Sébastien Ogier aborde-t-il le Rallye du Mexique en favori ? Pas vraiment. Pour tout dire, c'est même le contraire. "En gagnant en Suède, je me fais un cadeau empoisonné", avait-il déclaré à l'arrivée de la deuxième manche immaculée du Mondial, le 15 février dernier. Avant de rappeler les nouveaux ravages règlementaires, décrétés cet hiver en réaction à sa domination sans partage en 2013. Parce que la Fédération internationale de l'automobile n'aime pas voir un pilote si doué soit-il tout écraser, il a été mis au même régime que son boulimique prédécesseur, Sébastien Loeb chez Citroën. Pire même.
On se souvient que l'Alsacien était obligé de rouler en tête le premier jour sur la terre en vertu de son statut de n°1 mondial, donc de nettoyer la piste de sa pellicule de poussière peu adhérente, et ainsi faire la trace pour ses rivaux. La sanction, double, a en fait été quadruplée cette année pour le crack de Volkswagen, nouveau roi du WRC, qui devra se soumettre à cet inconfort notoire lors des deux premières étapes de chaque épreuve "terre", du jeudi soir ou du vendredi matin jusqu'au samedi soir. Déloyal ? Complètement. Mais le Gapençais a décidé de faire profil bas après des déclarations-choc de l'an passé, passablement irritantes pour les fédéraux de la place de la Concorde. En champion du monde responsable, il met désormais en avant l'indispensable spectacle qui doit faire parler en bien d'un WRC moribond, incapable d'organiser efficacement sa promotion médiatique.

Sébastien Ogier (VW) au Rallye du Mexique 2014

Crédit: Volkswagen Communication

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"A 99%, c'est impossible"

"Le nouveau règlement m'impose de partir en premier. Je vais donc balayer pour les autres", avait-il repris en Suède, conscient d'y avoir mangé son pain blanc. "Et sur cette surface, c'est vraiment très préjudiciable. Je m'attends à un week-end très frustrant. Clairement, je n'ai aucune chance de gagner. Ou quasiment aucune. A 99%, c'est impossible. Mais on fera au mieux en tentant de marquer des gros points. Il faudra laisser passer l'orage. Ce règlement, c'est très bien pour le show et pour les fans, mais pour moi c'est vraiment pénalisant."
Depuis, il a (un peu) remis de l'optimiste dans son discours. Peut-être parce qu'impossible n'est pas français. "Avoir remporté les deux premiers rallyes de la saison m'apporte beaucoup de sérénité. Maintenant, ce sont mes poursuivants qui subissent la pression, pas moi", a-t-il expliqué jeudi. "Il y a aussi ce petit supplément de confiance que procure le fait d'être sorti vainqueur d'une bagarre très serrée en Suède contre Andreas Mikkelsen et Thierry Neuville." C'est vrai, il en a sûrement mis un coup sur la tête de son coéquipier norvégien et du Belge de Hyundai en passant de troisième à premier dans les deux dernières spéciales.

Gagner les trois premières manches, un exploit unique jusqu'à présent

Pour la com feutrée du constructeur, il rappelle aussi qu'il est le double tenant du titre du Rallye du Mexique, et que c'est lui qui disposera le plus de puissance sur les rapides d'Américaine centrale, peut-être à parité avec les DS3 Citroën mais assurément devant des jeunes i20 sud-coréennes encore en retard dans ce domaine malgré un surcroit de cavalerie bienvenu pour cette manche en altitude, qui proposera vendredi avec "El Chocolate" le chrono le plus aérien du Mondial (2781m). "Les deux dernière éditions ont montré que j'étais à l'aise sur ce terrain", a martelé le Haut-Alpin à la veille du départ. "Elles ont aussi prouvé que le rendement de notre Polo-R n'était pas affecté par l'altitude (ndlr : qui induit une perte de puissance d'environ 25%). Si cela se vérifie une nouvelle fois, les performances du moteur pourront peut-être compenser notre position de départ." Mais pas complètement, puisque Jari-Matti Latvala partira derrière lui, avec une trajectoire plus propre et dessinée. "J'ai une position de départ idéale au vu des conditions et je dois m'en servir au mieux", a prévenu ce dernier.
Enfin, Sébastien Ogier (VW) s'attaque décidemment à gros au Mexique. Son espoir de victoire est tout relatif, statistiquement dérisoire pour tout dire. Depuis la naissance du Championnat du monde, en 1973, seul Sébastien Loeb (Citroën) est parvenu à remporter les trois premières épreuves de la saison, en 2009. Avec l'Irlande, la Norvège et Chypre, le challenge était toutefois différent. Il faut le redire : Sébastien Ogier réaliserait un exploit monumental en gagnant dimanche à Leon.
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