Le week-end est passé. Il a filé sans avoir eu la décence de ralentir le temps, laissant quelques moments grisants et un peu de nostalgie. Ces derniers jours, sur les bords des routes du Rallye Monte-Carlo ou sur les canapés postés devant les petits écrans, il y a eu l'excitation et l'admiration provoquées par Sébastien Loeb et Sébastien Ogier, deux joyaux du sport français et du sport tout court, plus grands pilotes de l'histoire de leur discipline pour un bon bout de temps encore. Mais en ce début de semaine, il n'y a déjà plus que des souvenirs.
Car le Championnat du monde des Rallyes est une anomalie. Vous aurez beau, à la lecture de ces lignes, passer au crible d'autres sports, vous n'en trouverez pas deux comme lui. Au football, au tennis, en Formule 1 ou au cricket, les meilleurs restent. Et, dans la très grande majorité des cas, n'envisagent leur retraite qu'une fois que le déclin pointe le bout de son nez. Désormais pigistes de luxe, Loeb et Ogier sont-ils encore au sommet de leur art ? Libre à chacun de se forger un avis là-dessus.
Rallye Monte Carlo
47 ans, n°1 mondial, 925 scratches... Loeb, l'inoxydable machine à records
24/01/2022 À 19:25

Un souffle entre eux, un gouffre avec les autres

Dix ans après la dernière saison complète de l'Alsacien, plusieurs semaines après le départ à la retraite du Gapençais, l'écart abyssal qui séparait ces deux-là du reste de la meute n'a pas bougé d'un iota. Il n'y avait rien de mieux que la prestigieuse épreuve d'ouverture pour en juger ; il augurait une ère nouvelle, les constructeurs y déployaient leurs bolides hybrides pour la première fois, et les différentes forces étaient réparties de manière plutôt équitable. Bref, tout a été remis à zéro. Mais rien n'a changé.
Les champions tricolores se seraient tenus en une demi-seconde si Ogier n'avait pas écopé d'une pénalité de dix secondes en toute fin de Rallye pour un départ volé. Presque rien. A eux deux, les Sébastien ont raflé onze des dix-sept spéciales et relégué le premier poursuivant, Craig Breen, à plus d'une minute et demie. Un gouffre. Ce n'était qu'un Rallye, qui n'a peut-être pas reflété avec exactitude ce qu'aurait pu être la suite de la saison si les deux pilotes français s'engageaient encore à plein temps. Vous nous autoriserez tout de même à penser que ce résultat final ne peut pas être qu'un hasard.
Du champion du monde Ott Tänak - le seul à avoir interrompu l'hégémonie française au palmarès - à l'éternel déçu Thierry Neuville, de l'outsider Elfyn Evans aux prodiges Kalle Rovanperä et Oliver Solberg, tous ont roulé dans l'ombre, parfois en raison d'un manque de fiabilité de leurs montures, souvent parce qu'ils ne pouvaient tout simplement pas suivre le rythme. L'un d'eux, ou peut-être un autre, sera pourtant sacré champion du monde d'ici quelques mois.
Des Rallyes comme ça, on en redemande
Car Loeb a beau n'avoir "rien perdu de son pilotage", comme il s'en est réjoui lui-même, Ogier a beau avoir conservé un "esprit de compétiteur", les deux monstres vont laisser un peu de place à ceux qui ont eu toutes les peines du monde à exister à leurs côtés. Tant mieux pour eux, puisqu'il s'agit de l'orientation qu'ils ont voulu donner à leur carrière après avoir fait le tour de la question en WRC. Tant pis pour nous. Tant pis pour la discipline aussi, qui pourra difficilement proposer un spectacle d'une telle intensité après cet énorme coup de projecteur. À moins que par un heureux hasard...
"On va essayer de se caler ensemble hein !, a souri Loeb au micro de Canal+, dimanche, aux côtés d'Ogier. Je n'ai aucune idée pour la suite, rien n'est fait. On verra bien. En tout cas, c'était un beau rallye et j'ai pris énormément de plaisir." "Des Rallyes comme ça, on en redemande", a ajouté l'octuple champion du monde. Nous aussi.
Rallye Monte Carlo
"Inespéré" et "extraordinaire" : Même Loeb ne s'y attendait pas
23/01/2022 À 15:11