Après nous avoir peut-être servi à Roland-Garros la finale la plus improbable de l'histoire du tournoi, le tennis féminin a décidé à Wimbledon de tempérer quelque peu ses effets de surprise. La finale opposera la joueuse que l'on attendait tous, Ashleigh Barty, à celle que l'on n'attendait plus, Karolina Pliskova, qui n'avait plus atteint la moindre deuxième semaine en Grand Chelem depuis l'US Open 2019.
Aucune des deux joueuses n'avaient jusqu'à présent fait mieux qu'un huitième de finale dans le Temple. Et l'on se demande d'ailleurs bien pourquoi, tant l'une et l'autre, chacune dans son style, a les armes pour briller sur gazon. Surtout Barty, gagnante du tournoi juniors en 2011, dont le gazon semble couler dans les veines, ne serait-ce que par sa nationalité australienne.
Une nationalité qu'elle revendique jusqu'au bout des ongles ici, au point d'arborer sur ce tournoi une robe rétro à liseré fleuri en hommage à l'une des plus grandes inspiratrices de sa carrière, sa compatriote Evonne Goolagong (descendante aborigène comme elle), dont on fête cette année les 50 ans du premier sacre à Wimbledon en 1971, et dont on fêtera aussi les 70 ans à la fin du mois.
Wimbledon
Deux matches sous investigation pour d'éventuels paris suspects
14/07/2021 À 14:40

L'Australienne Evonne Goolagong, grande inspiratrice de la carrière d'Ashleigh Barty.

Crédit: Eurosport

Barty, un (rare) moment d'exaltation

Mais pour "Ash'", les choses ne s'étaient jamais très bien goupillées à Londres. Où une défaite, plus que les autres, lui était restée en travers du gosier : celle que lui avait infligée en 2019, en huitièmes, l'Américaine Alison Riske, alors qu'elle venait de triompher à Roland-Garros puis de s'imposer à Birmingham, sur gazon.
Aussi, quand elle a vu ce dernier revers d'Angelique Kerber s'écraser dans le filet, au terme d'une demi-finale de haute volée, jeudi, celle qui occupe la place de N.1 mondiale depuis maintenant 83 semaines (soit le 9eme meilleur total de l'histoire, tout de même...) a ressenti une émotion particulière, "un sentiment vraiment incroyable, un mélange de soulagement et de pure excitation", comme elle l'a confié ensuite à la presse.

Ashleigh Barty lors de la demi-finale de Wimbledon 2021 contre Angélique Kerber, le 8 juillet 2021

Crédit: Getty Images

Un rare moment d'exaltation pour une jeune femme qui a l'habitude de faire preuve de beaucoup de tempérance et de modération en toutes circonstances, dans ses actes comme dans ses propos. C'est d'ailleurs l'une de ses plus grandes forces, lui conférant un détachement assez extraordinaire sur le terrain, qui lui permet de garder la tête plus froide que ses rivales dans les moments les plus chauds. Comme elle se le répète à l'envi, y compris durant une demi-finale de Wimbledon : tout cela n'est qu'un match de tennis...
Mais Ashleigh Barty avait bien raison de goûter à sa joie : meurtrie par son abandon récent dès le 2e tour de Roland-Garros, en raison de douleurs à la hanche, elle a repris comme si de rien n'était le fil de son hégémonie (certes relative) exercée sur le circuit depuis plusieurs mois, que ce soit sur dur, sur terre battue ou désormais sur gazon. Une hégémonie qui mérite incontestablement un deuxième sacre en Grand Chelem.

Pliskova, l'impatience devenue persévérante

Une adversaire la sépare encore de ce bonheur suprême : Karolina Pliskova, qui, comme elle, jouera sa deuxième finale en Grand Chelem. A la différence près qu'elle avait perdu la première, en 2016, face à Angelique Kerber (le monde est petit). On notera qu'à l'époque, l'Allemande était, grâce à ce succès américain, passée n°1 mondiale, comme l'est Barty aujourd'hui. On en connaît qui ont hérité d'adversaires plus "faciles" dans ces matches au sommet.
Mais voilà qui ne gâchera certainement pas la fête de la joueuse tchèque, déjà toute heureuse de se retrouver à un niveau de la compétition où elle s'attendait encore moins à figurer que les observateurs. "Je n'ai jamais envisagé d'arriver en finale ici, le rêve pour moi avant le tournoi était simplement d'atteindre la deuxième semaine, ce que je n'avais pas fait depuis longtemps !", s'amusait, sans aucune fausse modestie, celle qui avait quitté le top 10 juste avant Wimbledon, pour la première fois depuis cinq ans.

