Vous êtes sans doute passés à côté de ce match et personne ne vous en voudra. Roland-Garros battait son plein, abordant sa deuxième semaine. Le monde du tennis était trop occupé à savoir à quelle heure et sur quelle chaîne sera programmé le blockbuster entre Rafael Nadal et Novak Djokovic en quart de finale sur le Chatrier. Alors qui se préoccupait de Tim van Rijthoven ? Au même moment, le Néerlandais s'apprêtait à lancer sa saison sur gazon au challenger de Surbiton, en Angleterre. Au premier tour des qualifications, il allait s'incliner face au Finlandais Otto Virtanen, 375e mondial.
C'était il y a un mois mais cela doit sembler bien loin au protégé d'Igor Sijsling, son coach depuis six mois, qui était encore joueur lui-même pas plus tard que l'an dernier. Depuis, Van Rijthoven a remporté le tournoi de s'Hertogenbosch, où il avait bénéficié d'une wild-card. Pas un titre au rabais. En chemin, il a notamment battu Taylor Fritz, Hugo Gaston, Félix Auger-Aliassime et Daniil Medvedev. Cela n'aurait pu être qu'un conte de fées d'une semaine, mais pour ses premiers pas dans un grand tableau de Grand Chelem, le voilà en huitièmes de finale à Wimbledon. Surréaliste.
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"C'est très difficile à expliquer, convient son entraîneur dans le New York Times. Quand il est arrivé ici, il ouvrait des yeux grands comme ça, mais depuis, il se comporte comme si ça faisait dix ans qu'il jouait Wimbledon." En trois tours, il a collé trois sets à Delbonis et Basilashvili et a pris le dessus en quatre manches sur Reilly Opelka dans un duel de (gros) serveurs au deuxième tour. Quelque chose s'est incontestablement débloqué chez ce garçon de 25 ans, dont la brusque émergence n'est pas sans rappeler celle d'un Aslan Karatsev en Australie début 2021. Le Russe avait le même âge et galérait lui aussi depuis des années en challengers.
J'étais obsédé par ce que les gens pensaient de moi
Si Tim van Rijthoven éclot de la sorte en ce milieu d'année 2022, ce n'est pas tant parce qu'il s'est transformé en tant que joueur que pour avoir su laisser derrière lui tout ce qui le freinait jusqu'alors. Le corps, d'abord. Le Batave a quelques circonstances atténuantes. Il a enchaîné les pépins sérieux ces dernières années. Il a commencé dès 18 ans avec une blessure à l'aine. Puis une autre au poignet. Une très sérieuse au coude, sous la forme d'une tendinite tenace ("Il a fallu neuf mois pour régler le problème", précise-t-il), des spasmes au dos et enfin une thrombose dans le bras droit, qui engourdissait ses doigts et l'a contraint à passer sur le billard pour s'occuper de ses artères.
Mais ce grand gaillard (1,88 m, 95 kilos) l'avoue, son plus gros problème ne résidait pas dans ces maux-là, mais un peu plus haut, dans la tête. Convaincu, à juste titre, de posséder les armes pour se frayer a minima un chemin sur le circuit principal, il a longtemps traîné une capacité fascinante à l'autodestruction. La moindre faute le rendait fou et il pouvait sortir de ses matches et dégoupiller à tout moment. "J'étais obsédé par ce que les gens pensaient de moi, j'étais persuadé que tout le monde croyait que j'étais nul", explique-t-il.

Tim van Rijthoven après sa qualification pour les huitièmes de finale de Wimbledon.

Crédit: Getty Images

Heureusement pour lui, Van Rijthoven a passé le cap de l'immaturité. "J'ai décidé d'accepter mes erreurs, de grandir, de devenir un adulte, poursuit le Néerlandais qui n'avait jamais gagné un match sur le circuit avant de flamber cet été sur herbe. Je me suis dit que j'allais arrêter d'être toujours négatif. Mais ça ne s'est pas fait en un jour. C'est quelque chose qu'il faut travailler sur le long terme et en permanence."

Djokovic : "C'est un joueur complet"

Septième joueur à rallier le stade des huitièmes de finale pour une première participation à un Majeur depuis 2000 chez les hommes, il profite à fond de sa douce euphorie verte. "Évidemment, c'est un très gros gain de confiance pour moi de gagner tous ces matches, confirme-t-il. Puis le gazon me convient vraiment, il est parfait pour mon jeu. Je suis juste heureux d'être à l'endroit où je suis en ce moment. J'espère y rester pour de nombreuses années. Je n'aurais jamais cru que je commencerais avec une série de huit victoires consécutives sur le circuit. Je surfe sur la vague en ce moment, on verra bien où elle s'arrêtera."
Si le réveil sonne pour le sortir de son rêve, elle devrait s'arrêter dimanche, face à Novak Djokovic. Tête de série numéro un et triple tenant du titre, le Serbe est le taulier du All England Club. Le voir perdre contre Tim van Rijthoven aurait quelque chose d'extravagant. "Avant le début du tournoi, c'était un rêve pour moi de l'affronter, sourit la révélation du moment. Alors, pouvoir avoir cette chance et peut-être même jouer sur le Centre Court ou le Court 1, c'est magnifique et magique."
Djokovic, lui, se montre à la fois prudent et élogieux : "Gros service, revers à une main efficace, un slice qu'il utilise intelligemment. C'est un joueur complet, qui a des armes. Il peut frapper fort, finir vite les échanges mais aussi tenir un rallye ou venir au filet." Rien que d'entendre ces mots sortir de la bouche du "Djoker", Van Rijthoven doit probablement se pincer. Il fait en tout cas une promesse : ne pas être spectateur de cet événement. "Quand je rentre le court, j'essaie toujours de penser que je suis le meilleur des deux joueurs. Même si ce n'est pas forcément vrai..."

La stat délirante qui éclaire le phénomène van Rijthoven

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