regarder", avait écrit le Britannique alors qu'il regardait le tournoi de Washington. "Il y a beaucoup de variété dans son jeu, un QI tennis très élevé, il est excellent en défense. Son slice de revers et sa volée de revers sont presque identiques à Florian Mayer". Brooksby a lui apprécié la comparaison, même s'il trouve que l'Allemand avait un style bien à lui, un peu robotique sur les bords. Mais, oui, il avait aussi l’art du slice. C'est aussi le cas de l'Américain qui raffole des amorties côté revers avec cet effet. Sa gestuelle ressemble à celle d'un homme tranchant quelque chose avec une épée (ou un sabre). C'est un coup assez étrange à voir.
Autre force, plus récente : son service. Avec son 1,93m, le joueur de Sacramento frappe fort, beaucoup plus qu'avant, et perd peu de points derrière son engagement. Pas très grand à l'adolescence, l'Etasunien a réellement poussé entre ses 16 et 18 ans, il y a peu donc. Pour bien servir, évidemment, cela l'a aidé. Mais son coach avait tout prévu. "Quand il était plus petit, il a dû apprendre toutes les subtilités techniques du service en anticipant le fait qu'il ne grandisse pas beaucoup. Mais il a toujours eu une bonne main. Son service n'est pas encore l'élément le plus important de son jeu, pas autant qu'il pourrait l'être, car il n'a pas encore atteint sa vraie taille", expliquait Gilbert à Tennis.com en juillet. Attention, sa seconde balle est dangereuse. "Il trouve un bon angle avec, grâce à sa taille. Il est difficile de bien retourner et l'agresser dessus."
Décrit comme un joueur intelligent par beaucoup de ses victimes, Brooksby est surtout un caméléon, capable de s’adapter à n’importe quel adversaire. Un peu comme Andy Murray, ou Daniil Medvedev, en fait. Que pense Brooksby de son style ? "La chose la plus importante dans mon jeu est de ne pas avoir de faiblesses. C’est mon but. Je veux avoir une construction du point très solide. Concernant mes forces, je pense que ce que j’aime le plus c’est prendre la ligne avec mon revers. Donc j’aime taper côté revers. Et j’aime aussi les amorties."
Tout ce qu'il fait est très étrange.
Assez marqué par sa première confrontation avec son compatriote à Washington DC, Frances Tiafoe a d'ailleurs bien résumé le style de son bourreau. "Il a un jeu très peu orthodoxe. Tout ce qu'il fait est très étrange. Il vous met dans des positions assez bizarres, il vous fait jouer le coup en plus. Il anticipe très bien les balles. Il est vraiment solide, il vous fait beaucoup jouer." Même son de cloche chez Félix Auger-Aliassime, annihilé par le jeu de "JT". "Il va être dangereux dans le futur. Il a absolument tout, il est très solide." Jannik Sinner a aussi été impressionné. "Il analyse très bien le jeu. Il varie beaucoup et il a essayé de copier mon plan de jeu. J'ai dû aller au filet pour casser son rythme. Ce n'est pas facile de jouer contre lui."
Brooksby est un fin analyste de ce qu’il fait, mais aussi de celui qu'il joue. En ce sens, il a du Daniil Medvedev en lui. Le Russe tient à peu près le même discours sur la déconstruction du jeu adverse. "Dans mon esprit, le but de mon jeu quand je fais les choses bien est d’exposer les faiblesses de mon adversaire au grand jour", expliquait l'Américain il y a quelques semaines. Le Californien a un tempérament très américain. Il est assez exubérant sur le court, sûr de ses forces, mais pas pédant en-dehors du court.
"C'est quelqu'un qui a une énorme confiance en lui, qui joue de manière libérée", souligne Frances Tiafoe. Courses improbables pour aller vers sa chaise aux changements de côté, caractère très soupe au lait en plein match, utilisation des pauses toilettes dont une très longue contre Taylor Fritz, c'est la mode, le nouveau-venu sur le circuit joue lui aussi au "mental game". Comme beaucoup d'autres avant lui, Brooksby est un autre quand il joue. Le tennis US, lui, a peut-être trouvé son Andy Murray.

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