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Welcome back, Novak !

Welcome back, Novak !

Le 12/07/2018 à 19:10Mis à jour Le 13/07/2018 à 14:02

WIMBLEDON – Face à Rafael Nadal, Novak Djokovic va disputer son plus grand match en près de deux ans. Après des mois et des mois à soigner ses bleus au corps et ses maux de tête, le Serbe est à nouveau dans le vrai. Ce qui germait depuis quelque temps se confirme sur le gazon londonien : le Djoker est de retour aux affaires. Pas encore au sommet, non, mais il a repris place dans la discussion.

Il lui aura donc fallu presque deux ans. Depuis l'US Open 2016 et cette finale perdue contre Stan Wawrinka, Novak Djokovic n'avait plus été vu dans un dernier carré en Grand Chelem. Si l'on met de côté son absence à New York l'an dernier, il s'était arrêté, au mieux, en quarts de finale lors des cinq derniers Majeurs. Cinq tournois du Grand Chelem sans Djokovic en demi-finales, soit autant que sur la période 2006-2016.

Tout au long de ces vingt mois, il a dû se battre autant contre les réticences du corps que contre les tourments de l'esprit. Il semble, enfin, avoir résolu les deux. Paradoxalement, les premières lui ont peut-être permis de solder les secondes. Pendant un an, Djokovic a erré comme un champion en peine. Après le point culminant de juin 2016, son premier titre à Roland-Garros, synonyme de Grand Chelem à cheval sur deux ans et en carrière, Nole a été victime d'un véritable burn out.

Après avoir tant dominé, après avoir conquis la dernière citadelle, longtemps imprenable, celle de la Porte d'Auteuil, il a eu besoin de libérer la cocotte-minute. Il fallait qu'il se redonne l'envie d'avoir envie. Douze mois durant, il a échoué dans cette quête-là. Plus que son tennis, Djokovic avait perdu le feu sacré, indispensable carburant au plus rutilant des moteurs. La jauge de la motivation constamment dans le rouge, il ne pouvait plus rien espérer. Une Ferrari sans essence n'ira jamais plus vite qu'une 2CV.

Novak Djokovic

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Salvatrice absence

A l'été 2017, c'est son corps qui a dit stop. Touché au coude, il a pour la première fois été contraint de mettre sa carrière entre parenthèses pendant plusieurs mois. Mais, au fond, je suis convaincu qu'il en avait besoin. Ce fut un mal pour un bien. Durant ce semestre d'absence, Djokovic a pu répondre à la question qu'il ne pouvait plus éviter et sur laquelle il n'avait jamais eu le temps de se pencher après son dégoupillage post-Roland 2016 : ai-je encore envie d'être Novak Djokovic ? Suis-je encore prêt à tout faire pour redevenir, ou en tout cas essayer de redevenir celui que j'étais ? Ou est-ce que je ne veux plus de tout ça ?

Voilà à quoi a servi cette coupure imposée et, finalement, salvatrice. Il semble raisonnable de penser que Novak Djokovic a trouvé la réponse. Oui, il veut encore se battre. A ce titre, 2018 est l'année de la reconquête de son propre personnage. Ce chemin-là a été entravé au premier trimestre par la persistance de sa blessure au coude. Maintenant qu'il en est, a priori, définitivement débarrassé, il peut se focaliser sur l'essentiel. Non que la dimension physique soit anecdotique. Mais il ne la maîtrise pas pleinement. Le joueur blessé n'a d'autre choix que d'écouter son corps. Mais concernant sa propre motivation, c'était une affaire entre lui et lui-même. Pas lui et son coude, lui et sa raquette.

Maintenant qu'il s'est remis les idées au clair, le Djoker peut regarder à nouveau devant sans arrière-pensées. Mais c'est un voyage à la fois incertain et sinueux. Il ne pouvait être fait que de hauts et de bas, surtout de bas dans un premier temps. Mais depuis le mois de mai, il n'a cessé de franchir les marches, les unes après les autres. Demi-finale à Rome, quart de finale à Roland-Garros, finale au Queen's et, désormais cette première demi-finale majuscule depuis une éternité, à son échelle.

Nadal, trop tôt ou pas ?

Au cours de cette période récente, il a retrouvé un ratio de victoires plus conforme à ce qu'il vaut : il a remporté 17 de ses 20 derniers matches. Mais c'est paradoxalement après une de ces trois défaites que j'ai eu la conviction que Djokovic n'était plus très loin du compte. A Roland-Garros, battu par Marco Cecchinato en quarts de finale, le Serbe est parti après une conférence de presse un peu surréaliste et expédiée en une poignée de minutes et de phrases. Son regard noir, son énervement manifeste, tout ça sentait très bon. C'était la colère de l'impatience et, au fond, c'était bon de le voir en pétard, aussi frustré. Au-delà de la déception de l'instant, c'était surtout le signe d'un compétiteur retrouvé.

Vidéo - L'incroyable tie-break entre Djokovic et Cecchinato

05:41

Le revoilà maintenant à deux petits matches d'un 13e titre en Grand Chelem. Comme quoi le vent (re)tourne vite. Mais il le sait, ou au moins le pressent-il, ces pas-là sont aussi les plus pénibles à accomplir. Un peu comme quand il chassait derrière Federer et Nadal, il y a une petite décennie de cela, et cherchait à se hisser à leur hauteur. C'est davantage son propre personnage abandonné voilà deux ans, cet insatiable Djoker, qu'il tente de retrouver désormais.

Mercredi, après sa victoire contre Nishikori, il a estimé être tout près de son meilleur niveau. C'est sans doute vrai. Mais pour battre Rafael Nadal vendredi, cela ne suffira pas. Ce qui fait encore défaut à Djokovic ne s'achète pas, et ne se trouve pas : ça se cultive, et ça s'appelle la confiance. Elle ne vient qu'avec les victoires. Contre Nadal à Rome, où il avait sorti un énorme premier set avant de coincer dans le jeu décisif, idem en fin de match face à Cecchinato à Paris, ou en finale du Queen's, où il avait eu une balle de match contre Cilic avant de perdre, c'est elle qui lui a manqué. Sur une poignée de points, il n'a pas joué le coup juste, a été freiné par un soupçon d'hésitation, ou a pêché par manque de relâchement dans l'exécution. Longtemps, il a fait tout ceci instinctivement. C'est cet instinct-là qu'il doit retrouver pour accomplir définitivement sa mue.

Pour gagner ces grands matches, il lui faut un surcroit de confiance. Et pour avoir ce surcroit de confiance, il lui faut à tout prix gagner ces matches-là. C'est le serpent qui se mord la queue. Mais il n'en est plus très loin. C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? Nadal vient-il encore un peu trop tôt ? C'est possible, mais à choisir, mieux vaut le prendre à Wimbledon qu'à Paris il y a un mois.

Quoi qu'il arrive, il est savoureux de le voir imbriquer peu à peu les pièces du puzzle de sa reconstruction. Alors, "welcome back, Novak", comme on dit à Londres.

Novak Djokovic

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