17 - 0, série en cours. Voilà le bilan (victoires - défaites) en Majeurs de Rafael Nadal en 2022. A l'instar de son grand rival Novak Djokovic l'an dernier, le Majorquin est plus que jamais en course pour un exploit qui n'a plus été réalisé depuis Rod Laver en 1969 : le Grand Chelem calendaire. Pour la première fois de sa carrière à 36 ans, et alors que son corps continue de lui jouer des tours, il a coché les deux premières étapes à Melbourne puis à Paris, et pour la troisième à Londres, il a fait la moitié du chemin, ou presque. Et paradoxalement peut-être pas la moins compliquée.
N'y voyez pas là une provocation. Il est évident que plus les tours passent dans les tournois (en Challenger comme en Grand Chelem), plus le niveau et la difficulté augmentent. C'est vrai pour Rafael Nadal comme pour tous les joueurs du circuit. Mais le Majorquin a un rapport particulier au gazon, une relation paradoxale entre un amour profond - il rêvait de gagner Wimbledon plus que tout étant petit - et une appréhension certaine.
Tennis
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"Pas du bon Nadal, mais fallait-il s'attendre à mieux après 3 ans d'absence à Londres ?"

Un gazon redouté... quand il n'est pas usé

Pourquoi ? Parce que Nadal sait qu'il est vulnérable sur un gazon frais où il ne peut pas ancrer ses puissants appuis comme il le voudrait, et sur lequel les balles fusent. A cinq reprises, il s'était ainsi fait prendre au piège de la première semaine au All England Club (2003, 2005, 2012, 2013 et 2015). Ajoutez à cela le fait qu'il n'avait plus mis les pieds sur le tapis vert depuis trois ans et on comprend la vigilance de l'intéressé. Mais après deux tours hésitants - lors desquels il était tentant de tirer des conclusions alarmistes -, l'Espagnol a trouvé son rythme (et quel rythme !) contre Lorenzo Sonego au 3e tour.
Sept jeux lâchés (6-1, 6-2, 6-4) pour une performance quasi-parfaite et au caractère expéditif qui semble valider la thèse d'une montée en puissance. "Ça a été mon meilleur match, sans aucun doute, depuis le début du tournoi. J'ai fait bien mieux les choses que lors des tours précédents et j'en suis très heureux. J'ai progressé dans beaucoup de secteurs : la détermination, la manière dont je suis parvenu à être plus agressif en venant au filet à de nombreuses reprises. C'est une bonne victoire contre un super joueur", a d'ailleurs détaillé le Majorquin.

Kyrgios excepté, son tableau s'est (considérablement) dégagé

En béquilles à la sortie de Roland-Garros avant un nouveau traitement pour apaiser ses douleurs lancinantes au pied gauche, Nadal vole désormais sur le court. Il a d'ailleurs demandé à ce que la question ne soit plus évoquée en conférence de presse, tant le sujet ne semble plus l'inquiéter. Et le miracle permanent de cette saison 2022 pour lui se poursuit donc avec un tableau qui s'est en plus considérablement ouvert depuis le tirage au sort. Voyez plutôt ce à quoi le Majorquin pouvait logiquement s'attendre au début de la quinzaine :
  • Huitième de finale théorique face à Marin Cilic, finaliste en 2017
  • Quart de finale théorique face à Félix Auger-Aliassime, quart-de-finaliste l'an dernier et qui l'avait accroché sérieusement à Roland-Garros
  • Demi-finale théorique face à Matteo Berrettini, finaliste l'an dernier et vainqueur de 20 de ses 21 derniers matches sur gazon
  • Finale théorique face à Novak Djokovic, triple tenant du titre et six fois champion
Dans cette projection, il n'y a plus qu'une étape encore potentiellement d'actualité : la dernière. Et si elle a effectivement lieu, elle sera peut-être alors le défi le plus difficile à relever. Mais en attendant, la route vers une 6e finale à Wimbledon ressemble de plus en plus à une autoroute. Comme si les dieux du tennis étaient intervenus pour dégager l'horizon de Nadal, Berrettini et Cilic ont déclaré forfait à cause du Covid, et Auger-Aliassime s'est fait surprendre dès le 1er tour.
Parmi les candidats encore en lice pour le faire tomber, un seul, Nick Kyrgios, a atteint un quart de finale au All England Club en 2014. Alex de Minaur, Brandon Nakashima, Jason Kubler, Taylor Fritz et Botic van de Zandschulp, le prochain adversaire de Nadal (que ce dernier a déjà battu à Roland-Garros), découvrent même la seconde semaine sur le gazon londonien, Cristian Garin ayant été en 8e de finale l'an dernier. Au niveau de l'expérience, l'ascendant du Majorquin est donc immense.

Plus de 50 % de finales quand il joue la seconde semaine

Certes, la perspective de retrouver potentiellement en demi-finale un Nick Kyrgios en pleine confiance peut représenter une menace. L'Australien lui avait d'ailleurs barré la route à Wimbledon il y a huit ans en huitième de finale. Mais plus le tournoi avance, plus les conditions de jeu conviennent au Majorquin. Déjà usé prématurément par les entraînements autorisés dessus pour la première fois avant le début de la compétition, le gazon du Centre Court est de plus en plus terreux au niveau de la ligne de fond. Les courses défensives et les reprises d'appuis en sont facilitées et les balles rebondissent davantage, rendant le lift nadalien plus efficace.
Nadal peut alors y exprimer la plénitude de son tennis. Et les chiffres ne disent pas autre chose : sur ses 9 précédentes présences en seconde semaine, le Majorquin a atteint à sept reprises le dernier carré dont cinq finales. Statistiquement, quand il s'est retrouvé dans cette situation, il a donc ferraillé le dernier dimanche plus d'une fois sur deux. Avec la confiance qui l'anime en ce moment, on peut d'ailleurs estimer que ses chances sont encore plus grandes. Mais toutes ces considérations, aussi objectives soient-elles, ne devraient pas faire tourner la tête du principal intéressé.
"Van de Zandschulp s'est amélioré de manière incroyable sur l'année écoulée. C'était un bon défi à Roland-Garros et ce le sera davantage ici. C'est un joueur complet qui fait plein de choses bien sur le court. Pour le battre, je devrai rester dans la dynamique de mon match d'aujourd'hui (samedi contre Sonego, NDLR) avec une bonne énergie. C'est un adversaire difficile et c'est normal en huitième de finale", a-t-il d'ailleurs considéré avant de lancer sa seconde semaine. A 36 ans, on ne change pas les rayures du zèbre. Et c'est sans doute d'ailleurs pour cela que le Grand Chelem est encore "un objectif réaliste", comme dirait Carlos Moya.
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