85 minutes. Six jeux perdus. 50 coups gagnants. 10 fautes directes. 24 aces. 93% de réussite derrière sa première balle. 65% sur la seconde. Si la perfection n'est pas de ce monde, Nick Kyrgios s'en est approché autant que possible jeudi. Laminé 6-2, 6-3, 6-1, Filip Krajinovic, pourtant finaliste au Queen's voilà deux semaines, a été réduit au rang de sparring-partner sur le court numéro 2.
Le potentiel de Kyrgios est bien documenté, et ce depuis longtemps, mais ce match est sans doute un des plus aboutis de sa carrière en Grand Chelem. "Je voulais juste rappeler à tout le monde que je suis plutôt bon", a lancé dans la foulée l'Australien lors de son interview sur le court. Plutôt, oui, sur ce match-ci en tout cas.
"Je joue vraiment bien au tennis depuis un mois, a-t-il ensuite rappelé. Aujourd'hui, j'étais dans la zone, mon langage corporel était super. J'ai coché ce tournoi dans mon calendrier. Je me suis vraiment préparé. C'est ma meilleure chance de gagner un Grand Chelem." Tout de suite, les grands mots. Ce Kyrgios-là peut faire du dégât, à peu près contre n'importe qui. Surtout ici, sur ce gazon qui lui sied bien, malgré ses réprimandes quant à la lenteur de la surface.
Wimbledon
A Wimbledon, les joueuses pourront porter des sous-shorts sombres dès 2023
17/11/2022 À 19:11

La question qui fâche : le coaching doit-il vraiment être instauré sur le circuit ATP ?

Jekyll and Hyde

Le problème, son problème, c'est que pour remporter un tournoi du Grand Chelem, il faut être capable de constante constance plus encore que de fulgurance. Si Nick Kyrgios parvient à dupliquer tour après tour sa performance du jour contre Krajinovic, alors il faudra le considérer comme un candidat à la victoire finale. Mais c'est un énorme "si" pour un joueur qui avait disputé son premier quart de finale en Grand Chelem ici-même, à 19 ans, en 2014, puis un second six mois plus tard à Melbourne, mais n'a plus jamais atteint ce stade depuis. Mais après tout, il suffit d'une fois. D'une quinzaine.
Sur le cas Kyrgios, Mats Wilander compte parmi les croyants. "Ce que j'en pense ? Je suis heureux de le voir ici, heureux qu'il gagne des matches en Grand Chelem, en trois sets gagnants, qu'il soit motivé et qu'il joue vraiment, résume sur Eurosport notre consultant. Je prends du plaisir à le voir jouer comme ça. Quand il est impliqué, il est un des meilleurs du monde et je crois que le meilleur est peut-être encore à venir avec lui. Je pense qu'il a toujours une chance de gagner un Grand Chelem, surtout ici, sur gazon, à Wimbledon."
Il est si concerné qu'il a même pris soin de renoncer à la suite du tournoi de double avec son pote Thanasi Kokkinakis afin de se consacrer au simple. Le Jekyll and Hyde du tennis mondial a encore affiché ses différents visages dans ce tout début de quinzaine. Brillantissime jeudi, il avait dû batailler cinq sets au premier tour face au Britannique Paul Jubb. Une rencontre au cours de laquelle il s'était pris le bec avec un juge de ligne comme avec le public local, allant jusqu'à cracher en direction d'un spectateur juste après la rencontre. "Je dois faire avec la haine et la négativité de beaucoup de gens depuis très longtemps", s'est ensuite justifié Nick Kyrgios, très critiqué de l'autre côté de la Manche après cet épisode.

Nick Kyrgios à Wimbledon

Crédit: Imago

J'ai toujours l'impression de devoir prouver quelque chose
"Ce n'est pas un méchant, tempère pourtant Mats Wilander. Pas du tout. Il est juste comme ça. Certains joueurs sont nerveux, certains s'agacent. Je ne suis pas à sa place, je ne sais pas ce qu'il se passe à l'intérieur, mais il est motivé, impliqué, il a envie de gagner. C'est pour ça qu'il réagit parfois de façon excessive émotionnellement. Mais il est super à voir jouer et il ne laisse jamais le public indifférent."
Et maintenant ? "Je prends vraiment match par match, parce que j'ai un tableau incroyablement difficile devant moi", juge Kyrgios. Avec Stefanos Tsitsipas à l'horizon en 16es de finale samedi, selon toute vraisemblance sur le Centre Court, la suite ne s'annonce effectivement pas beaucoup plus simple. Ce match a tout pour constituer le grand moment de cette première semaine. Le Grec, convaincant depuis le début du tournoi, reste également sur un titre à Majorque. Mais il avait été battu par Nick Kyrgios à Halle. Alors...
"Qui ne connaît pas Nick Kyrgios ?, a souri Tsitsipas après avoir expédié Jordan Thompson en trois manches. C'est bien de le voir comme ça, on sait tous que c'est un des joueurs les plus dangereux quand il est à son top. Je ne m'attends vraiment pas à un match facile." Kyrgios, lui, va devoir prouver, encore. Tant mieux. Cela le maintient en éveil. Même si cela l'agace par moments : "J'ai toujours l'impression de devoir prouver quelque chose. Vous savez, j'ai l'impression que, parfois, on ne me respecte pas." Samedi, il devra donc encore rappeler qu'il est "plutôt bon."

Passings fous et victoire de Kyrgios sur Tsitsipas : les temps-forts du spectacle

Wimbledon
La fin du blanc intégral à Wimbledon ? Le tournoi et la WTA en discutent
08/11/2022 À 17:52
Wimbledon
De Groot : "Je n'avais pas imaginé que le tennis fauteuil changerait autant"
14/07/2022 À 12:35