Championnats du monde - Usain Bolt, en quête d'éternité
Publié 04/08/2017 à 07:30 GMT+2
MONDIAUX 2017 - Bientôt à la retraite, Usain Bolt va disputer les derniers Championnats du monde d'une carrière absolument immense et riche débutée il y a treize années. Favori sur sa distance fétiche, le 100m, le Jamaïcain, qui vise les 13 titres mondiaux avec le relais 4x100, va vouloir marquer ces Mondiaux de Londres de son empreinte. Histoire de finir en beauté.
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Après l'orage vient toujours le beau temps. Prévus à partir de vendredi, les Mondiaux de Londres vont permettre à la planète entière de faire ses adieux avec Usain Bolt, l'homme aux 21 médailles mondiales et olympiques, devenu au fil des années beaucoup plus qu'un sportif, une référence planétaire absolue. En se retirant des pistes à 30 ans (il en aura 31 le 21 août prochain), Bolt va emporter avec lui son rôle d'ambassadeur et d'attraction N.1 d'un sport qui se cherche de nouvelles têtes d'affiches pour continuer à avoir la place qu'il mérite sur l'échiquier mondial).
En l'espace de dix ans, il était devenu celui pour qui on payait un billet, même pour un simple meeting. Quitte à le contempler moins de dix ou vingt secondes, peu importe, il fallait avoir observé Bolt courir et le voir laisser son empreinte. Il restera de lui ce palmarès immense et long comme le bras (13 médailles mondiales, pour 11 titres de champion du monde et 8 médailles d'or olympique), mais aussi ces deux records du monde sur les 100m (9"58) et le 200m (19"19), arrachés sur le tartan de Berlin en 2009. Deux records toujours encrés dans les livres, huit ans après. A l'époque, tout laissait penser que Bolt, devenu à Pékin l'homme le plus titré de l'histoire des Championnats du monde devant Carl Lewis, battrait un jour ces deux chronos. Il partira probablement sans le faire, mais c'est un autre débat.
Un physique à bout de souffle
Indétrônable et invincible icone du sprint depuis une décennie, dans les grands rendez-vous (Mondiaux, Jeux Olympiques), le Jamaïcain a décidé de jouer les maîtres du temps et de choisir lui-même l'heure et le lieu de sa sortie. Invaincu individuellement, depuis son 200 mètres disputés aux Mondiaux d'Osaka en 2007, Bolt a l'occasion unique de sortir de la scène en ses propres termes. Le rêve absolu de tout sportif qui fête son anniversaire en fronçant les sourcils. A l'heure de faire le bilan, un seul point noir est venu entacher son parcours quasi-faute : son faux départ en finale du 100m à Daegu qui lui avait valu une disqualification brutale et une prudence plus que renforcée lors des départs.
Si la question de le voir pousser jusqu'aux Jeux de Tokyo en 2020 pourrait faire l'objet d'un grand et large débat, les trois années d'effort qui séparent Londres du Japon semblent trop importantes. Le sprinter de Trelawny comme nous tous a pris un coup de vieux. Depuis 2012, son corps lui a d'ailleurs toujours passé une piqure de rappel lorsque les cloches du printemps ont sonné : dos, pied mollet, cuisse, le roi de la vitesse a toujours abordé ses grands rendez-vous d'août avec des incertitudes physiques devenues trop récurentes. Preuve en est, il n'a plus disputé de saison complète depuis l'année 2013. Quatre années de "sprint" pour arriver en forme à "l'instant T". Un combat qu'il ne peut gagner.
"Cela a été une grande carrière, j'ai apprécié les hauts mais aussi les bas, toute l'expérience que j'ai acquise, les joies et les peines", indiquait-t-il en juin dernier. "J'ai fait tout ce que je voulais faire et maintenant c'est la fin. Je n'ai pas de problème avec ça." Avant d'indiquer une première direction quant à son après-carrière. "Je suis excité à l'idée de m'asseoir et de regarder qui va être le prochain champion olympique sur 100 et 200 m. Il y a plein de nouvelles têtes qui arrivent avec un gros potentiel et ça va être intéressant pour moi de voir ça. Mon coach me pousse durement pour que je devienne entraîneur et l'année prochaine je serai pas mal aux côtés de son groupe d'athlètes. Je ne serai pas coach mais j'observerai beaucoup."
Fidèle à son habitude, le recordman du monde du 100m et du 200m a lui affiché une foi inébranlable en sa capacité à tenir son rang. Une confiance en lui si grande qu'elle en est unique. "Si je suis ici, c'est que je suis pleinement confiant, à 100%, et mon coach aussi. Je suis prêt à y aller, j'attends avec impatience ce moment. J'imagine déjà les unes des journaux : 'Usain Bolt a fini invaincu dans une grande compétition, il a été inarrêtable et imbattable'", a-t-il lancé mardi au cours d'une conférence de presse en forme de grand show à sa gloire, organisée par son équipementier. Bolt c'est aussi un franc parler qui est toujours bien passé dans les esprits. Une touche unique.
En 2017, il n'a d'ailleurs pas dérogé à sa règle des demi-saisons. Avec trois petites sorties cette année et un seul passage sous les 10 secondes (9 sec 95), le 21 juillet dernier à Monaco, l'octuple champion olympique n'a pas réellement impressionné. Il va arriver à Londres en statut de favori, surtout que le Canadien Andre de Grasse, double médaillé de bronze aux Mondiaux de Pékin en 2015 et aux Jeux de Rio 2016, voué à lui succéder, ne sera pas là à cause d'une blessure aux ischio-jambiers. Le reste de la meute, le véloce Justin Gatlin, qui veut retrouver la lumière, son compatriote Yohan Blake, Christian Coleman (21 ans), meilleur performeur en 2017 (9"82) et le Sud-Africain Akani Simbine (23 ans), sera à l'affût du moindre faux pas de celui qui s'était renommé "l'immortel" après sa quête réussie d'une triple-triple olympique au Brésil.
A Londres, Bolt, qui visera deux nouveaux titres mondiaux pour compléter , ne va pas attendre longtemps avant de pointer son museau. Dès vendredi, il entrera en scène pour les séries du 100m (aux alentours de 21h20) pour un premier rendez-vous avec le chronomètre. La course de vendredi ne sera qu'une formalité pour lui mais il sera déjà intéressant d'analyser sa prestation et son chrono par rapport à ceux de ses rivaux, en attendant la grande bagarre prévue samedi soir. Puis il remettra ça sur le relais 4x100 le samedi 12 août, pour sa dernière course en compétition. Qui sera aussi l'occasion, s'il monte deux fois sur le podium dans ces Mondiaux, de battre le record de son illustre compatriote Merlene Ottey (14 pour la Jamaïcaine contre 13 pour Bolt pour l'instant).
Au stade olympique de Londres, Bolt entame donc les derniers défis d'une carrière absolument démusurée dont on ne mesure peut-être pas la portée. Trois défis à la mesure de son talent. Un artiste va quitter la scène. Un immortel en passe d'aller chercher l'éternité.
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