Habitué à travailler dans l'ombre, Ludovic Turpin méritait bien, pour l'ensemble de son oeuvre, de s'offrir un succès de prestige, de ceux qui vous marquent une carrière et une vie. Pour ses vieux jours, le Lavallois aura une belle histoire à raconter. Un jour, sur le Dauphiné Libéré, sous un soleil de plomb, il a franchi l'Izoard seul en tête, avant de s'imposer un peu plus bas, à Briançon. Tout seul, comme un grand. Tous derrière, et lui, seul devant. Une victoire qui vaut à elle seule toutes celles acquises au cours de sa carrière, sur la Route du Sud ou le Circuit de la Sarthe.
Parti en compagnie de Thor Hushovd et Jérôme Pineau, Turpin fut le seul à tenir jusqu'au bout. Les trois hommes ont compté jusqu'à 8'30" d'avance à une cinquantaine de kilomètres de l'arrivée, avant que le peloton ne se mette à rouler. Au pied de l'Izoard, juge de paix du jour, leur marge de manoeuvre n'était plus que de cinq minutes. Un matelas bien maigre avant un tel morceau. "Je me suis dit que ça allait être dur, car je voyais que ça rentrait vite ", confiait le héros du jour au micro d'Eurosport à l'arrivée.
La Gargouille au courage
Pourtant, au sommet, après s'être débarrassé de ses deux compagnons d'échappée, Turpin possédait encore 50 secondes avant d'avaler la descente. "J'ai vu que j'avais de bonnes jambes. Sans l'Izoard, j'ai réussi à maintenir une bonne allure. En haut, je me suis dit que ça allait être bon", poursuit-il. Mais avant de triompher, il lui restait encore à escalader la Gargouille, terrible bosse, aussi étroite que pentue. Au bout du rouleau sous la flamme rouge, le coureur mayennais ne semblait pas au mieux. Il allait pourtant tenir bon.
Cette victoire, il la doit évidemment à sa propre audace et à son courage, mais aussi à l'abattage de ses deux leaders, Francisco Mancebo et Christophe Moreau, qui ont parfaitement contrôlé la poursuite. Le boulot de l'Espagnol dans les derniers hectomètres, où il a marqué au cuissard un Iban Mayo enfin remuant, fut précieux. Tout un symbole. Habitué à oeuvrer pour ses leaders, Turpin a gagné, en partie, grâce au sacrifice de ces derniers. Le succès de l'équipe AG2R n'en est donc que plus collectif.
Pour la formation de Vincent Lavenu, la journée aura en tout cas été prolifique. Outre le succès de Ludovic Turpin (le deuxième d'un coureur français sur le Pro Tour en 2006), elle a permis à Christophe Moreau de se hisser à la troisième place du classement général. Le Belfortain, qui a dynamité la course dans l'Izoard, grimpe de deux rangs, en passant Philippe Gilbert et Jose Azevedo. Quant à Mancebo, il apparait désormais à la quatrième place, une petite seconde derrière Moreau. Avec Astarloza (16e) et Dessel (19e), il y a même quatre AG2R dans les vingt premiers du général.
Leipheimer toujours sous la menace
Avant l'étape reine de samedi, marquée par l'enchainement du Galibier, de la Croix de fer et de la montée finale vers La Toussuire, Moreau et Mancebo se sont donc placés en embuscade derrière le tandem Leipheimer-Menchov, qui n'a rien cédé vendredi. Dans l'Izoard, Leipheimer a pourtant été distancé quelques instants, avant de reprendre sa place dans le groupe des ténors, avec, entre autres, Hincapie, Kohl et Caucchioli. Il n'aura pas trop de ses 28 secondes de marge sur Menchov pour conserver son bien jusqu'à l'arrivée. Mais le leader de la Gerolsteiner continue de tenir parfaitement son rang. Tout le monde ne peut en dire autant.
Après avoir bu la tasse dans le Ventoux, Floyd Landis a subi un nouvel affront dans l'Izoard. Il a terminé à près de neuf minutes de Turpin à Briançon, soit deux minutes devant Alexandre Vinokourov, très loin du compte. Sans être tout à fait au top, Alejandro Valverde a fait bien meilleure figure. Le leader du Pro Tour, qui avait mis son équipe à contribution au pied de l'ascension, a concédé 1'50". Il frappe à la porte du Top 10 au général. Sylvain Chavanel, lui, y est encore (8e), même s'il a davantage souffert que la veille. Mais la hiérarchie est encore loin d'être figée...
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Reuters



















