"Celle-là, elle fait mal, clairement. J'aurais pu gagner ce match. J'étais près, si près." Roger Federer a rarement semblé aussi marqué après une défaite. Pour la première fois de sa carrière, battu par un Milos Raonic en mode "champion", il s'est incliné aux portes de la finale à Wimbledon. Son tournoi. Sur "son" central. Mais plus que cette statistique, c’est évidemment le scénario d'un match qu'il a longtemps cru dans sa main avant qu'il ne lui glisse entre les doigts, qui a du mal à passer.
Ce maudit quatrième set, au cours duquel il a été tout près de faire basculer pour de bon la balance de son côté, peut lui rester en travers de la gorge. Sur quatre jeux de retour consécutifs, Federer a presque tenu le break dans sa main. Deux balles de break à 2-2, 15/30 à 3-3, encore une balle de break à 4-4 puis 0/30 à 5-5. Mais ce n'est pas passé, le mérite en revenant d'ailleurs en grande partie à son adversaire, superbe de solidité dans cette zone tempétueuse.
Wimbledon
Raonic a fini par mettre la légende à terre
08/07/2016 À 15:35
Je suis triste et en colère après moi
Puis, dans le douzième jeu, le trou noir, alors qu'il menait pourtant 40/0. Federer ne saura jamais s'il aura gagné le tie-break, le set, et le match. Ce qu'il sait, en revanche, c’est que jamais il n'aurait dû lâcher ce break. Mais deux doubles fautes de rang à 40/15 et quelques choix douteux l'ont condamné. Pour qualifier ce jeu de service fatal, le Bâlois a eu un mot : "inexplicable." Et ces quelques autres, aussi : "Je ne sais pas comment ça a pu arriver. Je suis triste et en colère après moi".
Le dernier set ne fut qu'une inexorable agonie, sa chute, face contre gazon, symbolisant à merveille l'inversion des normes hiérarchiques de cette demi-finale. "Je ne me sentais pas pareil après la chute, a-t-il souligné. Néanmoins, il a super bien joué pour obtenir le break. Et que je sois frais et dispo ou blessé, cela n'aurait sans doute pas changé grand-chose parce qu'il servait à 230 km/h de toute façon."
Touché au genou, Federer dit espérer "ne pas être touché trop sérieusement". Mais en cette fin d'après-midi, ce n'était clairement pas le temps des inquiétudes. Plutôt celui des regrets. Car, arrivé à Londres comme un outsider parmi d'autres, au vu de ses six derniers mois et même de ses deux semaines de préparation assez quelconques sur herbe, Federer sera finalement passé à une poignée de points de sa 11e finale.

Roger Federer

Crédit: Eurosport

Une "dernière chance" de plus ?

Malgré l'amertume de l'élimination, même à chaud, le numéro trois mondial était bien conscient d'avoir "surperformé" par rapport à ses attentes initiales. "Sans doute parce que je ne pensais pas pouvoir arriver si loin", évoque-t-il. Mais s'il aurait peut-être signé pour une demi-finale voilà 15 jours, la défaite de vendredi écrase cette forme de satisfaction. Même dans ce contexte particulier pour lui (il n'avait plus débarqué à Wimbledon sans avoir gagné le moindre tournoi au cours de la saison depuis 15 ans), cet échec "fait vraiment mal".
Comme toujours depuis qu'il cale aux portes de son 18e titre, on peut lire ici ou là que Federer vient de laisser passer "sa dernière chance". C'était déjà le cas ces deux dernières années en finale à Wimbledon, ou à Flushing en septembre dernier. Cela finira par être vrai. Mais, à un mois de son 35e anniversaire, l'homme aux 17 majeurs ne pense pas à la retraite. Il l'assure, il n'a pas dit adieu à Wimbledon vendredi. "Pour être clair avec vous, oui, j'ai bien l'intention de revenir sur le Centre court l'année prochaine", a-t-il promis. Pour une nouvelle dernière chance ?
Tennis
"Federer était peut-être 40 fois pire que moi" : Rune assume son côté volcanique
19/06/2022 À 09:31
Tennis
Le Big 3 éjecté des deux premières places : du jamais-vu depuis novembre 2003
12/06/2022 À 22:14