Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas, Alexander Zverev, Andrey Rublev : ils étaient attendus au tournant de ce Wimbledon 2021, mais aucun ne sera au rendez-vous des quarts de finale. Pourtant devenus réguliers en Grand Chelem ces derniers temps, ils ont tous déçu dans des proportions plus ou moins importantes, accréditant en partie la thèse que gazon et jeunesse ne faisaient peut-être pas bon ménage. Et pourtant, d'autres ont su prendre leur relais, et notamment Denis Shapovalov (22 ans) et Félix Auger-Aliassime (20 ans).
Mercredi, ils se succéderont sur le Court 1 pour tenter de rallier pour la première fois de leur jeune carrière le dernier carré d'un Majeur. Mais à eux deux, ils ont marqué l'histoire tennistique de leur pays : jamais deux Canadiens n'avaient été qualifiés pour les quarts d'un même tournoi du Grand Chelem. Au rendez-vous des demi-finales du Masters 1000 de Miami voici deux ans, ils avaient déjà fait sensation par leur précocité, ils ont passé un nouveau cap sur la plus grande des scènes, dans le temple sacré du jeu.
Wimbledon
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14/07/2021 À 14:40

Un rebond spectaculaire après un début de saison décevant

Vu le talent et le classement des loustics, les voir accomplir une telle performance n'est pas vraiment surprenant. C'est plutôt le timing qui est inattendu. Car on ne peut pas dire qu'ils traversaient jusqu'ici une saison mémorable. Prenons Denis Shapovalov d'abord : dans les six premiers mois de l'année, ses résultats marquants se limitaient à une "petite" finale sur la terre battue de Genève (ATP 250) et à une demie à Dubaï (ATP 500) sur dur, sa meilleure surface. A l'Open d'Australie, il avait été arrêté dès le 3e tour par… Félix Auger-Aliassime, lui-même battu en huitième par la révélation Aslan Karatsev alors qu'il menait deux sets à rien.
Cette défaite a d'ailleurs fait beaucoup de mal à "FAA", incapable de faire mieux que deux quarts de finale à Acapulco (ATP 500) et Barcelone (ATP 500). Malgré sa toute nouvelle et intrigante collaboration avec Toni Nadal, il a même touché le fond quand il a été sorti d'entrée à Roland-Garros par Andreas Seppi. Alors comment et pourquoi les deux compères ont-ils soudain retrouvé des ailes ? L'explication est sans doute d'abord technique : tous deux sont plus à l'aise quand ils doivent dicter le jeu avec leur puissance et leur explosivité en fond de court et, indéniablement, le gazon récompense davantage ce style de jeu.

Le gazon est fait pour leur style offensif

"Le gazon est un petit peu différent des autres surfaces, je dirais. On ne joue pas beaucoup dessus pendant la saison. Et les joueurs qui s'y sentent bien d'emblée peuvent percer. Les grands champions comme Roger et Novak sont toujours les favoris, et seront difficiles à battre, parce qu'ils ont l'expérience de leurs précédents titres. Avec les absences de Rafa (Nadal) et de Domi (Thiem), ça ouvre un peu le tableau. Et il faut essayer de tirer profit de chaque opportunité. C'est bien de voir de nouveaux visages en quarts. En tout cas, je suis heureux d'en faire partie", a d'ailleurs observé Auger-Aliassime.

Denis Shapovalov à Wimbledon en 2021

Crédit: Getty Images

Naturellement portés vers l'avant, à l'aise quand il s'agit de frapper fort à plat, les deux Canadiens ont les armes pour briller sur cette surface. Mais pour aller loin en Grand Chelem, la technique pure ne suffit pas, il faut que la tête suive. Si Auger-Aliassime et Shapovalov sont indéniablement des "matcheurs", ils ont tendance à être rattrapés par leurs émotions et leur sensibilité à fleur de peau. Ces dernières semaines, plusieurs matches ont pu faire office de déclics. Ils ont ainsi, chacun de leur côté, battu leur idole.
Dans le huis clos de Halle, concentré seulement sur son tennis, "FAA" a ainsi terrassé Roger Federer pour leur premier face-à-face sur le circuit, un boost indéniable qui lui a presque fait oublier sa 8e défaite en autant de finales quelques jours plus tôt contre Marin Cilic à Stuttgart. Bien aidé par l'abandon de Nick Kyrgios au 3e tour de cette édition 2021 de Wimbledon, il a passé un autre cap psychologique majeur face à Alexander Zverev (6-4, 7-6, 3-6, 3-6, 6-4). Parce qu'il s'agissait d'un huitième de finale, son plafond de verre en Grand Chelem jusqu'alors, et surtout parce qu'il a fait face victorieusement à ses démons au bout des cinq sets.

