Antoine, est-ce qu'on se rend compte des émotions que l'on procure aux gens quand on remporte une médaille d'or ?
Antoine Brizard : En fait non. Il y a notre compétition à nous, on est vraiment dans notre bulle. Ce n'est pas qu'une expression de dire ça, c'est vrai. On a du mal à se rendre compte surtout sans public. Il y a notre cercle de proche, familial, amical, mais ce sont des gens qui suivent tous nos matches, en club, peu importe la compétition. Ça, on a l'habitude de vibrer avec eux, on a l'habitude de voir leurs réactions. Ce sont des gens avec qui on parle tout le temps. Donc on se rend compte de l'émotion qu'on procure.
Mais c'est vrai que l'émotion du grand public, de vous, des volleyeurs en général, autant je ne suis pas un fan des réseaux sociaux mais là, j'étais content que ça existe, qu'on puisse voir les réactions des gens, les 'stories' des gens qui se filmaient en train de regarder la balle de match.
Volleyball
Antoine Brizard : "L'objectif, c'était de sortir de la poule et on finit champion olympique"
20/10/2021 À 20:40
Revenons sur ta deuxième main à 13-12 dans le tie-break du dernier set en finale des JO. Qu'est ce qui te passe par la tête à ce moment-là ?
A.B. : C'est vraiment ça, ça me passe par la tête ! Je n'y ai même pas pensé, normalement c'est un de mes choix, je me dis, je suis devant, c'est une possibilité, si la réception est parfaite, je sais que je peux la faire. Là, la réception est compliquée, elle est parfaite mais elle est très haute, elle tourne beaucoup, donc ce ne sont pas les conditions parfaites pour le faire à ce moment-là et puis le moment est compliqué quand même. Je pense que si je la rate, Earvin (Ngapeth) me coupe la tête !

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Comment as-tu géré mentalement et émotionnellement ce titre ?
A.B. : En termes de charge émotionnelle, c'est très fort. Cela étant, on l'a dit, on l'a répété, on a gagné en équipe, et c'est vrai. On a gagné parce qu'on donnait tout pour le mec d'à côté. Et c'est ce que j'ai dit après les Jeux, ce ne sont sûrement pas les meilleurs joueurs individuellement qui ont gagné, même si évidemment quand tu gagnes les Jeux c'est avec des très bons joueurs, mais c'est la meilleure équipe, le meilleur collectif. Parce qu'on ne se rend pas compte, quand on ne voit que les matches, on ne sait pas ce qui se passe en dehors, que Daryl (Bultor) qui a joué un point ou deux pendant les JO, il est super important et je le pense sincèrement. Ce qu'il fait dans l'équipe, c'est super fort donc c'est un exemple de parler de lui parce que tout le monde à un petit peu plus joué que lui.
Du premier mec qui est sur le terrain au dernier mec du banc, on sait qu'on est tous ensemble. Quand tu vois les mecs du banc qui sont debout… les arbitres passent leur temps à nous dire de nous rasseoir. On vit le match autant que si on était sur le terrain, voire plus. On a envie d'aider comme on peut les mecs qui sont sur le terrain. Ce sont des frères, en étant avec eux je me sens fort. J'ai confiance en eux. La pression, elle disparait.

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Le volley n'est pas très culturel en France comme cela peut être le cas ailleurs. Penses-tu que cela puisse changer ? Doit-on miser sur des résultats constants avec l'équipe de France ?
A.B. : On souffre de la réussite des autres sports collectifs. On vit dans un pays de sports co, c'est impressionnant mais du coup, ils ont mis la barre très, très haut. Une médaille d'or olympique, c'est fantastique. A l'échelle du volley français, c'est inimaginable mais à l'échelle du sport co français, ce n'est pas encore suffisant. C'est sûr que ça passe par des résultats. Après, le volley mondial est tellement dense que c'est dur. Mais on va tout faire pour. On nous a dit que la place du volley dans le paysage français passait par une médaille olympique. A voir maintenant si ça se produit vraiment. Nous, on a fait le job en tout cas.
Stéphane Antiga : "Le titre olympique t'aide-t-il à être plus serein, plus confiant ou au contraire te met-il plus sous pression sachant que naturellement les attentes seront plus élevées ?"
A.B. : Je vais vachement me mouiller en disant : "'un peu des deux !'' Mais ça penche plus du côté : "moins de pression''. Ça donne beaucoup de confiance. Les gens nous regardent d'un œil différent. On sent qu'on a quand même marqué le volley. Ça marque les esprits un titre olympique et ça donne une crédibilité qui pouvait me manquer à certains moments. Je voyais des passeurs faire leur place au niveau international et moi j'ai toujours été dans l'ombre de Totti (Benjamin Toniutti) en équipe nationale et je me disais : "Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ?'' C'était un peu frustrant. Sans dire que je suis le meilleur passeur du monde, mais il y a des mecs qui étaient titulaires dans leur équipe nationale et je me disais : "Mais ils n'ont rien, ce sont de bons joueurs, mais il n'y a rien de fou quoi.'' C'était frustrant dans un sens même si je comprenais tout à fait mon rôle en équipe de France. Mais maintenant, on est champions olympiques. Les gens se rendent compte de ce qu'on a fait, de ce qu'on vaut. Il y a ce côté où je peux me dire : "Ça, c'est fait.'' Quand je prendrai du recul sur ma carrière, ce titre restera tout le temps.
Quels sont tes objectifs pour cette saison ?
A.B. : Avec Piacenza, mon nouveau club, on est une équipe jeune. J'aimerais qu'on progresse le plus possible avant d'arriver en play-offs et si possible sans blessure, en étant le plus en forme possible et en jouant le mieux possible en équipe. Après, en play-offs, il peut tout se passer. Je pense qu'on a la possibilité de jouer une demi-finale. Ça va être très dur mais je pense qu'on peut le faire, on peut créer la surprise. Mais le championnat est très dense. J'ai envie qu'on soit une équipe chiante à jouer, que les grosses équipes n'aiment pas nous jouer.
Et concernant l'équipe de France, il ne manque qu'un titre à cette génération-là, c'est d'être championne du monde donc évidemment, faire une médaille au Mondial, ce serait fantastique. Le plus dur c'est de rester au top, on l'a vu à l'Euro. On doit assumer notre statut maintenant et on a évidemment envie de performer aux championnats du monde (26 août-11 septembre en Russie, ndlr).
L'intégralité de l'entretien avec Antoine Brizard est à retrouver ci-dessous en vidéo. Découvrez les questions de notre consultant Laurent Chambertin ainsi qu'une intervention de Stéphane Antiga. Ecoutez enfin son morceau favori avant de pénétrer sur les terrains de volleyball.

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