Park, au bout de la passion

Park, au bout de la passion

Park, au bout de la passion
Par Peugeot Sport

Le 18/09/2005 à 11:10Mis à jour

Le 7 septembre, Peugeot Sport avait réalisé une interview de Michael Park, disparu tragiquement dimanche. La passion du rallye accompagnait chacun des propos du Britannique, co-pilote de Markko Märtin. Voici la version telle que nous l'avions reçue.

Le Rallye de Grande Bretagne est pour vous une vieille connaissance ?

Michael Park : J'y ai assisté tout gamin, à l'époque où l'on l'appelait le RAC : il allait du Pays de Galles jusqu'en Ecosse et durait cinq jours. Nous dormions dans la voiture au milieu des forêts glaciales, mais le spectacle était fantastique, et m'a inoculé à jamais le virus du rallye. Je l'ai d'abord disputé en 94 avec David Higgins, puis régulièrement depuis 1997, dont les quatre dernières éditions avec Markko Martin.

Le format actuel est beaucoup plus compact aujourd'hui, n'est ce pas frustrant quand on a connu le grand RAC ?

M.P. : C'était une époque bien différente. J'ai travaillé un temps comme coordinateur pour plusieurs équipes, à sillonner le parcours pour trouver les meilleurs points d'assistance possibles, et à tracer des centaines de cartes : c'était à la fois plaisant et épuisant. On ne peut plus imaginer la même chose de nos jours, mais il est vrai qu'un parc d'assistance différent pour chaque étape permettrait de diversifier un peu plus le parcours. Heureusement, il y a toujours de très belles spéciales, très rapides, roulantes, et jamais cassantes. En outre, le format « moderne » rend l'épreuve beaucoup plus facile à préparer pour un coéquipier. Et comme j'habite près la forêt de Dean, non loin de la frontière galloise, je suis vite à pied d'oeuvre.

Depuis deux ans, l'épreuve se déroule en septembre : un gros changement ?

M.P. : Comme il n'a vraiment pas fait beau en 2004, on pourrait croire le contraire, mais cette année l'été a été très chaud et les pluies très rares. La météo devrait-être meilleure, ce qui ne peut que réjouir les spectateurs. C'est peut-être l'année ou jamais pour assister à un rallye de Grande Bretagne avec la surprise d'avoir à affronter la poussière ! Mais attention, tout peut changer si vite ici qu'on peut très bien retrouver la boue traditionnelle le jour du rallye. Autre avantage bénéfique pour tout le monde: les jours sont plus longs qu'en novembre, où la nuit tombe avant seize heures.

Quel type de voiture faut-il avoir pour être compétitif en Grande-Bretagne ?

M.P. : En cas de pluie et de boue, il faudra privilégier la motricité et la souplesse du moteur. Si c'est sec, une voiture compétitive sur terre roulante comme en Nouvelle-Zélande ou en Finlande le sera aussi dans les forêts galloises. Autant dire que cela nous conviendrait plutôt bien.

Un terrain sec pourrait-il pénaliser ceux qui ouvriront la route le vendredi ?

M.P. C'est probable, mais, à ce stade de la saison, les ténors du championnat, regroupés aux avant-postes, se retrouveront peu ou prou dans les mêmes conditions. En revanche, la situation pourrait être très délicate pour certains en cas de météo très changeante : si la conception des WRC modernes permet d'adapter les réglages, le choix des pneus resterait un gros problème. Il faut donner à la FIA, avant les reconnaissances, la liste des gommes qu'on utilisera en course. Si les prévisions des prochains jours sont incertaines, nous serons alors confrontés à un sacré casse-tête.

Citoyen britannique, vous êtes l'équipier d'un pilote estonien, comment faites-vous en sorte que tout se passe bien à bord ?

M.P. : Markko maîtrise désormais parfaitement les subtilités de l'Anglais : il parvient même à comprendre mes blagues ! Notre système de notes commun est aujourd'hui au point, avec une base britannique et de temps en temps quelques mots d'Estonien. Autre subtilité : Markko me demande de ne pas parler trop vite en annonçant les notes. Dans l'habitacle, cela donne un ton un peu monocorde, et lorsque je visionne des caméras embarquées, je n'aime pas cette impression de mollesse dans ma voix, ni cette sensation que la note arrive au dernier moment. Mais ça fonctionne pour mon pilote et c'est l'essentiel !

Markko donne lui-même l'impression d'une grande nonchalance...

M.P. : Il est tellement calme et posé dans la vie de tous les jours qu'on se demande d'où lui vient cette passion de la compétition. En pleine attaque, il n'a jamais l'air de forcer : il pilote avec une grande économie de gestes et fait très peu souffrir ses pneus. Sans le chrono et la vitesse qui défilent, on ne l'imaginerait pas en course!

Outre un pilote Estonien, vous devez également composer cette année avec une équipe française...

M.P. : Cela ne fait guère de différence pour Markko, car pour lui, chaque écurie est un team étranger. Pour moi c'était un peu plus difficile au début, car pour la première fois de ma carrière, j'entrais dans une équipe qui ne parlait pas ma langue maternelle et dont les méthodes de travail sont également différentes. Heureusement, la passion du rallye ne connaît aucune frontière et très vite, le courant est bien passé.

Faute d'un pilote de pointe au top niveau cette année, vous êtes actuellement l'un des meilleurs représentants britanniques en rallye...

M.P. : Peut-être, mais je suis sans doute plus connu en Estonie, en tant que coéquipier de Markko qu'en Grande Bretagne, où je peux sortir de chez moi en toute tranquillité. J'en parlais récemment avec Phil Mills, le coéquipier de Petter Solberg : nous nous sentons parfois un peu oubliés, mais c'est souvent le lot des coéquipiers. Cela dit, avant le rallye de Grande Bretagne, nous sommes malgré tout un peu plus sollicités par les Media qu'à l'accoutumée.

Ces derniers temps, Markko et vous êtes sur une pente ascendante sur le plan des résultats, de quoi espérer briller « at home » ?

M.P. : Bien sur. Depuis cet été, Markko est plus à l'aise au volant la 307WRC et les ingénieurs de Peugeot Sport comprennent mieux le style de réglages qui lui convient, tout va dans le bon sens. Il le fallait, autant pour défendre jusqu'au bout les chances de Peugeot pour le titre Constructeurs que nos propres chances, aujourd'hui réelles, d'être sur le podium du Championnat Pilotes. « Never give up ! »

0
0