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Nadal et l'énigme verte

Nadal et l'énigme verte

Le 29/06/2019 à 16:14Mis à jour Le 29/06/2019 à 19:18

WIMBLEDON - Redevenu ces trois dernières années l'incontestable patron de la terre battue, Rafael Nadal peut-il renouer avec sa réussite passée à Londres ? L'Espagnol n'a plus gagné au All England Club depuis neuf ans et sa dernière finale là-bas remonte à 2011. S'il se place en retrait de Djokovic et Federer sur la ligne de départ, il reste convaincu de pouvoir briller sur herbe.

Roland-Garros et la terre battue sont derrière nous. Conséquence, tous ceux qui, sur le circuit ATP, ne s'appellent pas Rafael Nadal, respirent un grand coup. Le passage de l'ocre à l'herbe ouvre davantage le jeu même si, depuis maintenant plus de quinze ans, il s'agit du Grand Chelem le plus verrouillé par l'élite : aucun titre n'a échappé au quatuor Federer- Djokovic - Nadal - Murray de 2003 à 2018.

Au sein du "Big Four", le cas Nadal demeure énigmatique quand il s'agit de Wimbledon. Le Majorquin a vite réussi à dompter le gazon londonien. Finaliste dès 2006 à tout juste 20 ans, il a d'ailleurs atteint la finale cinq fois en cinq participations de 2006 à 2011 - il était absent en 2009). Dans le lot, deux titres. Mais depuis, plus rien ou presque. Nadal a dû attendre l'an passé pour retrouver le dernier carré. Il n'avait même pas franchi une seule fois le cap des huitièmes de finale entre 2012 et 2017. On avait même fini par se demander s'il redeviendrait un jour compétitif au All England Club. Mais 2018 a changé la donne.

A nouveau un client depuis deux ans

L'année dernière, il n'a manqué à l'Espagnol qu'une poignée de points pour battre Novak Djokovic en demi-finale, avant de s'incliner 10-8 au 5e set après 5h15 de combat. Sans faire offense à Kevin Anderson, il parait raisonnable d'envisager que, si Nadal avait enfoncé le clou face à son grand rival serbe, il aurait eu une chance très significative de renouer avec la victoire finale à Wimbledon. "Je pense que je suis passé très près de regagner le titre là-bas", évoquait-il après la finale de Roland-Garros début juin. Il était même allé un peu plus loin, estimant que "ces deux dernières années", il était redevenu un client sur herbe.

Nadal Djokovic Wimbledon 2018

Nadal Djokovic Wimbledon 2018Getty Images

Avant sa frustrante demi-finale marathon contre Djokovic, Nadal avait en effet subi une défaite comparable douze mois plus tôt. En huitièmes, cette fois, et contre Gilles Müller. Un nom moins ronflant, mais le Luxembourgeois traversait alors la période la plus faste de sa carrière. Vainqueur à s'Hertogenbosch, demi-finaliste au Queen's, il n'était pas bon à prendre. Nadal avait fini par céder… 15-13 au dernier set. "Même si j'avais perdu contre Müller, je pense que je jouais du très bon tennis dans ce tournoi et cette année-là, je me sentais déjà assez proche de pouvoir regagner Wimbledon", juge-t-il.

Moya y croit

Ses deux derniers revers à Wimbledon sont donc survenus dans un mouchoir de poche. Loin, très loin, de ses défaites précoces contre Rosol (2012), Darcis (2013), Kyrgios (2014) ou Brown (2015), soit quatre joueurs classés entre la 100e et la 144e places au moment de leurs victoires contre l'Espagnol. Même si ces quatre matches répondent à des problématiques différentes, et si le classement ne dit pas tout (Kyrgios, par exemple, était 144e mais avait tout juste 19 ans et chacun pressentait la menace potentielle qu'il incarnait), ce "Little Four" nadalien en dit quand même assez long sur la traversée du désert herbivore qui fut la sienne. Cela semble derrière lui.

Au cours des six dernières saisons, il n'a triomphé qu'une seule fois en Grand Chelem en dehors de Roland-Garros. C'était à l'US Open, en 2017. Mais cela ne signifie pas qu'il ne demeure pas un client. Il a d'ailleurs été au moins dans le dernier carré de tous les tournois majeurs. Alors, près d'une décennie après son dernier sacre vert, Rafael Nadal est-il fin prêt à renouer avec le fil de son palmarès anglais ? Carlos Moya ne voit pas de contre-indication. "Oui, bien sûr, pourquoi pas ? avait lâché son entraîneur à Roland-Garros. Il est trop bon pour ne pas être considéré comme un candidat à la victoire à Wimbledon. Si physiquement il se sent bien, il faudra que quelqu'un soit très fort pour le battre".

Rafael Nadal à l'entraînement à Wimbledon, en compagnie de Carlos Moya.

Rafael Nadal à l'entraînement à Wimbledon, en compagnie de Carlos Moya.Getty Images

Un tableau coton

Fidèle à son habitude, Nadal n'a pas joué entre Paris et Londres. Il n'en a plus besoin et, à 33 ans, son corps lui réclame ce repos. "L'expérience m'a montré qu'une bonne préparation passait par de bons entraînements mais forcément des matches en compétition, rappelle-t-il. Ces deux dernières années m'ont prouvé que je pouvais bien jouer à Wimbledon sans tournoi avant. Ce qui augmente mes chances de briller là-bas, c'est d'abord d'être frais et en bonne santé."

Après s'être entrainé chez lui, à Majorque, il s'est ainsi contenté d'une exhibition cette semaine sur les bord de la Tamise, à Hurlingham, où il s'est incliné face à Marin Cilic puis Lucas Pouille. Mais plus que les résultats, ce sont les sensations qui importent. Or Nadal dit s'être senti "de mieux en mieux" au fil de ces deux rencontres. "Je n'ai pas mal joué à Hurlingham, j'ai simplement affronté des joueurs qui avaient plus de temps de jeu que moi sur gazon", a-t-il estimé samedi.

Reste un souci : son tableau. Sur la route d'un 19e Grand Chelem, il n'a pas été gâté par le sort avec, potentiellement, Kyrgios au 2e tour, Shapovalov ou Tsonga au 3e et Cilic en huitièmes. Sans parler d'une éventuelle demie contre Federer, sans doute plus complexe sur le papier vert que celle de Roland-Garros. Mais si Rafael Nadal est à son meilleur niveau, physiquement surtout, personne n'apparait insurmontable pour lui. Le voir regagner à Wimbledon relèverait d'une forme d'exploit compte tenu de l'éloignement de son dernier sacre, mais pas forcément un tremblement de terre. Ni d'herbe.

Rafael Nadal face à Marin Cilic lors de l'exhibition à Hurlingham, juste avant Wimbledon.

Rafael Nadal face à Marin Cilic lors de l'exhibition à Hurlingham, juste avant Wimbledon.Getty Images

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