A l'heure où l'idole Ivan Basso est sans doute définitivement déchue par son propre aveu, le cyclisme italien s'interroge et se cherche déjà une relève. Il compte bien sûr sur Damiano Cunego, déjà bien installé et grand favori du prochain Giro. Derrière, le visage de Vicenzo Nibali commence lui aussi à devenir familier. Malgré son jeune âge, il s'est doté à 22 ans d'un début de palmarès déjà enviable. Vainqueur du Grand Prix de Plouay à l'été 2006, il vient de flamber le week-end dernier en enlevant coup sur coup le Grand Prix Larciano et le Tour de Toscane. C'est donc en pleine confiance qu'il abordera son tout premier Tour d'Italie à partir de samedi.
Au sein de l'équipe Liquigas-Bianchi, les tâches sont clairement réparties. Danilo Di Luca, récent vainqueur de Liège-Bastogne-Liège et qui a fait du Tour d'Italie son objectif majeur de la saison, est le leader désigné. Comme les autres, Nibali sera là pour l'épauler, notamment en montagne. L'étoile montante n'a d'ailleurs pas l'intention de sortir de son rôle. "J'ai encore énormément de choses à apprendre de champions comme Danilo et c'est dans cet esprit que je dispute le Giro. J'essaierai d'aider l'équipe du mieux que je peux", dit-il prudemment.
L'exemple de Gimondi
Son inexpérience et l'incertitude sur sa capacité à répondre présent sur trois semaines incite effectivement à la prudence. Liquigas n'a qui plus est aucun intérêt à le griller trop tôt. Mais la situation n'est pas sans rappeler celle qui régnait voilà trois ans chez Saeco. Gilberto Simoni, incontestable leader, s'était laissé déborder par un gamin de 22 ans du nom de Damiano Cunego, qui allait ramener le maillot rose à Milan. Comme Di Luca n'apporte pas toutes les garanties nécessaires (il n'est jamais monté sur le podium du Giro et a souvent touché ses limites en troisième semaine), Nibali pourrait se muer en joker.
C'est l'avis de Franco Ballerini, le sélectionneur de la Squadra, très impressionné par le double numéro de son jeune compatriote ce week-end. "Nibali a fait un vrai numéro de champion ", estime l'ancien vainqueur de Paris-Roubaix. De là le voir jouer un rôle majeur sur les routes du Giro&hellip "Il sait tout faire. Il est puissant sur le plat, progresse dans les contre-la-montre et il grimpe bien. En plus, il a une grosse faculté de récupération. Il doit encore écouter et apprendre mais il sera rapidement un protagoniste dans les grandes courses par étapes ", juge Ballerini.
La logique veut donc que Vicenzo Nibali, en élève appliqué, se contente d'observer tout en filant un coup de main. Mais à l'image de Ballerini, certains n'excluent pas un éclatement des stratégies préalables, surtout en l'absence d'Ivan Basso, autour duquel toute la course aurait du s'organiser. "Son forfait change tout, explique le sélectionneur transalpin. On peut avoir des surprises. Puis je connais l'histoire du cyclisme. En 1965, Felice Gimondi était inconnu au départ du Tour de France. A Paris, il avait le maillot jaune. Pourquoi écarter l'hypothèse qui ferait de Nibali la grande surprise du Giro?" L'intéressé se dit touché. Il n'en dira pas plus, mais lâche tout de même, presque comme un avertissement: "je suis dans une forme exceptionnelle."
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