Karolina Pliskova lors de sa demi-finale de Wimbledon face à Aryna Sabalenka.

Crédit: Getty Images

Même avant sa demi-finale face à Sabalenka, la joueuse de 29 ans semblait ne pas réellement croire en ses chances. Heureusement, celui qui l'entraîne depuis le début de l'année, Sascha Bajin, l'a fait pour elle. "Sascha était super confiant pour moi, il n'arrêtait pas de me dire que j'allais me qualifier pour la finale. Moi, je ne le crois toujours qu'à moitié !", confie encore celle qui, mine de rien, révèle un peu ici les raisons pour lesquelles elle n'a pas tout à fait un palmarès (encore que celui-ci est très respectable) à la hauteur de son coup de raquette. Elle est en tout cas, avec Dinara Safina et Jelena Jankovic, la seule ancienne N°1 mondiale à n'avoir pas gagné de titre du Grand Chelem. Pas encore, du moins...
Bajin, c'est peut-être – outre son service... - l'arme maîtresse de Pliskova aujourd'hui. L'Allemand, qui s'est d'abord fait connaître en étant le sparring-partner de longue date de Serena Williams, puis de Victoria Azarenka, est devenu le coach le plus "bankable" du tennis féminin en emmenant Naomi Osaka au sommet, en 2018. Partout où il passe, dit-on, ses joueuses gagnent. On ne connaît pas précisément ses méthodes. Mais visiblement, elles marchent.

Sascha Bajin à Melbourne en 2019

Crédit: Getty Images

Voilà d'ailleurs plusieurs semaines que Pliskova trouvait qu'elle jouait plutôt bien à l'entraînement, sans que ça ne soit suivi d'effet en compétition, hormis cette récente finale à Rome soldée par une horrible défaite 6-0, 6-0 face à Iga Swiatek. Dont acte.
Mais les dernières pièces du puzzle se sont mises en place à Wimbledon, peut-être aussi avec l'aide d'un tableau dégagé par les défaites précoces, dans sa partie de tableau, de Sofia Kenin (N.4), Petra Kvitova (N.10) ou encore Madison Keys (N.23). Ce qui lui a permis d'arriver dans le dernier carré sans avoir croisé de tête de série. Et sans perdre un set, aussi.
Les choses se sont ensuite corsées, puisqu'après la tête de série N.2 en demi-finales, voici donc la tête de série N.1 qui se présente à elle. Ashleigh Barty et Karolina Pliskova se sont déjà joué six fois, avec un avantage de 4-2 pour l'Australienne. Mais Pliskova note qu'elle a remporté leur seule confrontation sur gazon, à Nottingham en 2016. Et qu'elle est passée tout près lors de la dernière, cette année à Stuttgart.
En clair, elle fait preuve d'un optimisme assez nouveau, tout comme elle a su faire preuve, face à Sabalenka, d'une patience à l'échange qu'on ne lui connaissait pas forcément – ce qu'elle a d'ailleurs concédé en souriant. Mais, après cinq ans sans goûter à l'ivresse des sommets, la compatriote d'une certaine Barbora Krejcikova a eu tout loisir d'apprendre les vertus de la persévérance. Face à la maîtresse du tennis mondial, elle-même référence de la patience à l'échange, ça ne sera pas du luxe...

Le parcours d'Ashleigh Barty

1er tour : bat Suarez Navarro (ESP) 6-1, 6-7(1), 6-1 en 1h44
2e tour : bat Blinkova (RUS) 6-4, 6-3 en 1h30
3e tour : bat Siniakova (RTC) 6-3, 7-5 en 1h37
8e de finale : bat Krejcikova (RTC/N.14) 7-5, 6-3 en 1h35
1/4 de finale : bat Tomljanovic (AUS) 6-1, 6-3 en 1h06
½ finale : bat Kerber (ALL/N.25) 6-3, 7-6(3) en 1h27

Le parcours de Karolina Pliskova

1er tour : bat Zidansek (SLO) 7-5, 6-4 en 1h17
2e tour : bat Vekic (CRO) 6-2, 6-2 en 1h06
3e tour : bat Martincova (RTC) 6-3, 6-3 en 1h38
8e de finale : bat Samsonova (RUS) 6-2, 6-3 en 1h15
¼ de finale : bat Golubic (SUI) 6-2, 6-2 en 1h21
½ finale : bat Sabalenka (BLR/N.2) 5-7, 6-4, 6-4 en 1h53
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