Phénomène de l'année 2022 et même plus globalement de l'année écoulée, Carlos Alcaraz, une fois n'est pas coutume, avait débarqué un peu en catimini sur ce Wimbledon. La faute à une petite douleur au coude à cause de laquelle il avait préféré limiter sa saison sur gazon à la portion congrue, déclarant forfait au Queen's et se contentant de deux petits matches exhibitions perdus à Hurlingham face à Frances Tiafoe et Casper Ruud. Pas de quoi pavoiser ni, malgré son statut de tête de série n°5, le considérer comme un favori dans un Grand Chelem qu'il ne dispute que pour la deuxième fois (battu au 2e tour par Medvedev l'an passé). A peine un trouble-fête, ou une curiosité.
Que Carlos nous pardonne cette offense : c'était sans compter son incroyable force de rebond et cette fascinante capacité qu'ont les (graines de) grands champions à s'adapter à tout, à en apprendre tous les jours et à toujours sortir le meilleur d'eux-mêmes dans les situations les plus tendues. Dans le cas d'Alcaraz, on pense à ce point génial, cette défense subtile ponctuée d'un improbable petit passing de revers glissé à une main, alors qu'il était mené 2 sets à 1, 2 points à 0 dans le tie-break du 4e set au 1er tour par Jan-Lennard Struff :
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S'il avait perdu ce point, comme sans doute 95% des joueurs du circuit, il y a fort à parier qu'Alcaraz aurait aussi perdu le match et nul n'aurait crié au scandale : se "fader" Struff au 1er tour de Wimbledon, surtout dans le contexte que l'on a dépeint au début - sans parler du contexte global de ce Grand Chelem dénué de Russes, de Biélorusses et de points ATP - , c'était tout sauf un cadeau. C'était même le traquenard parfait.

Un test d'entrée, puis il a mis le turbo

Mais parce qu'il n'est pas fait d'une essence ordinaire, Alcaraz s'en est sorti (4-6, 7-5, 4-6, 7-6, 6-4). Et depuis, il a repris son entreprise de démolition massive entrevue cette année au gré des tournois qu'il a gagnés à Rio de Janeiro, Miami, Barcelone et Madrid : trois petits sets face à Tallon Griekspoor (6-4 7-6(0) 6-3) et trois petits sets, plus magistraux encore (6-3, 6-1, 6-2 en à peine 1h30) face à Oscar Otte (tête de série n°32), pourtant pas un perdreau de l'année sur gazon après ses demi-finales à Stuttgart et Halle. Le tout en commettant seulement huit fautes directes et en réalisant au passage ce joli geste de fair-play :
"J'ai joué de manière incroyable, c'était clairement le meilleur match de ma vie sur gazon", se réjouissait le Murcien, qu'on ne peut pourtant pas taxer de joueur auto-satisfait. Avec tout ça, Carlos Alcaraz est devenu mine de rien, à 19 ans et 66 jours, le plus jeune joueur à atteindre les huitièmes de finale à Wimbledon depuis Bernard Tomic en 2011 (quart de finaliste à 18 ans et 255 jours). Et comme en général, ses plus belles références nous ramènent à Rafael Nadal, voilà une performance que son prestigieux aîné n'avait pas réalisée : Nadal n'a en effet jamais atteint la deuxième semaine à Londres avant ses 20 ans (Boris Becker étant le dernier "teenager" vainqueur à Londres en 1986).
De là à dire qu'Alcaraz est, comme Nadal, un potentiel (double) vainqueur de Wimbledon, il y a un pas que l'on ne franchira pas encore. Mais qu'on est bien tenté de commencer à amorcer. Parfois considéré, après son quart de finale à l'US Open l'an dernier, comme un Espagnol plus à l'aise sur dur, il a montré ensuite sur terre battue que son tennis de déménageur y était tout aussi meurtrier. Subsistaient alors quelques doutes sur gazon. Il est en train de les balayer aussi, avec tout autant de maestria.
A chaque match, à chaque entraînement, j'apprends comment mieux jouer et mieux bouger sur gazon
Quand on lui demande le secret qui lui a permis de se muer en quelques jours quasiment en spécialiste de la discipline, le protégé de Juan Carlos Ferrero (quart de finaliste à Wimbledon en 2007 et 2009) sourit et répond simplement : "Wimbledon vous donne une énergie spéciale et j'essaie de m'améliorer sans cesse. Tous les jours qui passent, à chaque match comme à chaque entraînement, j'apprends comment mieux jouer et mieux bouger sur herbe. Sur gazon, il faut être plus agressif qu'ailleurs, monter au filet, ne surtout pas laisser l'adversaire dicter le jeu. C'est ce que j'essaierai de faire au prochain jour."
Il le faudra car l'attend ce dimanche un gros client de sa génération : Jannik Sinner (20 ans), qu'on pourrait ranger dans la même catégorie des apprentis herbivores particulièrement studieux puisqu'il n'avait jamais gagné un match sur gazon jusque-là et se retrouve cette année en huitième de finale à Wimbledon. Et ce au terme d'une première semaine "costaude", marquée par des succès face à notamment Stan Wawrinka et John Isner.

Carlos Alcaraz et Jannik Sinner vont se retrouver en huitièmes de finale à Wimbledon ce dimanche.

Crédit: Eurosport

Un match qui fleure bon le tennis de demain mais dont le vainqueur devra possiblement affronter ce qui se fait de mieux, du moins sur gazon, dans le tennis d'aujourd'hui : Novak Djokovic, pour peu que ce dernier se débarrasse du surprenant Tim Van Rijthoven. Evidemment, quand on a devant soi un éventuel enchaînement Sinner-Djokovic (sans parler encore du reste), le moment n'est pas venu de voir trop loin. Mais la réciproque est vraie aussi : quand on croise la route de Carlos Alcaraz, même sur gazon désormais, impossible de tirer des plans sur la comète. Mieux vaut plutôt déclencher l'alerte rouge.
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