“Magique !” De son propre aveu, c’est bien ce mot qui résume le mieux la quinzaine new-yorkaise de Leylah Fernandez. Du haut de ses 19 ans, la Canadienne (73e joueuse mondiale) s’apprête à rejoindre les plus grands noms de l’histoire du tennis, en disputant à Flushing Meadows la première finale en Grand Chelem de sa carrière.
Si son adversaire pour le titre n’était pas encore plus précoce, et toujours en lice pour être sacrée sans avoir concédé le moindre set, il y a fort à parier que la compatriote de Félix Auger-Aliassime ferait encore davantage parler d’elle. Car ce qu’elle est peut-être en passe d’accomplir relève, tout comme Emma Raducanu, de l’exploit.
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Une ascension "sans limites"

“Comme mon père me le répète, il n’y a pas de limites à mon potentiel, à ce que je peux faire, a-t-elle assuré vendredi en conférence de presse, après sa victoire contre Aryna Sabalenka [2] en demi-finale de l’US Open. Il faut juste continuer d’aller de l’avant. Rien n’est impossible. Je suis juste contente que jusqu’ici tout se passe bien, et je pense que je suis en train de réaliser quelque chose d’incroyable, je ne sais pas quoi dire.”
En quinze jours, Fernandez, qui avait déjà accroché un titre à son palmarès en mars dernier (WTA 250 de Monterrey), s’est fait connaître des amateurs de la petite balle jaune dans le monde entier. Et ce, notamment en sortant, au fil de son épopée, trois membres du top 5, à savoir Naomi Osaka (n°3), Elina Svitolina (n°5) et donc sa dernière victime Aryna Sabalenka (n°2). Cependant, sur les courts comme en dehors, rien n’a été facile pour celle qui a grandi entre Canada et Etats-Unis.
Lui prouver que tout ce dont j’ai rêvé je vais l’accomplir.
“Beaucoup de gens doutaient de moi, de ma famille et de mes rêves, a confié la jeune finaliste. Ils n’arrêtaient pas de dire que je ne serais jamais une joueuse de tennis professionnelle.” Malgré ce discours auquel beaucoup d’athlètes de haut niveau ont déjà été confrontés, Leylah Fernandez n’a pas perdu foi en elle, et en use même aujourd’hui comme source supplémentaire de motivation :
“Je me souviens d’une professeure - je trouve ça drôle maintenant mais pas à l’époque - elle m’avait dit “tu devrais arrêter le tennis, tu n’y arriveras pas, et concentre-toi sur l’école”. Je suis heureuse qu’elle m’ait dit ça car tous les jours j’ai cette phrase en tête, et je vais continuer, aller encore plus loin, et lui prouver que tout ce dont j’ai rêvé je vais l’accomplir.”
Pour réaliser ses rêves, la jeune Canadienne a dû accepter certains sacrifices, tel que le départ de sa mère en Californie alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années, afin que Leylah puisse avoir toutes les ressources dont elle avait besoin pour s’engager à 100% dans le tennis.
“Ces quelques années ont été difficiles pour moi car j’avais besoin de ma mère, de quelqu’un qui soit là pour moi, s’est remémorée la nouvelle star canadienne. Entre mes 10 et 13 ans, je l’ai à peine vue à ce moment-là. A chaque fois que je la voyais, j’avais l’impression que c’était une étrangère et, en même temps, c’était quelqu’un de familier.”

Une mère éloignée, un père entraîneur

Durant cette période, Leylah Fernandez vivait les prémices de son parcours tennistique, au Canada, sous les ordres de son père Jorge, pour qui la fonction de parent s’est rapidement couplée à celle d’entraîneur. A l’âge de 7 ans, la future finaliste de l’US Open a tenté d’intégrer un programme national pour les jeunes voulant pratiquer le tennis, mais l’expérience a tourné court pour celle jugée à l’époque comme “trop lente et manquant de technique”.
Face au désespoir de sa fille, Jorge Fernandez a alors décidé de la prendre sous son aile, et de la pousser au maximum. “Vous devez constamment être à la limite, puis vous trouvez une nouvelle limite", a déclaré Jorge dans une interview au média canadien CBC. Vous devez rester à ce niveau jusqu'à ce que cette zone rouge devienne une zone normale. Vous avez une force mentale et ce que vous pensez ne pas pouvoir faire, vous le faites maintenant régulièrement.”

Intensité folle, rallyes interminables : Fernandez a dompté Sabalenka en patronne

Portée par cette philosophie, qui n’a pas manqué de lui tirer les larmes plus d’une fois à l’entraînement, Leylah Fernandez est montée dans la hiérarchie, jusqu’à tutoyer, aujourd’hui, les sommets. “Un jour, mon père a décidé de faire nos valises et de partir aux Etats-Unis, où on pourrait être avec ma mère, parce que ça devenait trop dur… Je suis contente qu’on ait pris cette décision parce que ça m’a rendue plus forte et ça a aussi renforcé ma famille”, reconnaît-elle désormais.
Accompagnée sur le court par son père, et en tribunes par sa mère et ses sœurs, Leylah Fernandez a l‘occasion de prendre une revanche qui lui tient particulièrement à cœur. Sous les projecteurs du court Arthur-Ashe, samedi, la part d'ombre que ressasse la championne depuis des années pourra peut-être s'estomper. Et permettre à Leylah Fernandez d'enfin répondre à sa professeure : "Vous aviez tort".
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