Inspirés par leurs idoles, ils ont connu plusieurs déclics

"Je pense que ma célébration était très honnête et sincère. C'est une grande étape pour moi dans ma jeune carrière. On veut toujours bien jouer dans les Grands Chelems, surtout ici dans ce qui est mon tournoi préféré. Ce match avait vraiment tout. J'ai dû puiser au plus profond de moi physiquement et mentalement. Bien sûr, ça rend la victoire encore plus douce. J'ai pensé au match contre Karatsev à l'Open d'Australie. Je me sentais mieux physiquement aujourd'hui (lundi, NDLR) qu'à Melbourne. Là-bas, je ne pouvais presque plus bouger à la fin. Je ne voulais pas que ça m'arrive deux fois, ça aurait été dur à accepter. Je voulais juste être courageux, audacieux."

Federer s'est fait croquer par un Auger-Aliassime offensif et efficace au service

Le parallèle est troublant avec Shapovalov qui a connu son déclic plus tôt dans le tournoi, en sortant vainqueur d'un gros combat en cinq manches également contre Philipp Kohlschreiber, toujours dangereux sur gazon, au 2e tour. Et puis, lui aussi a battu son "héros" comme il l'a appelé lui-même, Andy Murray, dans un Centre Court acquis à la cause de l'Ecossais, mais bluffé par la démonstration d'un Canadien très inspiré (6-4, 6-2, 6-2). Avant de frapper encore plus fort face à Roberto Bautista Agut (6-1, 6-3, 7-5), pourtant demi-finaliste sur le gazon anglais en 2019.
"Je suis très heureux de mon jeu. Roberto est de toute évidence un joueur très difficile à manœuvrer. Le battre en trois sets secs dans un tournoi comme celui-ci, ça confirme le niveau de jeu développé contre Andy (Murray). Je sens que je m'améliore de match en match. Je savais que ça allait être un processus sur cette surface, pour arriver à y développer vraiment mon jeu. J'ai toujours aimé jouer sur gazon, il faut juste s'y sentir à l'aise", a témoigné l'intéressé.

Frais physiquement et prêts pour aller plus loin ?

La clé de ce retour soudain au premier plan - il s'agit de son deuxième quart de finale en Grand Chelem après l'US Open 2020 - est aussi à trouver du côté d'une fraîcheur physique et mentale retrouvée. "Nous avions décidé de faire l'impasse sur Roland-Garros pour que mon épaule soit rétablie, complètement guérie pour la saison sur gazon. Je pense que ça a été le bon choix. Je pense qu'avec les années, mon jeu s'est amélioré sur cette surface, et je suis heureux d'avoir été capable de rester patient", a encore rappelé Shapovalov. Sorti d'entrée sur la terre parisienne, Auger-Aliassime a eu aussi le temps de recharger les batteries.

Denis Shapovalov à Wimbledon en 2021

Crédit: Getty Images

Reste à savoir désormais jusqu'où les deux compères peuvent aller. Compte tenu de ses deux dernières démonstrations, Shapovalov aborde son quart avec l'étiquette logique de favori contre Karen Khachanov qui a dû puiser pour battre Sebastian Korda au terme d'un match fou (3-6, 6-4, 6-3, 5-7, 10-8). Pas attendu en début de tournoi, il ne pouvait que surprendre agréablement. Le voici désormais dans la position moins confortable d'espérer ne pas (se) décevoir.
Comme un chien fou, le gaucher sait que son jeu aussi spectaculaire que risqué peut à tout moment basculer du mauvais côté. Tennistiquement, il est pourtant peut-être le seul à pouvoir inquiéter Novak Djokovic dans la partie haute du tableau, s'il se met dans la tête qu'il n'a rien à perdre lors d'une éventuelle demi-finale. Mais encore faut-il y être… Pour Auger-Aliassime, l'équation est en revanche bien différente : il sera incontestablement l'outsider face à Matteo Berrettini, vainqueur au Queen's et quart-de-finaliste à Roland-Garros, ce qui pourrait le libérer.
Une autre donnée est susceptible de compliquer le problème : l'Italien est l'un des meilleurs amis du Canadien sur le circuit, ils ont d'ailleurs regardé ensemble le quart de finale de l'Euro entre l'Italie et la Belgique la semaine dernière. Si "FAA" affirme "savoir faire la part des choses", il lui faudra se montrer tueur sur le court si l'occasion se présente. En sera-t-il capable lui qui tremble parfois dans les moments chauds ? Une chose est sûre : le Canada a de beaux jours tennistiques devant lui avec ces deux-là.
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